Le monde du libre

MyPads point de la semaine 17

Framablog -

Comme annoncé la semaine dernière, c’est désormais un point hebdomadaire qui émaillera le travail autour de MyPads. Cette semaine n’aura pas été de tout repos et les avancées visibles sont malheureusement peu nombreuses. Explications.


Les travaux

La mise en place des tests fonctionnels client, simulant une navigation réelle, a occupé les premiers jours de développement. Ensuite MyPads a subi quelques modifications pour fonctionner avec la version 4 d’Express, le cadre de développement sur lequel repose Etherpad et donc MyPads. Cette migration a été initiée par le tout premier contributeur externe au plugin, et a été rendue nécessaire par la migration d’Etherpad une semaine plus tôt.

Cette migration a été l’occasion de tester à nouveau la compatibilité de MyPads avec Eherpad. Cela peut sembler étonnant, mais MyPads est développé de manière autonome vis à vis d’Etherpad et est régulièrement testé en tant que plugin Etherpad, pour les raisons suivantes :

  • accélérer le développement et éviter de devoir relancer Etherpad voire réinstaller le plugin à chaque modification;
  • permettre les tests unitaires et fonctionnels serveur, très difficile sinon à partir d’un plugin Etherpad, isoler une base de tests du reste de l’instance;
  • conserver une forme d’indépendance vis à vis du cœur d’Etherpad : afin de ne pas nécessiter des modifications d’Etherpad lui-même et de limiter les régressions en cas de changements internes de ce dernier.

Malheureusement le fonctionnement de MyPads s’est révélé erratique : parfois correct, parfois non. Pour les techniciens, seules les méthodes GET et HEAD sont autorisées et toute autre méthode HTTP est refusée. Le problème, nouveau, est intimement lié au logiciel intermédiaire (middleware) yajsml, lequel est employé par Etherpad afin d’optimiser les requêtes des fichiers dits statiques (scripts, images, styles etc). En théorie, les requêtes prises en charge par MyPads ne devraient pas être impactées par ce logiciel intermédiaire, mais pour une raison mal comprise, elles le sont parfois.

Le problème, c’est que MyPads fonctionne autour d’une interface de programmation standard, une API HTTP REST, sur laquelle se connecte le client Web, et qui permettra à d’autres clients ou à des outils tiers de voir le jour. La résolution du soucis n’est pas aisée : l’anomalie intervient de manière aléatoire. Peu de plugins sont touchés car la plupart ne définissent pas leurs propres routes HTTP. Même si yajsml est modifié pour résoudre le soucis, il faudra que la fondation Etherpad accepte le patch et l’intègre avant de pouvoir retrouver une fonctionnement correct de MyPads. Or, il semble que yajsml sera bientôt remplacé par une technologie plus standard.

D’autres résolutions ont été envisagées, du fait de la situation de yajsml, et entre autres :

  1. Substituer, comme certains plugins le font,  l’API HTTP REST par une API basée sur socket.io, la technologie employée par Etherpad pour la collaboration en temps réel et qui repose en premier lieu sur le standard WebSocket. Cette voie a été expérimentée cette semaine mais représente une charge considérable de travail et la réécriture de nombreux modules. De plus, il ne s’agit pas d’un remplacement propre : MyPads y perd une méthode de communication plus standard ainsi que son système d’authentification, lequel avait été choisi pour permettre à terme une connexion depuis des comptes externes ou encore un annuaire LDAP, OpenID etc
  2. Faire de MyPads une application indépendante, de fait non plus un plugin, qui gèrerait les accès des utilisateurs aux pads en fonction des groupes définis. Le problème de cette solution est de complexifier l’installation de MyPads et de risquer des incompatibilités avec certains autres plugins. Aussi, nous sortirions de fait du cadre du cahier des charges initial.

Il a été décidé que la dernière piste ne serait à employer qu’en cas de dernier recours et c’est la migration vers socket.io qui a été d’abord privilégiée. Néanmoins, à la vue du travail nécessaire et surtout des pertes fonctionnelles que cela risque d’amener, cette solution ne sera pas poursuivie.

La semaine prochaine

Le travail va reprendre sur la version HTTP REST standard qui a été développée jusqu’ici. Il est prévu :

  • qu’étant donné que la suppression du yajsml n’arrivera qu’à un terme inconnu, il faudra dépister l’anomalie et la résoudre, ou au moins proposer un contournement simple;
  • de poursuivre le développement, moins actif que prévu cette semaine, avec notamment
    • le passage d’une authentification en propre classique vers JSON Web Token, dont le travail a commencé cette semaine avec le test de socket.io, de manière à renforcer la sécurité des échanges de données chiffrées entre serveur et client;
    • les groupes et pads, évidemment.

Rendez-vous jeudi prochain pour le point de la semaine 18.

MyPads week 17

As announced last week, we now give some news about MyPads development weekly. Last couple of days haven’t been picnic and few enhancements are visible. Explanations below.

Work

Frontend functional testing setup, aiming to simulate real navigation, has filled the first days. Then MyPads has been updated to work with Express version 4. Express is the framework which powers Etherpad and so MyPads. This migration has been introduced by the very first MyPads external contributor, and was necessary because of the Etherpad migration a week earlier.

These modifications were a good moment to test MyPads’compatibility towards Eherpad. That can be surprising but MyPads has been programmed independently from Etherpad and is regularly tested as an Etherpad plugin, here’s why :

  • speeding up the development and avoiding Etherpad reboot or plugin re-installation at each update;
  • allowing unit and functional server testing, quite hard from an Etherpad plugin, and isolate a test database from the whole node;
  • retaining a distance regarding Etherpad core in order to avoid need of Etherpad updates and limit regressions in case of internal modifications of it.

Sadly MyPads behavior becomes erratic : sometimes correct, sometimes buggy. For technicians : only GET and HEAD HTTP verbs were allowed and all other method has been forbidden. This problem seems to be linked to the yajsml middleware, used by Etherpad in order to optimize static files requests (scripts, images, styles etc). In theory, MyPads handled routes should not be impacted by this middleware, but for an misunderstood reason, they sometimes are.

Problem is that MyPads is based on a standard home-defined HTTP REST API, which the Web client connects to. This interface may allow other clients and third party tools to be created more easily. Debugging the problem is not an easy task, due to the randomness of the behavior. Few plugins should be concerned because most of them don’t define their own routes. Even if yajsml is updated to fix the issue, the Etherpad developers will have to accept the patch and merge it before we have MyPads working correctly. Now it seems that yajsml will be soon replaced by a more standard technology.

Others resolutions have been considered, regarding to yajsml situation :

  1. Replace, as others plugins do, the HTTP REST API by a socket.io one. socket.io is the technology used by Etherpad for realtime collaboration, that use as a first class citizen the WebSocket protocol. This approach has been tried this week but requires a considerable amount of work and many modules rewriting. Moreover, it’s not a proper replacement : MyPads loses its more standard communication method but in addition its authentication system, which have been chosen to allow, later, connection through external accounts,  LDAP directory, OpenID etc
  2. Move MyPads from a plugin to a standalone application, which handle user access according to created groups and pads. Problem with this solution : harden the MyPads installation, risks of incompatibilities with some other plugins. Also, making a standalone app won’t conform to the initial specifications.

We have decided to follow the last proposition only as a last resort. The migration to socket.io has been preferred but, with the light of required work and moreover functional looses, it won’t continue.

Next week

Work will be resumed on the HTTP REST version, the one developed until now. We expect :

  • because yajsml removal won’t happen before an unknown time, it will be important to find and fix the bug, or at least to provide a simple workaround;
  • move forward, with
    • migration from a classical authentication to JSON Web Token, which has been partially done this week as part of socket.io test, in order to harden encrypted data exchanges between client and server;
    • groups and pads, obviously.

See you next Thursday for week 18 point.

Marché unique numérique européen : le rééquilibrage des droits d'auteur toujours pas envisagé

April -

Le 20 avril 2015, Politico.eu a publié deux documents de travail de la Commission européenne sur le marché unique numérique (en anglais). Ces documents, qui ont fuité, permettent d'en savoir plus sur la stratégie à venir de la Commission concernant tous les sujets numériques. Révision de la directive IPRED, DRM et interopérabilité sont notamment au programme. L'April regrette que les propositions faites soient de nouveau largement insuffisantes pour réformer le droit d'auteur, à l'opposé du rapport Reda actuellement discuté au Parlement européen.

En plus de ce qui concerne le marché unique européen, ce document est particulièrement intéressant car il présente les grands objectifs de la Commission européenne pour tout ce qui touche au numérique. Au delà des questions de TVA et de l'évolution du e-commerce, une place est également donnée à la réforme de la directive IPRED qui est évoquée (pages 30 à 34), dans une perspective de lutte contre le "cybercrime", mais sans mention de la protection des droits des citoyens1.

De même, les évolutions concernant le droit d'auteur sont évoquées à plusieurs reprises. La Commission souhaite ainsi s'attacher à lutter contre le geoblocking (page 39 et suivantes), cette pratique qui consiste à empêcher les internautes d'accéder à des sites en fonction de leur localisation géographique. Le document traite également des exceptions au droit d'auteur, et mentionne la possibilité d'uniformisation de ces exceptions afin de clarifier le marché. Cependant, la Commission ne semble pas vraiment vouloir évoluer sur ces exceptions pour permettre un rééquilibrage du droit d'auteur&nbsp: la Commission semble uniquement vouloir se concentrer sur la possibilité de développer l'exploration de données (data mining) pour l'éducation et la recherche.

Concernant la standardisation et l'interopérabilité, on peut regretter une définition de l'interopérabilité pour le moins vague et incomplète : « l'interopérabilité signifie l'interconnection entre des composants numériques comme des appareils, réseaux ou dépôts de données, dans un langage mutuellement compris »2. Rappelons que l'interopérabilité n'est pas une simple compatibilité. Il ne s'agit pas seulement de permettre à deux systèmes de communiquer entre eux, mais aussi de lire et de modifier les informations et contenus de manière fiable en garantissant que n'importe quel système présent ou futur puisse s'interconnecter. L'April regrette donc une définition insuffisante, qui vise à présenter comme interopérables des systèmes qui ne le sont pas.

Mentionnons enfin la possibilité évoquée de faire du « cadre européen d'interopérabilité, transposé dans des cadres nationaux, d'application obligatoire »3, sans que des garanties claires en termes de standards ouverts ne soient fournies par ailleurs. La deuxième version du cadre européen d'interopérabilité, adoptée en 2009, avait déjà fait polémique par la disparition d'une définition claire de ce qu'étaient les standards ouverts4.

Pourtant, le marché unique est du ressort du commissaire Ansip, qui avait affiché son soutien au logiciel libre lors de son audition devant le Parlement européen. Le document final de la Commission devant être publié le 6 mai 2015, l'April ne manquera pas d'exprimer ses inquiétudes au sujet de cette version de travail à la Commission européenne et entend suggérer des pistes d'amélioration, afin que les propositions permettent de rééquilibrer, enfin, le droit d'auteur.

Conférence de l'April lors de l'évènement Associalibre 2015

April -

Début: 24 Avril 2015 - 09:00Fin: 24 Avril 2015 - 18:00

« Autour du Libre, quels enjeux pour les associations en Belgique ? » C'est la question posée lors de Associalibre, une journée de conférences, rencontres, partages, mini-formations, dédiée aux associations intéressées par les outils et les enjeux impulsés par les licences libres, organisée par Abelli ASBL.

Fidèle à sa mission de démocratisation et de diffusion du logiciel libre, l'April contribue grâce son groupe de travail Libre Association à « jeter un pont entre le logiciel libre et le monde associatif » en participant à cette journée d'échanges.

Dans ce cadre, l'April présentera le guide libre association à 10h45. Ce sera aussi l'occasion de discuter autour d'un échantillon de logiciels répondant aux besoins spécifiques des associations, en termes de gestion, de travail collaboratif, etc. Un atelier plus technique aura lieu à 13h30 pour aborder les solutions concrètes.

Dirigeants, salariés ou bénévoles associatifs, venez nombreux pour découvrir la valeur des logiciels libres pour votre structure !

La journée aura lieu au Mundo-B Ixelles, situé au 26, rue d’Edimbourgh, 1050 Bruxelles.
Le site web de l'évènement : http://www.associalibre.be

Revue de presse de l'April pour la semaine 16 de l'année 2015

April -

La revue de presse de l'April est régulièrement éditée par les membres de l'association. Elle couvre l'actualité de la presse en ligne, liée au logiciel libre. Il s'agit donc d'une sélection d'articles de presse et non de prises de position de l'association de promotion et de défense du logiciel libre.

En podcast.

Sommaire de la revue de presse de l'April pour la semaine 16

[Next INpact] WikiLeaks: l'intervention des géants du Blu-ray dans le dossier Hadopi VLC

Par Marc Rees, le vendredi 17 avril 2015. Extrait:
> WikiLeaks a diffusé ce matin 30 000 documents et 170 000 emails dérobés à Sony Pictures Entertainment par des pirates informatiques. Dans le lot, une cinquantaine de documents concerne la demande VideoLan adressée en 2012 à la Hadopi pour permettre l’interopérabilité du Blu-ray.
Lien vers l'article original: http://www.nextinpact.com/news/93861-wikileaks-l-intervention-geants-blu-ray-dans-dossier-hadopi-vlc.htm

[Breizh Info] On peut tout faire avec GitHub, même suivre l'évolution du Code Civil

Par la rédaction, le jeudi 16 avril 2015. Extrait:
> Suivre les changements multiples du Code Civil, ce n’est pas très simple. Même quand on connaît Legifrance qui présentent les versions successives d’une même loi, ou qu’on suit assidument les travaux des parlementaires. Ne serait-ce parce qu’un amendement ou un paragraphe de loi, cela ressemble souvent à ça: À l’article 165 du même code, le mot: «devant» est remplacé par les mots: «lors d’une cérémonie républicaine par». On peut trouver plus ergonomique, n’est-ce pas?
Lien vers l'article original: http://www.breizh-info.com/25322/actualite-societale/on-peut-tout-faire-avec-github-meme-suivre-levolution-du-code-civil

[L'OBS] L’algorithme du gouvernement sera intrusif et inefficace. On vous le prouve

Par Andréa Fradin, le mercredi 15 avril 2015. Extrait:
> On a demandé à des spécialistes en informatique s’il était possible de concevoir un programme répondant aux attentes du gouvernement en matière de renseignement. Résultat: techniquement, c’est très foireux.
Lien vers l'article original: http://rue89.nouvelobs.com/2015/04/15/lalgorithme-gouvernement-sera-intrusif-inefficace-prouve-258672

