Le monde du libre

Revue de presse de l'April pour la semaine 33 de l'année 2016

April - 22 août, 2016 - 06:32

La revue de presse de l'April est régulièrement éditée par les membres de l'association. Elle couvre l'actualité de la presse en ligne, liée au logiciel libre. Il s'agit donc d'une sélection d'articles de presse et non de prises de position de l'association de promotion et de défense du logiciel libre.

En podcast.

Sommaire de la revue de presse de l'April pour la semaine 33

[Le Monde.fr] Des outils d’espionnage de l’unité d’élite de la NSA publiés par des pirates

Par la rédaction, le jeudi 18 août 2016. Extrait:
> L’affaire, au parfum de guerre froide, intrigue les spécialistes des services de renseignement et de sécurité informatique depuis trois jours. Le 13 août, The Shadow Brokers, un groupe de pirates inconnu jusqu’alors, a publié sur Internet une série d’outils et de programmes d’espionnage informatique qu’il prétend avoir dérobé au groupe Equation, une référence transparente à la National Security Agency (NSA), responsable aux Etats-Unis de l’espionnage numérique.
Lien vers l'article original: http://www.lemonde.fr/pixels/article/2016/08/18/des-outils-d-espionnage-de-l-unite-d-elite-de-la-nsa-publies-par-des-pirates_4984544_4408996.html

[ZDNet France] Windows 10 - Microsoft ignore le choix des utilisateurs et leur vie privée

Par Christophe Auffray, le jeudi 18 août 2016. Extrait:
> Un an après le lancement de Windows 10, l'Electronic Frontier Foundation (EFF) recense toutes les pratiques qu'elle juge discutables employées par Microsoft pour favoriser l'adoption de Windows 10 et collecter des données personnelles.
Lien vers l'article original: http://www.zdnet.fr/actualites/windows-10-microsoft-ignore-le-choix-des-utilisateurs-et-leur-vie-privee-39840818.htm

[ZDNet France] Des empreintes PGP frauduleuses révèlent une attaque contre des figures de l’hacktivisme

Par Louis Adam, le mercredi 17 août 2016. Extrait:
> Dans un mail publié en début de semaine sur la mailing-list du kernel Linux, un utilisateur alerte sur une tentative d’imposture visant notamment Linus Torvalds. De fausses clefs GPG ont été uploadées sur un serveur de clefs, et celles-ci partagent la même empreinte que les vraies clefs utilisées par des développeurs du kernel Linux et activistes des libertés numériques.
Lien vers l'article original: http://www.zdnet.fr/actualites/des-empreintes-pgp-frauduleuses-revelent-une-attaque-contre-des-figures-de-l-hacktivisme-39840792.htm

[Agefi.com] Vers un «autre» système financier

Par Axel Lehmann, le mercredi 17 août 2016. Extrait:
> Blockchain. Pourquoi et comment les divers potentiels de ce corpus technologique s’avèrent véritablement fascinants
Lien vers l'article original: http://www.agefi.com/quotidien-agefi/une/detail/edition/2016-08-17/article/blockchain-pourquoi-et-comment-les-divers-potentiels-de-ce-corpus-technologique-saverent-veritablement-fascinants-433179.html

[L'OBS] Les algorithmes en prison!

Par Olivier Ertzscheid, le mardi 16 août 2016. Extrait:
> Depuis 10 ans, je répète souvent à mes étudiants que l’un des fondements essentiel de toute démocratie est la confidentialité de l’acte de lecture. Et tous ceux qui passent entre mes mains ont droit à la lecture commentée des «Dangers du livre électronique» de Richard Stallman, lequel texte me permet d’introduire ensuite les – heureusement nombreux – aspects positifs de (certains) livres électroniques.
Lien vers l'article original: http://rue89.nouvelobs.com/2016/08/16/les-algorithmes-prison-264924

[L'Informaticien] Le partenariat Microsoft / Education nationale devant le tribunal

Par Guillaume Périssat, le mardi 16 août 2016. Extrait:
> Le partenariat signé en novembre 2015 entre l'Education nationale et Microsoft se retrouvera le 8 septembre devant le juge. Le collectif EduNathon considère en effet cet accord comme un marché public déguisé.
Lien vers l'article original: http://www.linformaticien.com/actualites/id/41344/le-partenariat-microsoft-education-nationale-devant-le-tribunal.aspx

Note

Les articles de presse utilisent souvent le terme « Open Source » au lieu de Logiciel Libre. Le terme Logiciel Libre étant plus précis et renforçant l'importance des libertés, il est utilisé par l'April dans sa communication et ses actions. Cependant, dans la revue de presse nous avons choisi de ne pas modifier les termes employés par l'auteur de l'article original. Même chose concernant l'emploi du terme « Linux » qui est généralement utilisé dans les articles pour parler du système d'exploitation libre GNU/Linux.

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Assemblée extraordinaire du Club Linux Atomic (CLA) 8 septembre 2016

Club Linux Atomic - 22 août, 2016 - 06:00
Avis de convocation Vous êtes convoqués une assemblée extraordinaire des membres du Club Linux Atomic (CLA) qui aura lieu le jeudi 8 septembre 2016 à 18 heures, à la Maison Notman située au 51 Rue Sherbrooke Ouest, Montréal (Québec), H2X 1X2. Thème de l’assemblée Vers une auto-dissolution ou une mutation de notre association. L’ordre du […]
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Apéro April le 30 septembre 2016 à partir de 19h00 dans les locaux de l'April (Paris)

April - 18 août, 2016 - 04:56
Début: 30 Septembre 2016 - 19:00Fin: 30 Septembre 2016 - 22:00 Un apéro April ?

Un apéro April consiste à se réunir physiquement afin de se rencontrer, de faire plus ample connaissance, d'échanger, de partager une verre et de quoi manger mais aussi de discuter sur l'actualité et les actions de l'April. Un apéro April est ouvert à toute personne qui souhaite venir, membre de l'April ou pas. N'hésitez pas à venir nous rencontrer.

L'apéro a lieu à Paris notamment parce que le local s'y trouve ainsi que les permanents et de nombreux actifs. Membre ou pas de l'April vous êtes les bienvenus. Contactez-nous pour organiser un Apéro April dans votre région.

Quand et quoi

Le prochain apéro parisien aura lieu le vendredi 30 septembre 2016 à partir de 19h00 dans les locaux de l'April au 44/46 rue de l'ouest, bâtiment 8, 75014 Paris (entrée possible par la place de la Catalogne, à gauche du biocop, au niveau des autolib), le téléphone du local est le 01 78 76 92 80 en cas de besoin.

En ouverture de l'apéro nous ferons un court point sur les dossiers/actions en cours.

Pour tous les détails et vous inscrire rendez-vous sur le pad.

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Village du Libre au Geek Faëries des 20 et 21 août 2016

April - 16 août, 2016 - 11:36
Début: 20 Août 2016 - 10:00Fin: 21 Août 2016 - 18:00

L'April participera au village du Libre qui aura lieu pendant les Geek Faëries dans le château de Selles-sur-Cher les 20 et 21 août 2016.

Le Village du Libre est un lieu de rencontre et de discussions avec de nombreuses personnes représentants ou issues du monde du libre francophone. Dans cete espace, vous pourrez discuter du libre, poser vos questions, mais aussi participer à des