Et aussi:
[Industrie et Technologies] Projet de loi Renseignement: cinq choses à savoir sur les Imsi-catchers
[Next INpact] Loi Renseignement: compte rendu de la troisième journée de débats
[Next INpact] Loi Renseignement: le gouvernement feint de corriger les «boites noires»
[Numerama] L'Assemblée adopte les boîtes noires qui surveilleront votre comportement
[Numerama] Boîtes noires: le Gouvernement réécrit... pour dire pareil

[Les Echos] Après le logiciel libre, voici le matériel libre

Par Jacques Henno, le mardi 14 avril 2015. Extrait:
> L'«open source» arrive dans l'univers des objets: de plus en plus de designers et d'industriels renoncent à une partie de leurs droits sur leurs créations. Un mouvement pas toujours désintéressé…
Lien vers l'article original: http://www.lesechos.fr/idees-debats/sciences-prospective/0204283695263-apres-le-logiciel-libre-voici-le-materiel-libre-1110940.php

Et aussi:
[L'OBS] Fablabs: «Le pire mot que je connaisse en français, c’est “bof”

[Nouvelle République] Pour vivre le Web en liberté

Par Laurent Gaudens, le mardi 14 avril 2015. Extrait:
> Le logiciel libre, c’est une philosophie. Et l’APP3L est là pour diffuser la bonne parole et aider ceux qui veulent franchir le pas.
Lien vers l'article original: http://www.lanouvellerepublique.fr/Vienne/Communautes-NR/n/Contenus/Articles/2015/04/14/Pour-vivre-le-Web-en-liberte-2294174

Et aussi:
[La Voix du Nord] Avec le cyberbase, on apprend beaucoup

[L'Informaticien] L’Etat va rafraîchir le Référentiel Général d’Interopérabilité

Par Emilien Ercolani, le mardi 14 avril 2015. Extrait:
> Le RGI, publié pour la première fois en 2009, devrait évoluer. Une version «en mode provisoire» est disponible en ligne et ouverte aux commentaires publics.
Lien vers l'article original: http://www.linformaticien.com/actualites/id/36347/l-etat-va-rafraichir-le-referentiel-general-d-interoperabilite.aspx

Et aussi:
[Silicon.fr] RGI v2: après les polémiques, un outil enfin utile?
[Next INpact] L'État renouvelle son «référentiel général d'interopérabilité»

[Next INpact] La programmation informatique pourrait faire son entrée dans le programme de CE1

Par Xavier Berne, le mardi 14 avril 2015. Extrait:
> L’apprentissage de la programmation informatique sera-t-il bientôt obligatoire dès l’école primaire? C’est effectivement ce qui se dessine au travers des projets de programme dévoilés hier par l’Éducation nationale. Des enseignements plus poussés en matière d’algorithmique auraient ensuite lieu au collège, à partir de la cinquième.
Lien vers l'article original: http://www.nextinpact.com/news/93814-la-programmation-informatique-pourrait-faire-son-entree-dans-programme-ce1.htm

Et aussi:
[Numerama] Cours de programmation à l'école: voici le programme provisoire

Note

Les articles de presse utilisent souvent le terme « Open Source » au lieu de Logiciel Libre. Le terme Logiciel Libre étant plus précis et renforçant l'importance des libertés, il est utilisé par l'April dans sa communication et ses actions. Cependant, dans la revue de presse nous avons choisi de ne pas modifier les termes employés par l'auteur de l'article original. Même chose concernant l'emploi du terme « Linux » qui est généralement utilisé dans les articles pour parler du système d'exploitation libre GNU/Linux.

Participons à la journée de mobilisation générale contre TAFTA/TTIP, CETA, TISA… le samedi 18 avril 2015

April -

Le samedi 18 avril 2015 aura lieu la journée de mobilisation générale contre les accords commerciaux type TTIP/TAFTA, CETA, TISA… partout en France et dans le monde. L'April encourage chacun à participer aux événements prévus.

TAFTA (Transatlantic Free Trade Agreement/Area - Zone transatlantique de libre-échange) est un accord commercial actuellement négocié entre l'Union européenne et les États-Unis, dans le but de créer une zone de libre-échange transatlantique. Ce traité couvre de nombreux sujets, dont le droit d'auteur et le droit des brevets. La sacralisation des DRM, ou menottes numériques, pourrait être mise en place par le biais de ce texte, mais aussi la légalisation forcée des brevets logiciels. Les organisateurs des événements ont de nombreuses raisons de s'opposer à ces accords commerciaux. L'April a résumé les problématiques posées en publiant une page de position dans laquelle sont développées les raisons de sa mobilisation contre TAFTA, mais également contre tous les accords commerciaux internationaux du même genre.

En 2012, les manifestations organisées contre ACTA avaient largement participé au rejet de ce traité. L'April relaie donc l'appel du collectif Stop Tafta et invite chacun à être présent pour faire entendre notre voix et pour expliquer les motifs de notre opposition à ces accords.

Pour plus d'information sur les manifestations prévues, n'hésitez pas à consulter le site du collectif.

MyPads : développement, point numéro 3

Framablog -

Cela fait déjà plusieurs semaines que le dernier point concernant MyPads a été écrit. Pour ceux qui ne le sauraient pas encore, MyPads est le plugin Etherpad, et donc Framapad, qui va apporter la gestion des groupes et pads privés pour chaque utilisateur enregistré.

L’avancement

Ces dernières semaines ont été moins actives que les précédentes. Malgré cela, c’est toujours l’interface client qui a été travaillée avec la réalisation de :

  • la page de connexion et l’authentification associée ;
  • la page de souscription de compte ;
  • la gestion du profil utilisateur.
À court terme

Le développement reprendra une activité soutenue dès cette semaine. Les premiers éléments des modules de gestion de groupes et pads seront posés et avant la fin du mois une première version de tests sera proposée pour les personnes intéressées. L’objectif poursuivi est l’obtention d’une version stable dans la première quinzaine du mois de mai. À partir de maintenant, un point hebdomadaire sera réalisé.

MyPads : third feedback

Three weeks ago we’ve made a second point about MyPads development. For those who don’t know yet, MyPads is an Etherpad plugin, and so Framapad, which will bring private groups and pads management for registered users.

Progress

Last weeks have been less active than previous ones. Nevertheless, the Web client interface has seen some work with :

  • login page and authentication;
  • account subscription;
  • user profile management.
Short term

The development will go back to regular activity this week. Groups and pads first pieces will be set up and, before the end of April, a first preliminary test version will be available for interested people. We plan to get a stable version within the first two weeks of May. As of now, weekly news will be sent.

May 2015 Meeting - Polyglot Databases

PHP Québec -

The next meeting will be held at Centre cloud.ca on May 7. Drinks will be provided by Pronexia.

Please register on Meetup.

When: May 7, 18:30 for drinks and networking. 19:00 for the talk.

Where: Centre cloud.ca
420 Guy
Montreal
H3J 1S6

Polyglot Databases

MajiD Fatemian

NoSQL databases are everywhere and they're here to stay. For a successful scalable web application, it is vital to understand the capabilities of NoSQL databases. Relational databases are not dead, either, and they will not be. Understanding the abilities of each will help you to make better architectural decisions. Hybrid database solutions could use the best of the two worlds. In this talk, we will delve into the important decision making factors for each. As an example, we will study an online game at Ubisoft Montreal that switched from a SQL database to a polyglot persistence with no data loss and no downtime.

[N2 Montreal] Discussion sur l'accessibilit­é numérique: besoins généraux & jeux vidéo.

Réseau Koumbit -

5 à 7Mercredi, 15 Avril 2015 - 17 - 19

De la page de l'événement,


Netsquared Montréal, tiens un 5 à 7 le mercredi 15 avril, sur le thème de l'accessibilité numérique aux personnes en situation d'exclusion sociale : des besoins généraux aux cas particuliers des jeux vidéo sans écran ou sans bouton.

Pour plus d'information, consultez la page suivante: http://www.meetup.com/net2mtl/events/221471455/

Lieu: Bar Populaire

Revue de presse de l'April pour la semaine 15 de l'année 2015

April -

La revue de presse de l'April est régulièrement éditée par les membres de l'association. Elle couvre l'actualité de la presse en ligne, liée au logiciel libre. Il s'agit donc d'une sélection d'articles de presse et non de prises de position de l'association de promotion et de défense du logiciel libre.

En podcast.

Sommaire de la revue de presse de l'April pour la semaine 15

[L'OBS] Loi sur le renseignement: pas adoptée, déjà contournée par les hackers

Par Jean-Rémy Dubois, le samedi 11 avril 2015. Extrait:
> Le projet de loi sur le renseignement prévoit une surveillance accrue du web. Pas de quoi inquiéter les spécialistes des réseaux qui savent déjà surfer sous le radar des autorités.
Lien vers l'article original: http://tempsreel.nouvelobs.com/tech/20150410.OBS6931/loi-sur-le-renseignement-pas-adoptee-deja-contournee-par-les-hackers.html

Et aussi:
[Les Echos] Projet de loi sur le renseignement: les hébergeurs menacent de quitter la France
[Mediapart] Loi renseignement: peut-on encore croire à la démocratie parlementaire?

Voir aussi:
Appel à manifestation: non à la surveillance généralisée!

[Le nouvel Economiste] L’an I du capitalisme collaboratif

Par Edouard Laugier, le vendredi 10 avril 2015. Extrait:
> Les incroyables possibilités de l’économie collaborative, - le peer-to-peer-, vues par son théoricien belge Michel Bauwens
Lien vers l'article original: http://www.lenouveleconomiste.fr/lan-i-du-capitalisme-collaboratif-26762

Et aussi:
[L'OBS] Michel Bauwens: «Quand survient le chaos, il faut déjà avoir les solutions»

[Mediapart] Quand l'État s'ouvre au logiciel libre avec OpenFisca et Mes-aides

Par Frédéric Couchet, le mercredi 8 avril 2015. Extrait:
> Le journaliste Xavier Berne a publié début avril 2015 un article dans lequel il revient en détail sur la genèse et les objectifs d'OpenFisca et Mes-aides, qui permettent des simulations du système socio-fiscal français. Lors de la rédaction de son article, Xavier Berne m'avait contacté pour solliciter mon avis sur ces outils et cette initiative du gouvernement. Certains de mes commentaires ayant été repris en citations dans l'article, je vais développer ici un peu plus mon avis.
Lien vers l'article original: http://blogs.mediapart.fr/blog/frederic-couchet/080415/quand-letat-souvre-au-logiciel-libre-avec-openfisca-et-mes-aides-0

[usine-digitale.fr] POC 21: 5 semaines dans un château pour élaborer 12 produits open et écolo

Par Séverine Fontaine, le mercredi 8 avril 2015. Extrait:
> Pendant 5 semaines non-stop, au château de Millemont près de Paris, une équipe de 50 personnes va co-concevoir cet été 12 produits open source et respectueux de l’environnement. L’initiative, lancée par l’accélérateur POC 21, se veut une réponse concrète au problème de la transition énergétique et de la préservation du climat.
Lien vers l'article original: http://www.usine-digitale.fr/article/poc-21-5-semaines-dans-un-chateau-pour-elaborer-12-produits-open-et-ecolo.N321485

[Le Monde Informatique] Windows bientôt en Open Source

Par Jean Elyan, le mardi 7 avril 2015. Extrait:
> Un ingénieur de Microsoft a laissé entendre qu'une telle option n'était pas exclue: «C'est du domaine du possible». Une annonce choc à l'occasion des 40 ans de l'éditeur de Redmond.
Lien vers l'article original: http://www.lemondeinformatique.fr/actualites/lire-windows-bientot-en-open-source-60767.html

Et aussi:
[InformatiqueNews.fr] Windows bientôt open source?

Note

Les articles de presse utilisent souvent le terme « Open Source » au lieu de Logiciel Libre. Le terme Logiciel Libre étant plus précis et renforçant l'importance des libertés, il est utilisé par l'April dans sa communication et ses actions. Cependant, dans la revue de presse nous avons choisi de ne pas modifier les termes employés par l'auteur de l'article original. Même chose concernant l'emploi du terme « Linux » qui est généralement utilisé dans les articles pour parler du système d'exploitation libre GNU/Linux.

Table ronde au méta festival

April -

Début: 18 Avril 2015 - 17:00Fin: 18 Avril 2015 - 19:00

L'April participera à une table ronde sur les nouvelles technologies et Internet organisé par l'association Synesthésie en collaboration avec Philosophie Magazine et Technikart.

Cet événement se déroulera au sein du META Festival en présence du philosophe Mehdi Belhaj Kacem, le journaliste du Monde.fr Samuel Laurent, l'artiste Édouard Boyer, Éric Walter secrétaire général de l'HADOPI et Luc Fievet administrateur d'APRIL.

La table ronde se tiendra à la galerie Laurent Mueller 75, rue des Archives, 75003 Paris.

Appel à manifestation : non à la surveillance généralisée !

April -

L'April s'associe à l'appel à manifestation non à la surveillance généralisée ! lundi 13 avril 2015, premier jour d'examen du projet de loi relatif au renseignement, à 12h30 près de l'Assemblée nationale. Les citoyens doivent montrer qu'ils refusent de céder à la logique de surveillance généralisée et sans garantie présentée comme indispensable par le gouvernement.

Pour en savoir plus et pour agir sur le projet de loi consultez le site Sous-Surveillance.fr.

Performance artistique distribuée : un concert dans votre ordi

Framablog -

Ces artistes vous proposent de télécharger leur logiciel, dont ils vont prendre le contrôle à distance… Pour envahir votre PC ? Oui. Avec leur performance distribuée. Pour votre plaisir. Voici une démarche assez particulière qu’on vous propose de découvrir par une interview des artistes-développeurs qui la proposent.

La page du projet : http://www.chdh.net/egregore_source.php
Date et heure de la performance : 27 mai 2015 / 21h CET

Bonjour, Nicolas et Cyrille.
Pouvez-vous vous présenter ? Comment en êtes-vous venus à cette démarche ?

Bonjour,

Nous sommes tous  deux artistes et développeurs.

Depuis plus de 10 ans, nous travaillons ensemble sur le développement d’instruments audiovisuels : nous créons des algorithmes qui génèrent des comportements complexes et des mouvements expressifs, et nous travaillons à une représentation sonore et visuelle de ces données. Ensuite nous « jouons » de ces algorithmes en live, en modifiant les paramètres, influant ainsi sur le son et l’image.

Le projet « Égrégore source » est une adaptation du logiciel que nous avons développé pour notre performance « Égrégore », que nous avons jouée pendant 3 ans. Nous avions déjà distribué une partie de nos instruments lors de l’édition DVD « Vivarium » en 2008, et nous avons voulu aller plus loin dans cette démarche en éditant un logiciel plus facile à utiliser, même pour des gens non initiés à ce type d’outils.

C’est une sorte d’archive, une trace de la performance fixée à un moment, mais sous forme ouverte et que les gens peuvent donc s’approprier différemment. Il est plus riche de diffuser les instruments, plutôt que de figer un résultat produit par ces algorithmes.

Expliquez-nous votre concept. C’est une sorte de concert, mais chacun chez soi ? Du coup est-ce que l’on peut parler de « spectacle vivant », selon vous ?

En distribuant les instruments, il manque un aspect fondamental qui nous est cher, c’est celui du temps partagé ensemble que l’on vit lors d’un concert.
C’est pourquoi il nous a semblé important d’intégrer cet aspect dans cette édition.

Le 27 mai à 21h, toutes les personnes qui lanceront le logiciel et qui seront connectées à Internet assisteront à la performance.
Ils recevront en direct les données de contrôle que nous générerons, les potentiomètres se mettront à bouger tout seuls !

C’est donc un concert où chacun est chez soi, mais qui garde l’essence du concert, le fait de partager un événement ensemble, simultanément.
On imagine qu’il y aura des personnes qui se réuniront ou qui organiseront des diffusions locales en petits groupes pour vivre la performance.

Quelle différence avec un vidéo-concert que vous feriez en livestream ? Le logiciel sert à quoi dans cette histoire ?

Ici, nous allons intervenir sur les instruments situés sur les ordinateurs du public. C’est un rappel sur la réalité physique de la dispersion du logiciel, une appropriation d’une utopie d’Internet, la connexion instantanée entre des situations géographiques éloignées. En bougeant les potentiomètres à distance, le public peut également assister à la manière dont on joue des instruments et pas seulement au résultat, un peu comme les pianos dont les touches s’enfoncent toutes seules avec une partition mécanique.

De plus, les instruments sont génératifs et vont tous créer un rendu légèrement différent, chaque logiciel va donc produire une performance unique.

Enfin la qualité du rendu son/image est supérieure à une vidéo « streamée », même avec un débit faible (~2ko/s) et un ordinateur moyen.

C’est une performance éphémère ou vous l’enregistrez pour la rediffuser ? C’est de l’improvisation, ou tout est-il écrit ?

Cette performance sera jouée en live, comme nous l’avons fait de nombreuses fois. Nous avons un canevas temporel et nous improvisons dedans.
Les données correspondant à notre jeu avec les instruments seront enregistrées et il sera possible de les télécharger et de les rejouer a posteriori dans le logiciel.

Est-ce que le public peut participer, applaudir, manifester, interagir avec vous ?
En utilisateurs modernes d’Internet, nous apprécions particulièrement l’IRC 
Il y aura un canal sur freenode (#chdh) sur lequel les gens pourront se manifester.

Mais ce retour reste différent que lors d’une performance habituelle. Notre jeu sera sûrement plus intime, ce qui correspond également à la manière dont le public y assistera, seul devant son écran.

Concrètement, comment fait-on pour assister à votre performance ? Il faut payer quelque chose ?
Il suffit de télécharger l’application et de la lancer au bon moment en étant connecté à Internet pour assister à la performance en direct.

Vous pourriez « partir en tournée » ?

« Égrégore source » est plutôt là pour marquer la fin de la performance égregore, que nous avons jouée de nombreuses fois devant un public.

On peut vous faire un don si on a bien aimé ?
Vous pouvez acheter la version physique de l’édition ! C’est une édition limitée à 233 exemplaires qui comprend une clé USB, un schéma complet de l’algorithme sous forme de carte et un texte critique de l’artiste Atau Tanaka.

Nous inviter à venir jouer, venir nous voir est aussi un très bon moyen de nous soutenir.

Le logiciel est sous licence libre (GPLv3), pourquoi ? Pouvez-vous nous en dire plus sur le développement ?

Pour travailler, nous utilisons beaucoup le logiciel Pure Data, développé en licence libre, et enrichi par une communauté d’artistes / développeurs / chercheurs dont nous faisons partie. Égrégore source est intégralement développé dans cet environnement. Il nous semble donc juste que la communauté Pure Data puisse bénéficier en retour de notre travail.
De plus, l’édition étant en partie financée par une subvention publique, il nous paraît aussi logique qu’elle puisse profiter à tous les membres de la société civile.

Comment créer des ponts entre ces deux communautés : les « libristes » d’un côté, les « artistes » de l’autre (pour caricaturer) ? Qu’ont-elles à s’apporter ?

Il existe une scène artistique qui mélange ces communautés. La vision d’artistes sur les questions posées par le logiciel libre, et plus largement par les outils et techniques modernes, est souvent bénéfique pour le débat car moins technique / intellectuel mais plus sensible.

Un autre aspect est que la diffusion sous licence autorisant la libre reproduction permet d’augmenter la circulation des œuvres et d’atteindre un public plus large.

Sur le Framablog, on aime bien laisser aux interviewés le mot de la fin… Profitez-en !

Rendez-vous le 27 mai !

(merci au groupe Framabook pour avoir joué les correcteurices)

Quand l'État s'ouvre au logiciel libre avec OpenFisca et Mes-aides

April -

Le journaliste Xavier Berne a publié début avril 2015 sur Next INpact un article dans lequel il revient en détail sur la genèse et les objectifs du logiciel libre OpenFisca et du site Mes-aides, qui permettent des simulations du système socio-fiscal français. Lors de la rédaction de son article, Xavier Berne avait sollicité l'avis de Frédéric Couchet, délégué général de l'April, sur ces outils et cette initiative du gouvernement. Certains de ses commentaires ont été repris en citations dans l'article, il développe ici un peu plus son avis.

OpenFisca est « un moteur ouvert de microsimulation du système socio-fiscal. Il permet de calculer simplement un grand nombre de prestations sociales et d'impôts payés par les ménages, et de simuler l'impact de réformes sur leur budget. » C'est donc un logiciel libre de simulation socio-fiscal porté par des institutions publiques. Mes-aides.gouv.fr est un site qui permet de simuler, en un seul questionnaire, les principales prestations sociales auxquelles un foyer peut prétendre. C'est un service en cours de construction. Le code source de l'outil est disponible sous une licence libre.

Le logiciel OpenFisca et le site Mes-aides initient enfin le développement et la mise à disposition par les pouvoirs publics d'outils destinés au grand public et fonctionnant grâce à des logiciels libres. Espérons seulement que ce mouvement soit enclenché de façon durable !

Le fonctionnement de l'État et des services publics est de plus en plus complexe. Ce n'est pas propre à la France, et c'est certainement concomitant avec les progrès de l'informatique. Mais on aboutit à une situation où ce sont des algorithmes écrits par de toutes petites équipes qui définissent le droit.

Il est connu que les organismes sociaux ont leur propre interprétation de la loi. C'est inévitable, car la loi ne peut pas tout définir précisément. Donc, de plus en plus, "code is law" et seuls de très rares experts savent, chacun dans leur domaine restreint, les règles appliquées. Et si on n'a pas accès au code source, progressivement plus personne ne pourra contrôler ce qui se fait.

La publication du code source, et sous une licence libre, est indispensable au bon fonctionnement d'une démocratie moderne.

Le simulateur OpenFisca est un indéniable progrès (encore largement en construction). Mais c'est paradoxalement aussi le signe d'un échec : si les administrations avaient publié leurs algorithmes, des intiatives comme OpenFisca – qui doivent réécrire les règles sociales et fiscales à partir de zéro– ne seraient pas nécessaires. Il est quand même hallucinant de penser que l'État (aidé de la société civile) doive reconstruire de toute pièce un simulateur ouvert et libre parce qu'il n'arrive pas lui-même à accéder aux différents calculateurs et simulateurs développés par ses services et les partenaires sociaux (impôts, Insee, CAF…).

Ceci dit, saluons ce mouvement positif, signe d'un évident changement de philosophie. Il est encore trop tôt pour savoir si ce n'est qu'un feu de paille et si cette tendance va se généraliser, mais des petites équipes comme Etalab font bouger les lignes. Il ne s'agit plus seulement d'utiliser des logiciels libres parce qu'ils sont meilleurs que des logiciels privateurs, on s'attache désormais à s'assurer de la pérennité du logiciel, on choye sa communauté de développeurs et d'utilisateurs… C'était d'ailleurs le sens de la circulaire Ayrault de 2012 sur le "bon usage des logiciels libres dans l'administration française", qui dessinait une gestion informatique où l'acteur public n'est plus cantonné à un simple rôle d'acheteur mais également, par les effets positifs de la mutualisation induite par le logiciel libre, à un rôle de contributeur.

Bien sûr, l'État devrait mettre en place une politique publique en faveur du logiciel libre, en généralisant son utilisation et en diffusant sous licence libre les développements internes. Il devrait, a minima, développer le minimum nécessaire pour permettre à la société civile de prendre le relais.

Au lieu de tenter, à grands frais, de développer des projets cherchant à répondre à 100 % des besoins... et d'échouer après avoir dépensé des centaines de millions d'euros (dossier médical personnel, projet Louvois de fiche de paie des militaires…), l'État doit d'abord chercher à développer des interfaces de programmation (API) ouvertes. Il peut certes développer une interface utilisateur en libre, mais une API ouverte bien faite permet à tous les acteurs de la vie publique (entreprises, collectivités, associations, particuliers…) de développer des applications propres à chaque besoin.

Il est du devoir de l'État d'utiliser des standards ouverts et des logiciels libres, mais il doit aussi faire simple. L'histoire de l'informatique et d'Internet montre que les réussites durables prennent la forme d'itérations successives s'appuyant sur des briques standards et éprouvées, et donc libres !

Pour finir, faisons un lien avec le récent avis de la Commission d’accès aux documents administratifs (Cada), favorable à la communication du code source du logiciel simulant le calcul de l'impôt sur le revenu des personnes physiques. Cet avis a ouvert la voie vers une mise sous licence libre des logiciels développés par une administration. La décision de la direction générale des Finances publiques (DGFiP) est attendue avec impatience. L'impôt est un des fondements de notre république, et la transparence, une des conditions qui permet au citoyen de l'accepter. Donc, même si l'avis de la Cada n'est pas contraignant, il semblerait normal que la DGFiP donne une suite favorable à la demande et diffuse le code source sous une licence libre.

La surveillance, vigile de la paix sociale au service des plus riches ?

Framablog -

Cory Doctorow, auteur de science-fiction canadien et américain, cofondateur du site boing-boing, est l’un de ces monstres sacrés du monde du logiciel libre, du partage de la connaissance, bref, de l’époque qu’Internet profile à l’horizon des historiens du futur. Dans le dernier numéro de LocusMag, journal de science-fiction en langue anglaise, il évoque avec son habituelle précision deux sujets qui me sont chers : la stabilité de nos sociétés, et la surveillance des populations. Sur l’instabilité de nos société, j’évoque souvent la complexité croissante du droit, Cory va ici beaucoup plus loin. Sur la surveillance de masse, on compare souvent à tort la NSA et la Stasi d’ex-RDA, à nouveau Doctorow enfonce le clou et nous pousse dans nos derniers retranchements, invitant à mots couverts à une révolution du partage et de l’égalité.
Espérant que vous aurez autant de plaisir à le lire que nous avons eu à le traduire, et remerciant Cory d’avoir accepté la traduction en français de cet article, nous vous invitons au débat…

Benjamin Sonntag

Co-fondateur de la Quadrature du Net

Stabilité et surveillance

par Cory Doctorow

article original publié initialement dans le numéro de mars 2015 du magazine Locus

Traduction collaborative : Benjamin, catalaburro, bruno, Monsieur Tino, goofy, TeSla, Jerry + anonymes

 

Dans le best-seller économique de Thomas Piketty, paru en 2014, Le capital au XXIe siècle, l’économiste documente avec soin l’augmentation des inégalités dans le monde, phénomène qui a inspiré le printemps arabe, le mouvement Occupy, le Pape François, et de nombreux militants politiques sur toute la planète. Certains critiques de Piketty ont commencé par remettre ses calculs en question, mais sur ce point Piketty semble crédible. L’ensemble de données sur lesquelles il s’est fondé représente un travail de titan, et les données brutes sont en ligne, chacun peut les télécharger, ainsi que les nombreuses notes sur les suppositions et normalisations de données disparates que Piketty a effectuées afin d’obtenir une histoire cohérente. Piketty est l’analyste des analystes, un homme aux chiffres totalement crédibles.

Ensuite vient l’autre critique adressée à Piketty : le « et alors ? ». Les riches deviennent plus riches et les pauvres plus pauvres ? Et alors ? Comme le raille Boris Johnson, le maire de Londres issu d’Eton : « Plus vous secouez le paquet, plus il sera facile à certains cornflakes de remonter à la surface. » En d’autres termes, si le capitalisme rend les riches plus riches, c’est parce qu’ils le méritent, un fait démontré par l’ampleur de leur richesse. Si vous êtes une miette au fond de la boite, vous devez sûrement être nul quelque part.

Piketty ne répond pas à cette critique de manière directe, mais par des références à « l’instabilité sociale ». Il compare fréquemment les inégalités contemporaines avec celles de la veille de la première guerre mondiale (présentée comme une sorte de guerre commerciale entre les super-riches pour savoir qui empochera les richesse des colonies, dès lors qu’il n’y avait plus de nouveau territoire à conquérir) ; il les compare également à celles qui ont précédé la Révolution Française, une comparaison qui va faire hurler les citoyens français, mais paraîtra plus lointaine au lectorat anglais de ce livre.

Voici ce qu’il dit, lorsqu’on lit entre les lignes : quand le fossé entre riches et pauvres devient trop important, les pauvres se mettent à construire des guillotines. Il revient probablement moins cher de redistribuer une partie de votre fortune, méritée ou non, que de payer tous les gardes qui pourraient s’avérer nécessaires pour éviter de vous faire couper la tête.

En d’autres mots, un grand fossé entre riches et pauvres déstabilise les sociétés, et il est compliqué d’être vraiment riche dans une société en proie au chaos. À moins que la population n’adhère au système qui vous a rendu riche, le peuple ne sera pas gêné par le spectacle du pillage de vos biens, et pourrait même y contribuer.

Historiquement ont existé deux modèles de société très stables : celles qui sont fortement redistributives, tels les pays scandinaves (où l’écart entre les plus riches et les plus pauvres est comblé par les impôts, les lois protectrices des employés et des locataires et des politiques sociales étendues) ; et d’autre part les sociétés totalitaires, comme l’Irak de Saddam Hussein ou la Lybie de Muhammar Kadhafi où, au lieu de redistribuer leurs richesses au reste de la population, les élites dirigeantes dépensent au fond moins d’argent pour s’offrir un vaste dispositif répressif composé de soldats, d’espions, d’officiers de police, de mouchards, de propagande et de surveillance. Tout cela est utilisé pour identifier les protestataires qui réclament des changements politiques, puis pour les neutraliser : emprisonnement, diffamation, mise à l’écart du marché du travail, exil, chantage, torture et enfin assassinat.

Samuel Bowles, un économiste du Santa Fe Institute, utilise le terme « travail de protection » [NDT : proposition de traduction pour guard labor, voir cet article] pour décrire toutes les activités destinées à contraindre à la paix sociale les personnes émettant des réserves sur la légitimité d’une société. Faute d’un cadre éthique proclamant que la pauvreté et les souffrances qu’elle provoque doivent être combattues, une élite éclairée devrait chercher à utiliser une combinaison de la redistribution des richesses et du travail de protection pour assurer la stabilité sociale. Si une infime minorité de la société est assez riche, et que tout le reste est assez pauvre, il sera plus coûteux pour la riche minorité d’engager des gardes pour maintenir les masses affamées à l’écart de leurs palais que de nourrir et d’éduquer une partie de la masse, ce qui crée une classe moyenne, une certaine mobilité sociale, ainsi que le sentiment que les riches sont riches parce qu’ils l’ont mérité. Et si vous jouez le jeu, vous pourriez bien en être.

Il en existe des quantités d’exemples, mais mon préféré reste Joseph Williamson, qui a payé pour le creusement de tunnels sous Liverpool après la Première Guerre Mondiale. Williamson était un magnat local qui avait compris que le retour des Tommies traumatisés par l’enfer des tranchées, dans une ville où aucun travail ne les attendait, était probablement une mauvaise nouvelle pour la stabilité de la cité. Williamson utilisa donc une part de sa colossale fortune pour engager les vétérans pour trouer le sol sous Liverpool tel un gruyère, avec des kilomètres et des kilomètres de tunnels ne débouchant sur rien. Le raisonnement — probablement sensé — de Williamson était qu’il était moins coûteux de donner à ces vétérans un salaire et la dignité de travailler plutôt que d’engager des gardes pour se défendre de ces soldats démobilisés qui se sentaient abandonnés par leur patrie.

Tous les emplois de protection ne sont pas forcément coercitifs. Certains jouent sur la persuasion. L’accroissement soudain de la disparité des richesses de l’ère post-Reagan a aussi coïncidé avec la dérégulation des médias de masse, à la fois en termes de renforcement de la propriété et pour l’étendue et la nature des obligations qui incombent aux services publics de programmes, associées à leur licence de diffusion. Il en a résulté une gigantesque révolution économique et technologique dans le monde des médias, qui s’est achevée par la création de cinq énormes empires médiatiques qui détiennent virtuellement à l’échelle du globe toutes les musiques, les films, la diffusion des nouvelles, la presse écrite, l’édition, les câbles et les satellites, et même, dans de nombreux cas, ces entreprises possèdent aussi les tuyaux – ceux du téléphone et du câble.

Cette révolution a rendu plus facile que jamais la diffusion de messages socialement apaisants. De très nombreuses études, l’une après l’autre, ont montré que la presse était favorable au mythe des riches méritants, assimilait les impôts à du vol et se montrait hostile au travail et à la règlementation. L’ascension de Fox News et de son équivalent planétaire Sky News, comme l’effondrement de l’industrie de la presse écrite tombée aux mains de quelques entreprises largement sous la coupe de fonds de pension et de milliardaires, nous a poussés dans une situation où les thèses qui remettent en question la légitimité des grandes fortunes ont une bien faible visibilité.

À la fin du XXe siècle, la révolution des télécoms et des médias a abaissé le coût du travail de protection, modifiant l’équilibre entre la redistribution et le maintien de la stabilité sociale. Quand il devient moins coûteux de protéger votre fortune, vous pouvez vous permettre d’envoyer paître davantage de gens en devenant de plus en plus riche au lieu de partager avec eux.

Le XXIe siècle a été très bienveillant pour le travail de protection. En plus d’avoir permis aux polices locales l’obtention d’armes militaires, le XXIe siècle a vu l’émergence d’Internet et, grâce au manque de régulation, l’émergence d’un petit nombre de géants d’Internet qui savent presque tout ce que fait chacune des 7 milliards de personnes sur terre.

La surveillance massive d’Internet révélée par le lanceur d’alerte Edward Snowden montre que les gouvernements — et les riches qui dominent les cercles politiques en proportion directe du volume de richesse nationale dont ils disposent — ont remarqué que la seule chose dont ils aient besoin pour mettre la terre entière sous surveillance est de corrompre ces géants de l’Internet, que ce soit ouvertement (comme quand l’agence d’espionnage britannique GCHQ paye British Telecom pour pouvoir mettre sur écoute les fibres optiques qui sont sur le territoire britannique) ou secrètement (comme quand la NSA a secrètement mis sur écoute les fibres optiques entre les centres de données informatique utilisés par Google, Yahoo et Facebook).

Il est difficile d’exagérer l’efficacité de la surveillance au XXIe siècle. Les opposants à la surveillance de masse d’Internet aiment comparer la NSA et ses alliés à la Stasi, la police secrète de l’ex-RDA, connue pour son omniprésence dans le quotidien des gens et la surveillance totale dont elle étouffait le pays. Mais la Stasi opérait dans une surveillance pré-Internet, et selon les critères d’aujourd’hui, leur travail de surveillance était extrêmement coûteux.
En 1989, qui fut la dernière année d’activité de la Stasi, il y avait 16 111 000 habitants en Allemagne de l’Est, et 264 096 opérateurs qui d’une manière ou d’une autre étaient rémunérés par la Stasi, dont 173 000 « informateurs officieux » (des mouchards). Ce qui faisait une proportion d’un espion pour 60 personnes.

Il est difficile de savoir avec précision combien de personnes travaillent pour la NSA — une majeure partie de son budget est inconnue, et de nombreuses opérations sont menées par des partenaires privés comme Booz Allen, l’ancien employeur d’Edward Snowden. Mais nous savons combien d’Américains ont une habilitation de sécurité (4,9 millions), et combien sont habilités « Top Secret » (1,4 millions), ce qui fait que nous pouvons être sûrs que moins de 1,4 millions de personnes travaillent sur ces sujets (parce que ces personnes, avec des habilitations « Top Secret », se trouvent réparties entre la CIA, le FBI, la défense fédérale, etc.). De plus, la surveillance menée par la NSA est épaulée par des espions étrangers, en particulier ceux des pays dits des «five eyes » (Canada, Royaume-Uni, Australie et Nouvelle-Zélande [NdT, en plus des États-Unis]), mais ils ne sont qu’une goutte d’eau dans l’océan comparée au dispositif de surveillance américain — les États-Unis représentent à eux seuls un tiers des dépenses mondiales dans le domaine militaire, quand seulement deux autres pays des five eyes (le Royaume-Uni et l’Australie) apparaissent dans les 15 pays aux plus fortes dépenses militaires.

En prenant une estimation large, nous pouvons dire qu’il y a 1,4 millon d’espions travaillant pour la NSA et ses associés, five eyes compris. 1,4 millions de personnes pour surveiller sept milliards d’humains.
Ceci nous donne un ratio espion/sujet d’environ 1/5000, deux ordres de grandeurs de plus qu’à l’époque de l’activité de la Stasi. Celle-ci utilisait une armée pour surveiller un pays ; la NSA utilise un bataillon pour surveiller la planète. Par rapport à la NSA, la Stasi fait figure de bricoleurs du dimanche.
Bien qu’il soit admis que l’arsenal de surveillance américain s’est beaucoup étoffé depuis la présidence Reagan — certaines agences ont vu leurs budgets multipliés par quatre depuis la chute du Mur de Berlin — il n’a certainement pas été centuplé. Même en ne disposant que de budgets obscurs et mensongers, il est évident que l’augmentation géométrique du volume d’espionnage ne s’est accompagné que d’une augmentation linéaire des coûts associés.

En d’autres termes, le coût des éléments clés du travail de protection est en chute libre depuis l’avènement d’Internet.
Nous voici revenus à Piketty et à la stabilité sociale. Les riches ont besoin de stabilité, du moins suffisamment pour que leurs banques et leur business continuent de tourner rond.

Les écarts de richesse déstabilisent la société ; pour retrouver retrouver la stabilité il faut faire un choix : ou bien on paie le prix pour faire sortir les gens de la pauvreté, ou bien on s’assure qu’on a une longueur d’avance sur eux avant qu’ils ne ressortent les guillotines (ou qu’ils abattent le Mur de Berlin). Lorsque le coût du travail de protection diminue, le fossé acceptable entre les riches et les pauvres s’élargit. Une baisse de deux ordres de grandeur du coût nécessaire pour maintenir séparés les loups et les moutons chez les pauvres est un puissant argument contre les programmes sociaux, ou les lois sur le travail, ou les droits des locataires. Bien entendu, la privation rend les populations agitées, mais il est possible, avec une fiabilité incroyable et pour seulement quelques sous, d’identifier les personnes à arrêter, discréditer, faire chanter, ou neutraliser : « Qu’ils consomment des réseaux sociaux ! »

Ce sont de mauvaises nouvelles, car la grande disparité des richesses ne déstabilise pas la société uniquement à cause de la pauvreté, cela la déstabilise aussi à cause de la corruption. Dans une société où les juristes doivent lever des dizaines de millions de dollars pour s’installer et exercer, l’influence des riches grandit. Les régimes autocratiques en sont un bon exemple : vous pouvez aller en prison en Thaïlande pour avoir critiqué le Roi, et dénoncer les conditions de travail esclavagistes au Qatar est un délit.

Mais c’est aussi vrai aux États-Unis. En avril 2014, des universitaires de Princeton et Northwerstern ont publié Test des théories des politiques américains : élites, groupes d’intérêts, et citoyens de base (1), dans la revue Perspectives and Politics. Il s’agissait d’une étude massive de plus de 20 années de combats politiques au sein du Congrès américain et de l’administration, et sa conclusion était que l’issue de ces combats politiques était immanquablement favorable aux 10% des Américains les plus riches. Les décisions politiques favorables aux classes moyennes étaient si rares qu’elle ne dépassaient même pas le niveau de bruit statistique.

L’augmentation de la surveillance implique que les mécanismes de combat contre les inégalités, déjà insuffisants, ont été détournés au profit d’une oligarchie.

Dans une société extrêmement inégalitaire, les seuls projets qui peuvent se développer doivent avoir un vrai modèle économique. Ils doivent rendre riche une personne extérieure au Parlement, pour qu’elle utilise cet argent à influencer les hommes politiques qui vont maintenir et propager ce projet politique.

Il est possible que certaines mesures prises par les États génèrent un surplus de capital pour un nombre restreint de personnes mais demeurent bénéfiques à la société, cependant il y a d’autres domaines où ce n’est sûrement pas le cas. L’éducation, par exemple : vous pouvez tout à fait diriger une école comme une entreprise, ne jurer que par sa « rentabilité », avec des tests standardisés et une surveillance des taux d’absentéisme, plutôt que par le jugement des enseignants, ou les résultats effectifs des apprentissages.

En utilisant cette méthodologie, vous pouvez assurer de confortables profits aux entreprises qui ont compris comment améliorer artificiellement les résultats des tests standardisés, et comment réduire l’absentéisme. Par exemple, en bourrant le crâne des étudiants avec des tests, au lieu de leur enseigner les arts ou le sport, et en mettant à la porte les étudiants qui ont des problèmes avec ces méthodes, ou ceux dont des problèmes personnels leur font manquer de nombreux cours. Cela augmentera encore vos résultats trimestriels d’une façon qui réchaufferait le cœur d’un analyste de Wall Street, mais bonne chance pour trouver quelqu’un avec une certaine crédibilité pédagogique qui pourra prétendre que ces enfants « apprennent ».

Je réagis comme vous : ça me fait flipper. L’augmentation de la surveillance implique que les mécanismes de combat contre les inégalités, déjà insuffisants, ont été détournés au profit d’une oligarchie. C’est une bonne raison pour inciter vos amis à utiliser des outils de chiffrement, particulièrement ceux qui sont disponibles en logiciel libre et open source. À l’heure où j’écris ces lignes, en janvier 2015, Obama, l’Avocat général de New York et le patron du FBI ont appelé à l’interdiction de la cryptographie pour le grand public, avec le soutien du Premier Ministre britannique David Cameron. Interdire la cryptographie est un projet ambitieux qui ne risque pas de se concrétiser (il combine les aspects les plus idiots de la guerre contre certaines drogues et ceux de la guerre contre le partage de fichiers), mais cela ne veut pas dire que cette volonté de nous rendre tous vulnérables à la surveillance ne fera pas de mal.

Le temps passe. Il est bientôt minuit. Avez-vous chiffré votre disque dur ?

 

Note

(1) Lien direct vers le PDF en anglais : Testing Theories of American Politics: Elites, Interest Groups, and Average Citizens

 

Crédit photo

* Cory Doctorow par Joi Ito (CC BY 2.0)

L'Inde encourage à préférer le logiciel libre au logiciel privateur

April -

En Inde, le gouvernement vient de publier sa « Politique relative à l'adoption du logiciel libre pour le gouvernement indien » qui encourage l'adoption du logiciel libre dans les organisations gouvernementales comme « option préférée » par rapport aux logiciels privateurs.

Le Département de l'électronique et des technologies de l'information, qui dépend du ministère indien des communications et des technologies de l'information, a publié un document de 8 pages intitulé « Politique relative à l'adoption du logiciel libre pour le gouvernement indien » (uniquement disponible en anglais pour le moment). Dans ce document, le ministère développe une politique qui encourage l'adoption du logiciel libre dans les organisations gouvernementales. Avec cette politique, le gouvernement indien « s'efforcera de choisir le logiciel libre dans tous les systèmes d'administration électronique mis en place par des organisations gouvernementales, comme une option à privilégier par rapport au logiciel aux sources fermées »1.

Cette politique doit s'appliquer à tous les nouveaux systèmes ainsi qu'aux nouvelles versions des systèmes existants. Pour se conformer à cette politique les organisations gouvernementales doivent inclure dans les appels d'offre une obligation pour les fournisseurs de proposer une réponse basée sur du logiciel libre en parallèle à une solution basée sur du logiciel privateur. Les fournisseurs devront justifier une absence d'offre basée sur du logiciel libre. L'organisation gouvernementale choisira l'option par rapport à «  la capacité, le contrôle stratégique, la sécurité, les coûts à long-terme et les besoins en support ». Des exceptions sont prévues mais elles devront être justifiées.

Le gouvernement est encouragé à collaborer avec les communautés du logiciel libre et à y contribuer.

Ce document émanant du gouvernement indien est une première étape pour l'instauration d'une vraie politique publique en faveur du logiciel libre.

  • 1. Traduction libre de "Government of India shall endeavour to adopt Open Source Software in all e-Governance systems implemented by various Government organizations, as a preferred option in comparison to Closed Source Software (CSS)"

Positionner les bibliothèques dans les communs (commons)

CultureLibre.ca - Olivier Charbonneau -

J’ai l’énorme plaisir de participer le 9 avril prochain à une matinée d’échanges sur le thème des commons à l’initiative de Thierry Belleguic et Florence Piron. En fait, il s’agit d’une Journée d’étude organisée par le laboratoire de recherche action sur les communs (LARAC). Je vous offre quelques réflexions sur le sujet des communs dans un contexte où je suis bibliothécaire et que ces deux concepts sont interalliés de plusieurs façons.

Avant tout, je vous invite à visionner cette vidéo récente de Yochai Benkler, professeur en droit et affaires à Harvard, qui a longtemps étudié le thème des communs (avec tant d’autres américains: Lawrence Lessig, James Boyle, David Bollier… ainsi que plusieurs français: Florent Latrive, Philippe Aigrain…), Benkler a proposé une courte présentation au World Economic Forum à Davos sur le thème “Challenges of the sharing economy”

Voici ma réflexion sur les communs: 

Les bibliothèques, à plusieurs niveaux, sont des institutions. Hess et Ostrom (2007) définissent les institutions comme

formal and informal rules that are understood and used by a community. Institutions. as we use the term here, are not automatically what is written in formal rules. They are the rules that establish the working “dos” and “don’ts” for the individuals in the situation that a scholar wished to analyse and explain (p. 42).

Afin d’appréhender les rôles et fonctions des institutions, ces deux chercheures emploient le “Institutional Analysis and Development Framework” (IAD) afin de conceptualiser des cas où les communs émergent comme modalité organisatrice de la société. La tentation est forte d’avoir recours à ce modèle pour analyser les bibliothèques, mais je désire inclure certains autres concepts dans le modèle qui m’intéresse avant de procéder.

Le droit d’auteur semble être le régime juridique formel le plus pertinent à analyser du point de vue juridique. Le droit d’auteur interdit ce que la technologie permet. Depuis l’émergence du numérique, plusieurs problèmes d’ordre économiques et sociaux irritent les divers agents qui opèrent au sein des systèmes sociaux.

Le trio conceptuel qui m’intéresse est donc les bibliothèques, comme institution (au sens de Hess et Ostrom 2007, mais aussi North 1991) mais aussi objet d’étude; le droit d’auteur, comme régime juridique formel qui anime le système social (au sens de Luhmann, 2004) mais aussi comme sujet d’étude; et l’univers numérique comme contexte d’étude. Si j’écrivais un conte pour enfant, la bibliothèque aurait une aventure en droit d’auteur à cause du numérique. Et je me sens parfois comme un personnage de ce conte… Mais, mon cadre conceptuel inclus ces trois éléments: bibliothèques, droit d’auteur et numérique.

Je puise dans diverses théories pour articuler mon approche. La première classe de théories puise largement dans l’économie où, au niveau individuel (ou microscopique), la transaction domine dans sa sphère néolibérale classique (offre, demande, tension entre valeur et richesse, etc.). Sur le plan institutionnel (ou macroscopique), le marché domine dans un contexte de biens privés mais où les biens publics imposent un autre cadre d’analyse (Hayek vs Polanyi). La seconde classe de théories découlent de la sociologie où, au niveau individuel ou microscopique, l’interaction est le jeu de pouvoir et de risques. Sur le plan institutionnel ou macroscopique, la gouvernance devient le modèle ce coopération, coordination ou compétition. La gouvernance s’exprime en diverses topographies sociales (arbre, hiérarchie, réseau).

À l’intérieur de ce cadre théorique économico-social, mon cadre conceptuel (bibliothèques, droit d’auteur, numérique) s’analyse grâce à l’Analyse bibliothÉconomique du Droit d’auteur (AbÉDa). L’élément central de mon corpus est le contrat, où les bibliothèques opèrent des relations économiques et sociales pour faire émerger des communs. Donc, outre le simple commerce de la culture, les bibliothèques offrent une entrée non-commerciale au savoir, à l’information et à la culture.

Ce qui m’intéresse donc est d’étudier des relations contractuelles et, si ces relations sont pérennes et massives, d’y voir émerger des normes comme proto-institutions dans un contexte d’oeuvres protégées par le droit d’auteur numériques.

Et mon chantier actuel est le jeux vidéo (voir aussi les détails sur mon carnet OutFind.ca), où je tente d’articuler les termes des contrats afin de rendre disponible des jeux vidéos indépendants par le biais des bibliothèques publiques.

Bibliographie partielle

- Livres

Aigrain, P., Cause commune : l’information entre bien commun et propriété, coll. «Collection Transversales; Variation: Collection Transversales.», Paris, Fayard, 2005

Internet & création comment reconnaître les échanges hors-marché sur internet en finançant et rémunérant la création ?, Cergy-Pontoise, In libro veritas, 2008

Aoki, K., J. Boyle et J. Jenkins, Bound by law? : tales from the public domain, New expand, Durham, NC, Duke University Press, 2008

Benkler, Y., The wealth of networks : how social production transforms markets and freedom, New Haven, Yale University Press, 2006

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North, D.C., «Institutions», (1991) 5 Journal of Economic Perspectives

Effets économiques des exceptions au droit d’auteur

CultureLibre.ca - Olivier Charbonneau -

Le site InfoJustice recense la publication d’une étude de l’initiative sur l’économie de l’innovation du Lisbon Counsil, intitulée “The 2015 Intellectual Property and Economic Growth Index:  Measuring the Impact of Exceptions and Limitations in Copyright on Growth, Jobs and Prosperity” et disponible en format PDF sous licence Creative Commons.

Rien de tel pour rendre un doctorant heureux qu’un rapport d’une quarantaine de pages proposant une analyse économétrique de diverses données nationales pour ordonner les performances économique de huit juridictions (pays) pour exporer le lien entre la performance économique et la force de leurs exceptions du droit d’auteur. 

Oui, je sais ce que vous allez dire. Olivier va encore nous parler des bénéfices économiques des exceptions, comme je l’ai fait dans le passé, entre autres, en ce qui concerne les les externalités positives de l’accès, l’impact sur les coûts d’information et la diminution des coûts de transactions… mais non, malgré que cette analyse semble indiuqer un lien fort entre exceptions et industries fortes, l’intérêt réel et absolument fascinent de cette étude consiste en son approche méthodologique.

Primo, l’auteur, Benjamin Gibert, tente de mesurer avec précision, sur une échelle de 1 à 10, la “force” des exceptions au droit d’auteur de hui pays. Sans surprise, les États-Unis sont en tête avec un score de 8.13 et les Pays-Bas en queue de peloton avec 5.94. L’Allemagne figure au 3e rang, ce qui me surprend un peu, avec 7.50 (il va falloir que je me plonge dans les dédales de sa méthodologie pour savoir si l’auteur a bien saisi la différence entre exception et limiation au droit d’auteur).

Secondo, l’auteur plonge dans les entrailles des données statistiques nationales afin d’identifier les diveres séries pertinentes pour bâtir un modèle économétrique. La chose n’est pas évidente et j’ai peiné moi-même à naviger ces sources. Quelle joie de voir ce travail accompli dans le cadre de cette étude.

Tertio, l’auteur nous offre les fruits d’un an de labeur – et il est évident que le travail accompli en a valu la chandelle. Il faut voir la bibliographie qui contient plusieurs textes fondateurs en plus de certains plus obscurs mais toujours pertinents pour en être convaincu.

Pour tout dire, il s’agit d’une excellente contribution au domaine de l’analyse économique du droit, par le biais de l’économétrie employant des données statistiques nationales et une comparaison des systèmes juridiques grâce à un ordre numérique.

Je serai bien curieux d’effectuer cette étude avec les données du Canada afin de mesurer son système juridique et analyser les résultats économiques. En fait, il faudrait probablement mesurer le Québec et le reste du Canada (ou ROC pour les intimes, pour Rest of Canada).

Également, il serait vraiment intéressant d’inclure des statistiques du réseau des bibliothèques pour voir comment les exceptions au droit d’auteur ainsi que les données économiques sont correliées… Il s’agit-là d’un autre thème de mes recherches que je n’ose pas encore attaquer de front tant et aussi longtemps que je n’ai pas terminé d’écrire ma thèse…

En fait, l’auteur ne fait que relever des liens de corrélation – à juste titre que l’outil employé (données statistiques nationales ) ne permet pas de confirmer un lien de causalité. Je crois qu’en arrière des données employées se cache une dynamique très simple: plus les états financent le réseau de bibliothèques (et la consommation de culture en général), plus le régime d’exception est fort. Inversement, plus un pays investit dans la création culturele, plus le régime d’exception est faible. (Voyez-vous la dichotomie entre création et consommation ? on finance la consommation par les bibliothèques, les quotas de contenu sur les ondes télévisuelles et radiophonique, les écoles tandis que l’on finance la consommation avec des programmes de subventions aux créateurs et à l’industrie). J’aimerai bien, un jour (probablement après mon doctorat), tester cette hypothèse…

Mais, dans l’intérim, si les sujets de l’analyse économique du droit, les exceptions au droit d’auteur et le droit comparé vous intéresse, l’étude de Benjamin Gibert en vaut le coup: “The 2015 Intellectual Property and Economic Growth Index:  Measuring the Impact of Exceptions and Limitations in Copyright on Growth, Jobs and Prosperity” 

(Et oui, il est bon d’avoir des données probantes concernant les revendications de groupes sociaux quant à la réforme du droit d’auteur).

L'April et ses combats - Informatique libre, société libre - Conférence de Véronique Bonnet

April -



Illustration : Le Printemps (Primavera) - Botticelli

Titre : L'April et ses combats - Informatique libre, société libre
Intervenants : Véronique Bonnet
Lieu : ENS Cachan
Date : Mars 2015
Durée : 59 min 13
Lien vers la vidéo

J'ai deux précisions, on va dire préventives, parce que je serais vraiment très heureuse qu'il y ait des questions nombreuses. Il se trouve que je suis entrée en février au conseil d'administration de l'April. Je ne suis pas du tout informaticienne. Je suis venue au Libre par la philosophie. J'ai été normalienne, donc j'ai fait, boulevard Jourdan, des études de philosophie et, il y a un an et demi, il se trouve que j'ai visionné, et même pas in vivo, j'ai visionné une conférence de Richard Stallman et mon intérêt et mon attention pour l'humanisme, pour les valeurs des Lumières, se sont sentis tout à fait concernés par ce discours qui est très particulier qui est celui du Free Software.

J'ai appelé mon intervention « L'April et ses combats - Informatique libre, société libre », parce qu'il me semble, qu'en effet, ce qui fait la force du Free Software, ce en quoi il est peut-être plus directement joyeux, plus directement en phase avec l'existence que l'open source, c'est que, comme le dit Richard Stallman, l'informatique touche à la vie même. Et comme l'informatique touche à la vie même, c'est vrai qu'on peut aussi bien se contenter, c'est déjà très fort, de combat pour qu'il y ait un accès au code source, de combat pour essayer d'éviter que les lobbies des DRM et autres défenseurs de la propriété intellectuelle essaient d'intervenir dans les législations, essaient de prévaloir en législation. Mais il me semble aussi très important, et c'est le cas de l'April, c'est pour ça que je suis entrée à l'April, il me semble très important de ne pas oublier que le Free Software libère, bien sûr, des logiciels, mais libère aussi des manières de se comporter, de demander un droit à la parole, de défendre des valeurs d'intimité, d'extimité, ça me paraît aussi important que les valeurs d'intimité, c'est-à-dire la possibilité de sortir d'une certaine fascination, peut-être, pour la technologie, d'être capable de faire un pas de côté, pas seulement d'exercer ses prérogatives d'utilisateur.

Je vais commencer par rappeler, d'une façon peut-être étrange, mais mes outils sont les outils de la philosophie, que l'April a un nom de printemps. Nous sommes à la Fête du Libre, nous sommes à « Libre en fête », nous sommes dans le printemps du Libre et, peut-être pour vous donner envie de m'écouter, si j'avais à comparer l'April à une démarche culturelle préalable, il me semble que l'April évoque aussi bien ce qui s'est passé de fondamental, de décisif, au moment de la Renaissance. Dans une forme de réappropriation par l'être humain de l'espace, l'humanisme, qui met l'être humain au centre, qui n'en fait plus, éventuellement, un rouage ou un réceptacle. Et donc, je vais commencer mon exposé en évoquant trois tableaux qui sont de la Renaissance, et qui me semblent dire quelque chose des missions de l'April et des objectifs du Free Software.

Avant de vous montrer ces tableaux, je me ferai l'écho d'une inquiétude qui était celle de Victor Hugo. Victor Hugo, après les espoirs suscités par certains mouvements du peuple, dans « Choses vues », pose des questions en ce qui concerne la Troisième République, et se demande si la Troisième République respecte vraiment la souveraineté du peuple. Et c'est vrai que la Troisième République ressemble à un printemps, mais ça n'est peut-être pas tout à fait un printemps. Je vous lis ce qu'il écrit en 1874, donc après la Commune, et là il a l'impression que la Troisième République va être essentiellement une démarche d'optimisation, une démarche technique, pratique, qui va oublier certains idéaux, donc voilà ce qu'il écrit : « Supposez qu'avril soit une république et qu'avril soit sans oiseaux, sans nids, sans rayons de soleil, sans fleurs, sans abeilles, ce sera la république sans républicains. C'est à peu près cela que nous avons, un printemps avec les institutions de l'hiver ». Un printemps avec les institutions de l'hiver. Il me semble que le mouvement du Free Software s'arme pour que cette éclosion du libre, alors, qui, c'est vrai, permet à l'humanité de publier comme jamais, de transmettre, échanger, comme jamais, c'est vrai qu'il serait dommage que ce mouvement du Free Software soit confisqué simplement par des optimisateurs, par ceux qui gardent du libre simplement que ça marche, ou que c'est efficace, ou qui confondent libre avec gratuit, ou qui confondent libre avec ouvert, liberté avec libéralisme.

J'en viens à ces tableaux qui, me semble t-il, disent assez bien ce qu'il en est des missions que s'est donnée l'April. C'est une association qui vient de fêter ses dix-huit ans, qui est devenue majeure, en novembre dernier, et qui s'appelle Association Francophone pour la Promotion et la Défense des Logiciels libres. Le premier tableau, « Le Printemps » de Botticelli. Le printemps, alors une forêt habitée, une forêt avec des symboles, avec au centre Vénus, avec cette vigueur du printemps, avec Flore. Vous avez Zéphyr qui a changé Chloris pour en faire la déesse des fleurs. Cette femme qui parle, et des fleurs s'échappent de sa bouche, devient la déesse des fleurs. Vous avez les Grâces. Vous avez Mercure, donc, la divinité de la communication, des voyageurs, qui, de son caducée, éloigne l'hiver. C'est un peu amusant pour nous, qui éloigne le cloud, qui éloigne, de son caducée, certains nuages menaçants. Ce qui me semble être manifesté, dans cette énergie de Botticelli, que, je pense, l'April incarne, l'April manifeste, c'est que le printemps c'est l'éveil des vivants et des êtres parlants, et que, ce qu'on appelle la révolution numérique, c'est un éveil possible, c'est une éclosion possible. Je pense que ça serait dommage qu'il soit confisqué au profit de substantifs un peu vagues, un peu fourre-tout, comme le libre, le numérique, le tout numérique, et il me semble qu'il y a une rigueur dans cet exercice, qu'on peut faire de la vigueur dans cet exercice, qu'on peut faire de l'énergie.

Le deuxième tableau c'est aussi un tableau de Botticelli. Ça s'appelle Pallas, donc, Pallas Athéna, la déesse de la sagesse. Vous la reconnaissez, elle a une couronne d'olivier, elle a la hallebarde, elle a aussi, parce que c'est une œuvre de commande, la livrée des Médicis. C'est un tableau de composition, donc de commande, et de sa main, et ça ça me paraît très fondamental dans la vigilance qui est celle de l'April, dans son pari que le Free Software va plus loin que l'open source, je vais m'en expliquer, elle pose la main sur la tête d'un centaure, d'un personnage qui est hybride, le centaure, donc mi-cheval, mi-humain, réputé dans la mythologie pour être un être violent, pour être un être cupide. Je pense à cette extrême attention qu'a aussi bien la FSF que l'April pour essayer de calmer… que, un certain sommeil, une certaine fascination pour la technologie et pour l'informatique fasse s'éveiller les monstres. Le sommeil de la raison engendre des monstres. Peut-être est-il important que, de temps en temps, des perspectives un peu globales et un peu critiques, je parlais tout à l'heure d'extimité, savoir faire un pas de côté, essayent d'affronter des monstres technologiques. Richard Stallman, par exemple, parle des iThings comme de monstres technologiques, de certaines montres connectées. Des objets connectés, des montres connectées, et autres joyeusetés, qui relèvent, peut-être, du mélange des genres, comme ici le centaure.

Et enfin, pour ne pas abuser de votre patience, dernier très beau tableau. C'est du Paolo Uccello, donc le peintre des batailles, le peintre de la bataille de San Romano, et, là, vous avez, représentée, la contre-offensive décisive qui permet, à la bataille de San Romano, d'être la victoire qu'on sait. Contre-offensive, il me semble que c'est une notion qui définit assez bien la vigilance, aussi bien de la FSF que de l'April pour l'espace francophone, parce que, souvent, dans l'urgence, il arrive qu'il faille collaborer à des brouillons, à des pads, à des communiqués de presse, à des contre-offensives, qu'il faille faire extrêmement vite, parce que le lobby de ce que j'appelle l'informatique fermée, ou l'informatique qui est simplement intéressée par des effets commerciaux, il se trouve qu'assez rapidement ces lobbies sont aux aguets lorsque telle législation se discute, lorsque telle demande de tel citoyen reçoit une réponse. Et je n'exclus pas, d'où ce terme de combat, je n'exclus pas, dans cette responsabilité qui est faire fructifier, fleurir d'abord, le Free Software, qu'il y ait un caractère décisif de la contre-attaque. À certains moments, il est important de prendre la parole, de dire son sentiment, lorsque telle institution est rétive, par exemple, à l'interopérabilité, lorsque l'égalité des citoyens, dans l'accès aux documents, n'est pas nécessairement garantie. Et donc, il me semble que le printemps, et c'est vrai que c'était la tradition aussi à la Renaissance et aussi dans l'Antiquité, est parfois le réveil de certaines polémiques, qui exigent qu'on aille assez vite pour élaborer certaines réponses.

J'ai cherché une photographie de Richard Stallman, printanière. Ça tombe assez mal [Note de la Conférencière : photographie qui évoque l'Asie, non les USA], puisque je vais vous dire que l'April, qui donc a dix-huit, alors que le projet GNU a eu trente-et-un ans, a très vite pris contact avec Richard Stallman qui, aux États-Unis, s'est heurté à un dysfonctionnement qui lui a fait concevoir un projet, dont, dans l'espace francophone, l'April, l'association April, est porteuse. J'ai trouvé cette photographie réjouissante. Je vais procéder par deux axes. Je vais déjà faire le lien entre la FSF, que très certainement vous connaissez très bien, l'April qui s'écrivait d'abord en majuscules, qui n'est pas l'April actuelle, dont, alors je vous ai montré tout à l'heure le logo, dont seule, la première lettre est en majuscule puisque, entre temps, les enjeux et les contextes ont changé. C'est-à-dire de l'association qui était née avec des étudiants en informatique qui avaient peur de la montée en puissance de la brevetabilité qui empêchait même les intellectuels et les universitaires d'échanger entre eux, ce qui, pourtant, était la tradition. C'est vrai que, avant de vous parler de l'April même, et c'est vrai que lorsque l'April a eu deux ans, Richard Stallman est venu à Saint-Denis pour faire une première conférence, il me semble qu'il est important de parler, bon, à ceux de vous qui n'en auraient qu'une idée vague, de en quoi le projet GNU est un projet dont je disais, tout à l'heure, qu'il était un projet d'éveil, un projet de printemps, essayant de donner la meilleure part aux êtres parlants parmi les vivants.

Que vais-je vous dire de la FSF, la Free Software Foundation ? Vous savez, très certainement, que Richard Stallman, au début, se heurte, et ça c'est important de le rappeler, à un problème de dysfonctionnement. Donc il est au MIT, c'est un mathématicien émérite, c'est un programmeur émérite. Un jour, une machine, une imprimante Xerox, lui résiste. C'est très désagréable parce que, non seulement un utilisateur devrait s'attendre à pouvoir en faire pleinement usage, mais il pourrait même, étant donné qu'il est programmeur, pouvoir disposer d'un code source permettant d'implémenter des améliorations, permettant d'optimiser un fonctionnement. Pourquoi rappeler cela ? Parce que si le projet GNU part d'un incident qui concerne le fonctionnel, le non fonctionnel, il me semble qu'il y a actuellement une vigilance, aussi bien de la part de Richard Stallman que de la part de l'April, pour ne pas réduire les questions informatiques et les questions de l'informatique libre à des considérations sur ce qui est opératoire. Ça part bien d'un dysfonctionnement, ça vise bien un fonctionnement, mais entre temps, c'est l'éthique qui s'installe, et l'éthique qui va dire que ça n'est pas rien que celui qui a un usage informatique puisse l'exercer jusqu'au bout, parce que c'est vrai que, cet usage, il sous-tend, il traverse sa vie même. Et c'est vrai que ceci concerne la construction de l'autonomie et l'usage plénier de l'autonomie.

Comme vous en savez vraiment beaucoup, me semble t-il, sauf questions, et dans ce cas-là vous n'hésitez pas à interrompre, il est vrai qu'au début le projet GNU se dote d'absolument toutes les précautions. Donc c'est un appel, qui est lancé par Richard Stallman, à des informaticiens, pour écrire du code, de façon à ce que, échappe, au moins, à des verrouillages successifs, à des brevets successifs, ce qui est le vecteur d'une certaine humanité, qui veut rester l'humanité qui veut échanger, qui veut collaborer.

Je vais, parce que c'est vrai que mon territoire initial est le territoire philosophique, il me semble qu'il convient de bien faire la différence entre liberté informatique, informatique libre, et informatique qui serait simplement libérale, c'est-à-dire qui serait de l'ordre du laisser-faire, laisser-passer, absence de barrage. Le projet GNU ne vise pas du tout une absence de barrage. Le projet GNU vise une autonomie, c'est complètement différent, c'est-à-dire vise une certaine posture de l'usager qui va non seulement s'autoriser à écrire du code, à, si du code est ouvert, accéder à lui, l'améliorer, redistribuer. Il me semble que dans informatique libre, et en tout cas c'est le credo de l'April, il y a une certaine contrainte imposée à soi par soi. Et donc il me parait important de la distinguer entre ce qui serait simplement une absence d'entrave, comme on le voit aussi bien dans le libéralisme que dans le libertinage, que dans des considérations qui seraient seulement économiques.

Vous savez que free en anglais est ambigu. Free veut dire libre et veut dire gratuit. D'une façon assez récurrente Richard Stallman fait la différence entre free beer, une bière gratuite et free speech, un discours qui est libre, qui est autonome, qui décide lui-même où il va. Concernant maintenant le risque d'une confusion entre liberté, libéralisme, libertinage, là, je me réfère à un texte, qui est très connu, ça s'appelle la « Fable des abeilles » de Mandeville. « Fable des abeilles » qui est à la base de ce qu'on appelle après, le libéralisme d'Adam Smith, de la main invisible. Comment, en étant cupide, l'économie libérale finit par être bénéfique, parce que celui qui veut vendre cher son pain a intérêt qu'il soit bon. Ça va encore plus loin dans la « Fable des abeilles » de Mandeville : il compare deux ruches possibles. Que se passerait-il si une ruche était habitée par des abeilles vertueuses ? Eh bien, les abeilles vertueuses, elles ne butineraient pas, alors qu'au moins une ruche peuplée d'abeilles cupides, cette ruche-là va prospérer. Ça c'est tout à fait le lien…, vous savez ce qu'en fait Sade après : les infortunes de la vertu, les prospérités du vice, c'est le lien entre libéralisme et libertinage. Il faut faire, je crois, la différence entre une libération qui serait simplement une absence d'entraves commerciales, d'entraves logicielles, sonnantes et trébuchantes, et une informatique libre, qui dépasse le modèle de la ruche, le modèle de l'avidité. Le Free Software n'est pas une ruche avide, il n'est pas une ruche cupide. La différence qui s'est manifestée entre le Free Software et Open Source… (c'est vrai que Richard Stallman parle souvent de 1998)… on estime que c'est le texte d'Éric Raymond, qui oppose la cathédrale et le bazar, qui ouvre la voie de l'Open Source. Ou au moins, comme c'est le bazar, il y a beaucoup beaucoup d'utilisateurs, tous veulent que leurs lignes de code fonctionnent, tous échangent. Je pense qu'il serait dommage de réduire le bazar à une ruche. Je pense que les différentes ''install party, les différents événements, les différentes propositions collaboratives qui sont celles du Free Software, ne sont pas réductibles seulement à un modèle de "faire son miel", "faire son beurre", parce que c'est fiable, parce qu'il y a beaucoup de rapports de bugs, parce que les utilisateurs sont nombreux et, du coup, ça fonctionne.

Conséquence de cela, c'est vrai que, alors on est toujours dans des images de printemps, toujours dans des ruches, des arbres, des petits animaux… C'est vrai que le GNU, la GNU General Public License, va davantage faire appel à un modèle qui est celui du marcottage, qui est celui du fraisier ; là vous avez une page de botanique. Vous avez, dans l'usage des licences GPL, bon, de manière générale, dans les licences qui évitent que le code produit par la communauté soit confisqué, c'est vrai, que vous avez des démarches très bien pensées par Eben Moglen, qui permettent à quelqu'un qui utilise le copyleft d'imposer à ceux qui l'utiliseront, l'amélioreront, le redistribueront, de le faire également sous copyleft. Donc c'est vrai que le modèle de la fraise, le modèle du fraisier, du marcottage, du stolon, là, vous avez un fraisier qui va produire, par une longue tige, un autre, puis un autre, par une longue tige, il me semble que ce modèle-là est un modèle beaucoup plus intéressant et beaucoup plus fort que celui, simplement, de la ruche de Mandeville où la volonté de réussir donne lieu, en effet, à des optimisations, mais optimisations qui sont simplement fonctionnelles, qui peut-être ne sont pas simplement éthiques.

Quel rapport, maintenant, entre la FSF et la première version ? Alors là c'est le premier logo de l'April, qui prend naissance, alors, il y a cinq étudiants qui sont des cofondateurs. C'est à Saint-Denis, c'est au laboratoire d'informatique de Saint-Denis, le bocal. Alors il y a les enseignants, il y a les étudiants qui peuvent faire soit des mathématiques, soit de la linguistique en même temps que de l'informatique, et eux-mêmes, à leur tour, sont affolés par la montée en puissance des brevets, des estampilles confiscatoires, qui font qu'il devient très compliqué d'échanger, de proposer des morceaux de code, de proposer des lignes, en ne sachant pas exactement quel est l'interdit qui va s'abattre ou le dispositif de verrouillage qui va intervenir.

La première April s'appelle donc "Association pour la Promotion et la Recherche en Informatique Libre". Il y a déjà "promotion", il y a aussi "recherche". Le contexte est extrêmement clair à comprendre : on est dans une fac. Vous avez des programmeurs en formation qui vont construire, qui vont concevoir, et là, le contexte, donc, fait que "recherche" est à l'ordre du jour. Je compare avec la traduction actuelle : ça, c'est le logo actuel de l'April. Donc c'est une association francophone. C'est très important parce que nous ne nous limitons pas à la France, nous avons au Canada, par exemple, un vice-président de l'April et une administratrice de l'April qui sont allés le 21 mars, jour du printemps, au MIT, à LibrePlanet, une grande rencontre mondiale autour du Logiciel Libre. Donc actuellement l'April c'est l'Association francophone pour la Promotion et la Défense des logiciels libres. La "recherche" ayant été revisitée et ayant été, donc, effacée de la traduction actuelle de ce logo, parce que la défense est devenue une part qui très décisive et qui occupe la plupart du temps nos trois permanents, nos bénévoles, et donc, nos adhérents.

Comme j'ai dit que dans le Free Software, qui n'est pas simplement occupé par des questions d'efficacité, de fonctionnement, d'opérativité, d'optimisation, mais par des questions éthiques… donc j'ai choisi de décliner les trois mots clefs de l'April : promouvoir, défendre, fédérer, donc, d'abord dans un cadre informatique, plus directement informatique, et ensuite, dans un cadre large, dans le cadre de la société libre, ceci étant lié à cela. Il va de soi que je vais être très allusive. Je pense que le mieux, si vous souhaitez vous informer sur tel axe de mobilisation actuel de l'April : il est intéressant d'aller sur le site de l'April. J'ai mis à votre intention des dépliants. Vous faites tout simplement https://www.april.org et vous êtes tenus au courant des dossiers de presse, des actions et des différents bilans des combats de l'April. Je commence par décliner promouvoir, défendre et fédérer dans le registre de l'informatique même, et j'élargirai après.

Concernant la promotion du Logiciel Libre, comme l'orateur précédent a fait référence aux quatre libertés, ces quatre libertés qui sont définies dans la philosophie GNU, sont reprises par l'April, l'April qui est traductrice, pour la FSF, des différents articles qui concernent la philosophie GNU, ainsi que de certaines conférences. Certaines conférences, donc, sont réalisées. Nous avons un groupe de transcriptions. Nous avons un groupe de traductions. Par exemple, dans la rubrique promouvoir le Logiciel Libre, actuellement il y a un gros dossier qui est le dossier qu'on appelle, pour faire vite, RGI, c'est-à-dire la question de l'interopérabilité dans les différents ministères. RGI. Vous avez entendu parler, peut-être, de la pétition pour les formats ouverts dans l'éducation, qui est à l'initiative de l'April, parce qu'il est pour le moins étrange qu'il y ait des communications en .doc et en .xls, alors que certains parents, certains professeurs, certains élèves ont de difficultés à payer cette redevance-là. Alors qu'il y a une circulaire Ayrault. Circulaire Ayrault qui suggère, alors évidemment c'est écrit « dans la mesure du possible », de donner la priorité à des formats ouverts. Cette question de l'interopérabilité, puisque l'April souhaite accompagner les institutions dans leur migration, puisque nous sommes encore en période électorale, a donné lieu à des propositions de signature de pacte du logiciel libre, tout simplement parce que ce sont encore les départements qui gèrent les dotations en informatique des collèges. On a une cinquantaine de signatures, parce que cette pétition a été proposée aux différents candidats. Ce sont souvent les mêmes signataires que lors des opérations précédentes. Mais c'est vrai qu'il y a cette mobilisation-là de l'April, actuellement, sur l'interopérabilité.

Défendre, deuxième mot clef. Vous avez ici un nuage, alors nuage qui contient ce qu'on appelle les quatre dangers de l'informatique elle-même, à savoir les …, alors vous prendrez aussi des stickers, donc les DRM, l'informatique qu'on appelle l'informatique déloyale, les brevets logiciels et ce qu'on appelle maintenant la vente liée, qui s'appelait autrefois la vente forcée. Il est important de se faire entendre, et là on est bien dans la contre-attaque que j'évoquais tout à l'heure avec le tableau de Paolo Uccello. Actuellement il y a un gros dossier qui est : comment faire face à la pluie d'amendements du rapport Reda. Reda, c'est un rapport qui a été proposé par la seule députée pirate de l'Europe, donc le rapport Reda, qui demande qu'on mette fin aux limitations qui sont imposées, aux limitations d'accès. Parce que les citoyens ont du mal, parce que la législation Walt Disney a fait que, maintenant, une œuvre entre dans le domaine public au bout de soixante-dix ans, par exemple, et non pas cinquante, et non pas… ! Certains pays d'Europe avaient des législations plus favorables. Le rapport Reda pointe les limitations existantes. Rapport qui, bien sûr, donne lieu à une contre-offensive, à un lobbyisme extrêmement actif de la part des défenseurs de l'informatique fermée, donc, et l'informatique qui est simplement ouverte et non pas libre.

Je parlais de fédérer : là encore la Renaissance. Vous avez un tableau d'Arcimboldo, c'est le même tableau [NdC : le même tableau, une fois à l'endroit et une fois à l'envers]. Si vous le regardez d'un côté vous avez un magnifique plat qui se prépare, des ressources potagères extrêmement fraîches et vigoureuses. Bon, si vous retournez le tableau, vous voyez le cuisinier. Quel rapport avec fédérer ? Parce que l'April dispose de listes de diffusion qui, d'une façon très systématique, essaient de faire l'inventaire des ressources existantes, extrêmement créatives. Par exemple, pour l'éducation, des logiciels qui ont été inventés en mathématiques. Qui ont été inventés en SVT. Pour apprendre les langues… L'April essaie de fédérer des utilisateurs autour d'usages patrimoniaux pour que chacun, alors je ne vais pas dire "fasse sa cuisine", mais essaie, dans la mesure du possible, et là je renvoie à nouveau aux quatre libertés dont il a été question, non seulement accéder au code source, non seulement l'étudier, le modifier, le redistribuer, mais puisse même, et ceci fait le lien avec ce que j'appelle société libre, prendre des contacts avec d'autres schémas, avec d'autres partenaires de la société. Je pense, par exemple, aux semences qui sont brevetées, qu'on est obligé d'acheter, une certaine analogie entre les logiciels verrouillés et les OGM, la question des semences, la possibilité, ou non, de pouvoir améliorer, redistribuer, et donc, ceci est le lien que je voulais faire parce que la société civile toute entière est appelée, et c'est pour ça qu'à l'April il y a une liste qui s'appelle la liste diversité.

Les non informaticiens sont bienvenus. C'est un des points sur lesquels Richard Stallman, quand il fait des conférences, insiste toujours : si vous n'êtes pas informaticien vous avez votre place à la FSF. Je dirais la même chose exactement de l'April, à savoir, si votre projet qui concerne aussi bien l'agriculture, qui concerne aussi bien la publication, qui concerne aussi bien la musique, est en butte à des tentatives de confiscation, alors qui, certes, ne sont pas les quatre dangers logiciels mais sont des dangers analogues et comparables. Si vous ne pouvez pas exercer votre liberté 0 d'être parlant et de programmeur, éventuellement de cuisinier. Pour l'instant, heureusement, les recettes de cuisine sont libres. On a le droit de faire sa purée tout seul sans avoir à être rançonné, à chaque fois, par tel inventeur génial. Vous savez, par contre, …alors je n'aimerais pas du tout… que Happy Birthday, méfiez-vous, ne fêtez jamais, alors faites éventuellement la cuisine pour un anniversaire, ne chantez jamais Happy Birthday, puisque cette chanson est déposée, cette chanson n'est pas dans le domaine public, et vous risquez gros.

Rires du public

Voilà, c'est le scoop du jour.

J'en viens à ce deuxième axe qui, je crois, est à l'honneur de l'April, qui essaie d'intervenir de la manière la plus large. Nous avons 4200 adhérents à l'April, nos dix-huit ans se sont fêtés par une nouvelle adhésion qui nous encourage beaucoup, parce que, non seulement, nous avons des adhérents individuels, environ 3800, nous avons 400 personnes morales : la ville de Paris vient d'adhérer, ce qui est encourageant. Des régions sont appelées à rejoindre ce mouvement pour un usage, non seulement de l'informatique autonome et éthique, mais peut-être d'autres propositions également. Donc j'étais en train de vous dire que j'allais maintenant décliner promouvoir, défendre, fédérer en ce qui concerne la société libre elle-même, qui est directement liée…, parce que l'informatique traverse nos vies, personnelles et professionnelles, …qui est directement liée avec cette autonomie à faire notre informatique comme nous voulons.

Que veut dire par exemple, à l'April, promouvoir l'autonomie ? Vous êtes ici, c'est une photographie qui a été prise lors d'un April Camp qui se tenait, alors vous connaissez peut-être les lieux, chez Mozilla, qui accueillait un April Camp. Et lors de ces moments de l'April Camp, oui ça va du monument historique, ancienne ambassade d'Autriche… Je vais vous monter un autre April Camp, ça peut aller jusqu'à, là, vous avez reconnu aussi, nous étions hébergés à l'École 42, de Xavier Niel. Encore une fois, à partir du moment où on veut fédérer, ça veut dire que tout lieu est bon, ça veut dire que tout support est bon, ça veut dire qu'il faut s'imposer aussi bien, d'être tout à fait heureux de rencontrer tout groupe de la société qui le souhaite. Là c'est une autre forme d'April Camp.

Pourquoi promouvoir l'autonomie à travers la promotion du Logiciel Libre ? J'ai parlé de deux mots clefs, le terme d'intimité, le terme d'extimité. C'est vrai que souvent, la préservation de l'intimité, de la vie personnelle, est souvent travaillée par des partenaires de l'April tels que la Quadrature du Net, tels que que Framasoft, dans son projet actuel de « dégoogliser », d'éviter de faire des utilisateurs des vaches à lait, des pourvoyeurs de métadonnées, c'est-à-dire à peine des sujets mais, peut-être, déjà des objets, en tout cas des êtres qui sont essentiellement pourvoyeurs d'un big data qui est extrêmement vertigineux à évaluer dans ses effets économiques possibles.

Lorsqu'on entend intimité,… et c'est vrai que j'aime bien l'image qu'utilisent aussi bien Tristan Nitot que Jérémie Zimmermann, …intimité, chez soi, cet espace. Parce que c'est vrai que quand on sait que même poser la main sur le clavier, si on change aussitôt d'avis, peut être récolté par les filets dérivants, on y réfléchit à deux fois. C'est vrai que l'image qu'utilise Tristan Nitot, reprise par Jérémie Zimmermann est assez belle. Tristan Nitot c'est : chanter sous la douche. Chez moi, je chante sous la douche et je n'ai pas peur du ridicule. Espace d'expérimentation. Alors je le fais une fois, ce n'est pas terrible. La deuxième fois c'est peut-être encore pire, après ça risque d'aller. Image reprise par Jérémie Zimmermann : la guitare. Chez moi j'essaye, j'essaye vraiment beaucoup. Il se peut qu'en ayant essayé vraiment beaucoup j'y arrive un jour. Mais c'est vrai que cet espace d'intimité, cette manière dont peut être protégée l'intériorité, le mystère de l'être, le dedans, qui ne doit pas devenir transparent, est ce sur quoi l'April aussi fédère, avec, bien sûr, et en phase avec les autres partenaires de combat que sont la Quadrature, que sont Framasoft, Parinux, Oisux. Il va y avoir bientôt les RMLL, à Beauvais, qui sera aussi un événement important.

Je parlais, et je ne vais pas abuser de votre patience, d'une dimension qui m'intéresse aussi beaucoup, qui est la dimension de l'extimité, qui est d'essayer de ne pas être fasciné, pouvoir faire un pas de côté, pouvoir avoir un recul critique, ce à quoi, me semble t-il, la liberté 0 de l'utilisateur conduit. Si je veux être vraiment autonome, il faut que je sache ce que je fais. Et pour savoir ce que je fais, il faut que je ne sois pas verrouillé dans des délégations, dans du SaaS, qui fait que je ne sais pas ce qui se passe, qui fait que, comme je ne suis pas informaticien, alors je fais confiance. Ce de quoi parlait l'orateur précédent. Je suis bien obligé de faire confiance. Extimité, l'April essaye de recommander des instances, essaie de recommander des groupes de concepteurs, qui essaient de faire toute la lumière sur leurs intentions et sur leurs procédés.

Défendre les conditions pour nourrir l'économie ? En ce moment il y a un gros dossier, à l'April, qui est bien sûr, parce qu'il y a à chaque fois un nouveau round qui va rebondir, qui va donner lieu à des amendements, qui va donner lieu des réécritures, TAFTA (NdT : traité de libre-échange transatlantique) qu'on appelle aussi TTIP, est actuellement en voie de décider quels types de produits culturels, quels types de services… Il y a eu le débat est-ce qu'un livre numérique est un livre, est-ce que c'est un service. Là, l'April est extrêmement vigilante parce qu'il en va du taux de TVA. Il en va du développement du livre numérique, des contributions, de la possibilité d'être publié. Il est vrai que cette contre-offensive est aussi importante.

Enfin, fédérer peut vouloir dire fédérer plus largement que sur l'informatique elle-même. Là, vous avez aussi une photographie, vous êtes invités, le prochain est le samedi 11 avril à 19h30, donc un apéritif de travail, au local de l'April, rue de l'Ouest. C'est toujours annoncé bien à l'avance, sur le site de l'April. Là vous avez donc une de ces réunions, dans le local de la rue de l'Ouest. Et c'est vrai que lors de ces moments, qui peuvent être très locaux, qui peuvent être amenés à inviter tel utilisateur de produits libres, dans un tout autre contexte, c'est vrai qu'il y a cette ouverture à qui, bien sûr, n'est pas Aprilien. L'April tient à garder ses portes largement ouvertes. Et ceux de vous qui peut-être ont signé l'appel à l'interopérabilité et aux formats ouverts dans l'Éducation, se sont vu proposer de recevoir la liste Educ de l'April, qui, bien sûr, s'enrichit des objections de ceux qui n'appartiennent pas à l'April.

Là vous avez, c'était pris lors de la dernière AG, dix-huit ans obligent, retour aux sources , à la fac de Saint-Denis. Ici vous reconnaissez peut-être certains Apriliens. Vous avez, au premier plan, notre nouveau président, qui est Jean-Christophe Becquet, qui a remplacé Lionel Allorge. Vous apercevez Frédéric Couchet, qui est l'un des cinq cofondateurs historiques, en 1996, qui est l'un des trois permanents. Et donc, il me semble que ces réunions, là c'est une réunion de conseil d'administration, l'un des derniers, c'est vrai que se pose toujours la question de comment faire pour que… et j'en reviens à mon point de départ, et comme ça je suis ouverte à vos questions… se pose toujours la question, comment faire, il me semble que ce tableau d'Arcimboldo est exemplaire, aussi bien de représentation, dont la totalité est constituée d'une multiplicité d'éléments, qui est peut-être l'un des beaux emblèmes de la façon de faire fleurir le Libre, comment faire que le printemps du Free Software soit, véritablement, un printemps. Voilà. Je vous remercie de votre attention, et je suis ouverte bien sûr à toute question.

Applaudissements

Je ne savais pas du tout si vous connaissiez ou non l'April. Je crois que j'ai été assez brève sur la présentation, sur les buts. Vous avez peut-être des inquiétudes à propos d'une mission de l'April ? Non ? Oui ?

Public : Justement, j'aurais bien que vous donniez quelques éléments. Vous avez, notamment, parlé de la pétition qui avait circulé.

Véronique : Voilà. J'ai donné l'exemple de cette pétition. J'ai donné l'exemple de déclarations de presse, récentes, concernant les amendements au rapport Reda, donc cette députée qui souhaite qu'il y ait un toilettage européen, qui aille non pas dans le sens de la libre concurrence, et de la rentabilité à tout crin, mais qui aille dans le sens d'un accès des citoyens au domaine public, à ce que, parfois, on appelle les communs, qui structurent le vivre ensemble, qui structurent l'existence. Et donc un des exemples de dossier autre que j'ai évoqué, c'est vrai qu'il faut savoir où en sont les pourparlers de TAFTA. Il faut savoir si, alors que ACTA a échoué parce que là il y a eu vraiment une mobilisation massive, il faut savoir si, derrière ce qui a l'air de changer, il n'y a pas, en réalité, les mêmes conditions, les mêmes enjeux. Ce qui veut dire que l'April a, à la fois, un rôle de vigilance, savoir quels sont tous les traités qui sont proposés, quels sont les groupes de travail, quelle est leur composition ; si, dans ce groupe de travail, il est possible de faire advenir telle suggestion ; s'il est pertinent ou opportun d'envoyer à la presse, à tel moment, tel bilan. Il y a vraiment un travail, je dirais, de veille.

Dans très peu de temps, l'une de nos administratrice va défendre sa thèse de droit sur le droit à l'interopérabilité, par exemple, ce qui va travailler sur un domaine du droit qui relève parfois du vide juridique ou de l'interprétation. Je dirais que dans l'April il y a, à la fois, le plus précis, le plus méticuleux, parce que c'est vrai qu'on épluche des rapports, des amendements, voir si cet amendement fait double emploi, s'il est intéressant de suggérer, de soutenir, plutôt que celui-là. Un travail de veille extrêmement scrupuleux, extrêmement rigoureux et, je dirais, tout l'éventail. C'est pour ça que j'en ai un petit peu rajouté sur la vigueur du printemps, sur l'énergie de ce projet éthique à nul autre pareil, qui est celui du Free Software. C'est sûr qu'il y a en même temps des campagnes qui font intervenir, alors pas le brain brainstorming, mais presque, c'est-à-dire des propositions de flyers, d'affiches, de slogans. C'est vrai que nos adhérents sont très actifs, parce qu'en effet il n'y a que trois permanents à l'April, mais je dirais que si chacun notait son « bénévalo » (bénévolat valorisé), c'est-à-dire le temps qu'il a passé à faire telle installation, telle conférence, tel conseil ou tel travail de rédaction… Je pense aux RMLL, en ce moment il y a beaucoup de travail de rédaction parce qu'il faut contacter les sponsors, parce qu'il faut essayer de concevoir des protocoles, puisque cette réunion est mondiale, pour qu'il n'y ait pas de difficultés de traduction à propos de l'argumentaire des conférences, je donne ici un exemple. Je dirais que le travail, et c'est pour ça que là, encore une fois, l'April vous est absolument ouverte, que vous adhériez ou pas, l'adhésion à l'April c'est au minimum dix euros pour une année… je dirais que, à l'April, on a besoin d'êtres qui sont méticuleux, qui aiment rédiger, ou qui n'aiment pas du tout rédiger mais qui savent booster complètement une équipe pour que telle rencontre attire du monde. Que untel va avoir tel contact, qui va aider beaucoup, parce qu'on a besoin de ce regard-là, à ce moment-là, pour rédiger quelque chose. Je ne sais pas du tout si j'ai répondu à votre question.

Public : Vous avez parlé des associations de l'April. Justement, au niveau des personnes morales, membres de l'April. Est-ce que, il est arrivé,par exemple, d'avoir des associations qui s'occupent du Libre mais dans d'autres contextes que le Logiciel Libre. Par exemple, une association comme Kokopelli, qui protège les semences libres.

Véronique : Tout à fait.

Public : Par exemple, est-ce que Kokopelli est membre de l'April ?

Véronique : Je suis incapable de vous le dire, parce que je n'ai pas révisé avant. Mais vous avez la liste, sur le site de l'April, vous avez la liste des personnes morales. Vous avez la liste des adhérents qui souhaitent se dire adhérents de l'April. Là, ce qui paraît intéressant, c'est que vous citiez l'exemple des semences libres. En effet, des analogies sont tout à fait possibles. Vous avez des régions, vous avez des institutions artistiques. Maintenant, j'ai donné l'exemple de la Ville de Paris. Vous avez des associations de spécialistes qui, par exemple, pour telle discipline scolaire donnée, vont rédiger des manuels. Je pense à Sésamaths, par exemple. Je crois que ce qui est intéressant, dans la perspective de Richard Stallman, c'est l'ouverture pluriculturelle et la société dans sa transversalité. Je ne sais pas, là non plus, si j'ai répondu à votre question et pour semences libres, vous regarderez sur le site.

Écoutez, je vais vous remercier beaucoup de votre attention. Je propose, à qui en souhaite, des petites fiches, des flyers. Et n'hésitez pas à venir le 11. Je crois que j'ai donné rendez-vous à ceux qui le veulent, donc c'est le 11 avril à partir de 19h30. C'est rue de l'Ouest. Là encore vous allez sur le site de l'April, vous trouvez comment nous rejoindre, si vous le voulez, avec plaisir.

Applaudissements

Conférence à l’Université Laval à Québec ce jeudi 15h30

CultureLibre.ca - Olivier Charbonneau -

Si vous êtes à Québec ce jeudi après-midi, je vous invite à ma conférence sur le droit d’auteur, dont les détails sont disponible sur cette page du journal universitaire Le Fil:

Pour discuter de l’évolution du droit d’auteur, le Café numérique «Quel droit d’auteur pour un 21e siècle numérique?» recevra Olivier Charbonneau, bibliothécaire à l’Université Concordia. Cette activité est organisée par le CRILCQ, le Laboratoire Ex Situ et la Bibliothèque de l’Université Laval.
Jeudi 9 avril, à 15h30, au local 4229 du pavillon Jean-Charles-Bonenfant. Entrée libre.

Voir aussi l’affice de la présentation, sur le site du Laboratoire Ex Situ.

Surveillance n’est pas synonyme de sécurité

Framablog -

Aux suites des attentats de janvier, le Framablog titrait « Patriot act à la française ? Pour nous, c’est NON ! ». Le projet de loi sur le renseignement de 2015, faisant suite aux lois antiterroristes de 2014 et à la loi de programmation militaire 2013 témoigne d’une volonté claire de légaliser la surveillance de masse en France.

Cory Doctorow, écrivain et activiste bien connu du monde Libre, nous rappelle encore une fois que surveillance et sécurité ne sont pas des synonymes… Son écriture est tellement riche que nous avons choisi d’éluder deux passages dont les références intensément anglo-saxonnes auraient demandé bien des explications nous détournant de son propos simple et efficace.

Pouhiou

Non, messieurs les ministres, plus de surveillance ne nous apportera pas plus de sécurité !

Traduction Framalang par : Simon, goofy, audionuma, Vinm, nilux, r0u, yog, yog, Joe, r0u, Maéva, sc, nilux
Source : Article de Cory Doctorow sur The Guardian

 

Cory Doctorow CC-BY-SA J onathan Worth

On se croirait dans Un jour sans fin. Cette sensation, lorsque les mêmes mauvaises idées sur Internet refont surface. On se réveille à la case départ, comme si tout ce pourquoi nous nous sommes battus avait été balayé pendant la nuit.[…]

Le fait que des tueurs déséquilibrés aient assassiné des défenseurs de la liberté d’expression ne rend pas moins stupide et ni moins irréalisable la surveillance de masse (à ne pas confondre avec, vous savez, la surveillance de djihadistes soupçonnés de préparer des actes de terrorisme, à quoi les barbouzes français ont échoué, probablement parce qu’ils étaient trop occupés à chercher des aiguilles dans les bottes de foin avec leur surveillance de masse).

La semaine dernière, lors d’un débat intitulé « l’après Snowden » à la London School of Economics and Political Science (LSE), un intervenant a rappelé que des projets de surveillance de masse avaient déjà été proposés — et débattus à la LSE — depuis des dizaines d’années, et qu’à chaque fois ils avaient été jugés dénués d’intérêt. Ils coûtent cher et ils détournent les policiers des personnes qui ont fait des choses vraiment suspectes (comme les frères Tsarnaïev auxquels les agences d’espionnage américaines ont cessé de s’intéresser car elles étaient trop occupées avec les montagnes de données issues de leurs « détecteurs de terrorisme » pour suivre effectivement des gens qui avaient annoncé leur intention de commettre des actes terroristes).

De fait, il y a eu des tentatives pour créer des bases de données de surveillance centralisées dès que les gens « normaux » ont commencé à utiliser des ordinateurs dans leur vie quotidienne. […]

Pourquoi cette idée ne cesse-t-elle de revenir, malgré les preuves connues de son inefficacité ? Un jour, j’ai posé cette question à Thomas Drake et Bill Binney, deux lanceurs d’alerte de l’ère pré-Snowden. Ils ne savaient pas vraiment pourquoi, mais l’un d’eux m’a dit qu’il pensait que c’était une conséquence de l’émergence d’une fonction publique hégémonique : avec des espions aux budgets extensibles à l’infini, toujours plus de rapports sur l’organigramme, toujours plus de pouvoir, et d’accès à des postes haut placés — et fortement rémunérés dans le secteur privé lorsqu’ils quittent le gouvernement.

Ce dernier point à propos des postes dans le secteur privé sonne particulièrement vrai. Keith Alexander, anciennement directeur de la NSA, a bien quitté son poste de fonctionnaire pour fonder une société de conseil en sécurité qui facture ses prestations 1 million de dollars par mois. L’espionnage est un business, après tout : les opérateurs BT et Vodafone reçoivent de l’argent du GCHQ contre un accès illégal à leurs installations de fibre optique. L’énorme data center de la NSA à Bluffdale dans l’Utah, construit par des entreprises privées, a couté 1,5 milliard de dollars au contribuable américain.

N’oubliez pas qu’Edward Snowden ne travaillait pas pour la NSA : il était sous-traitant de Booz Allen Hamilton, une entreprise qui s’est fait 5,4 milliards de dollars en 2014. Chaque nouveau grand projet de surveillance de la NSA est un contrat potentiel pour Booz Allen Hamilton.

Autrement dit, l’espionnage généralisé n’attrape pas les terroristes, mais il rapporte gros aux sous-traitants de l’armée et aux opérateurs telecom. Dans la surveillance de masse, politique et modèle économique vont de pair.

Nous vivons dans un monde où les mesures politiques ne s’inspirent plus des observations. […] Il y a un curieux contraste entre ce que les gouvernements disent vouloir faire et ce qu’ils font réellement. Que l’objectif stratégique soit d’attraper des terroristes, éduquer des enfants ou améliorer la santé publique, les tactiques déployées par le gouvernement n’ont pas grand-chose à voir avec ce que les observations suggéreraient de faire.

Au contraire, systématiquement et peu importe le domaine, les mesures qui l’emportent sont celles qui ont un modèle économique rentable. Des mesures qui créent de la richesse en abondance pour un petit nombre d’acteurs, suffisamment d’argent concentré dans assez peu de mains pour qu’il reste de quoi financer le lobbying qui perpétuera cette politique.

C’est un peu comme à l’épicerie : la vraie nourriture, comme les fruits, la viande, les œufs, etc. ne sont que de la nourriture. Il n’y a pas grand-chose à dire à leur sujet. Vous ne pouvez pas vanter les qualités nutritionnelles des carottes (pour la santé) : vous devez en extraire le bêta-carotène et le vendre comme une essence magique de carotte bonne pour la santé (et peu importe que la substance s’avère cancérigène une fois extraite de la carotte). C’est pourquoi Michael Pollen conseille de ne manger que la nourriture dont personne ne vante les bienfaits. Mais la majorité des choses disponibles dans votre épicerie, et pour lesquelles on vous fera de la publicité sont les choses que Michael Pollen déconseille fortement de manger, à savoir des produits avec des marges tellement juteuses qu’elles génèrent un surplus de profit qui permet d’en financer la publicité.

« Ne pas être constamment espionné » ne correspond à aucun modèle économique. Les avantages d’une telle politique sont diffus. D’une part, vous ne serez pas interdit de vol à cause d’un algorithme incompréhensible, vous ne serez pas arrêté pour avoir pris le mauvais virage puis pris pour cible par un devin du Big Data qui trouvera vos déplacements inhabituels, vous rendant intéressant à ses yeux. D’autre part, vous serez libre de discuter de sujets intimes avec les gens que vous avez choisis. De savoir que votre gouvernement protège votre ordinateur plutôt que d’en faire une arme au cas où il décide d’en faire un traître, un espion dans votre environnement. Combinés, ces avantages valent bien plus pour nous que l’argent sale de British Telecom vaut pour ses actionnaires, mais nos avantages sont diffus et sur le long terme, alors que ceux de BT sont concentrés et sur le court terme.

Alors on nous ressert la « Charte de l’Espionnage », encore et encore. Parce que les lobbyistes ont l’argent pour appuyer son adoption et la marteler dans la presse à chaque fois qu’elle ressurgit. La mort de défenseurs de la liberté d’expression vaut de l’or quand il s’agit de l’exploiter pour demander un renforcement de la surveillance.

L’automne dernier, à l’ORGCon, j’ai vu une représentante de Reprieve (NdT : association de lutte contre la torture et la peine de mort) qui parlait de son travail consistant à compter et mettre des noms sur les victimes des frappes de drones US, notamment au Pakistan et au Yémen. Ces frappes sont dirigées par la CIA à l’aide de métadonnées (dixit Michael Hayden, ancien directeur de la CIA : « Nous tuons les gens en nous basant sur des méta-données ») telles que les identifiants uniques transmis par la puce radio de votre téléphone portable. Si des recoupements de métadonnées permettent aux analystes de la CIA de déduire qu’ils ont trouvé un terroriste, un drone se dirige vers ce téléphone et tue quiconque se trouve à proximité; mais même la CIA est souvent incapable de dire qui était la cible et qui d’autre a pu être tué.

Jennifer Gibson, la représentante de Reprieve, a expliqué que c’était lié à une modification du mode de fonctionnement de la CIA. Historiquement, la CIA était une agence de renseignement humain (« Humint »), qui faisait son travail en envoyant sur le terrain des espions déguisés qui parlaient aux populations. Aujourd’hui, c’est devenu une deuxième NSA, une agence de renseignement électronique (« Sigint »), qui aspire des données et tente d’y trouver un sens. Pourquoi les États-Unis se retrouvent-il avec deux agences de renseignement électronique au détriment de leurs capacités de renseignement humain ? Après tout, ce serait stratégiquement intéressant pour les États-Unis de savoir qui ils ont tué.

Je pense que c’est parce que le Sigint a un modèle économique. Il existe des marchés publics pour le Sigint. Et qui dit marchés publics, dit déjeuners dans des groupes de réflexion (think tank) grassement financés et dans les bureaux des lobbyistes pour dire aux membres du comité sur le renseignement du Sénat à quel point ces marchés sont importants pour le gouvernement. Les marchés publics sont propices aux avantages en nature. Ils créent de l’emploi dans le privé. Ils reviennent dans le circuit législatif par le biais de contributions aux campagnes.

Il n’y a pas grand-chose à se mettre sous la dent au sein de l’Humint. En dehors de l’occasionnel billet d’avion et de quelques postiches pour se déguiser, l’Humint consiste principalement à embaucher des gens pour qu’ils aillent fouiner à droite à gauche. Cela peut impliquer la corruption de fonctionnaires ou d’autres informateurs, mais c’est n’est pas le genre d’investissement gouvernemental qui rameute les lobbyistes au Capitole ou à Westminster.

Je pense qu’on admet généralement ceci dans le milieu politique depuis des années : si vous pensez qu’une chose peut être bonne pour la société, vous devez trouver comment elle peut enrichir davantage quelques personnes, de façon à ce qu’elles se battent pour la défendre jour après jour. C’est comme ça que le commerce de droits d’émission de carbone est né ! Une bonne leçon pour les activistes qui souhaitent atteindre leur objectif en créant un modèle économique autour de leur proposition politique : les gens que vous rendrez riches se battront pour que soit adoptée la mesure que vous proposez si elle les rend le plus riche possible, quitte à la détourner des améliorations pour la société qu’elle est censé apporter.

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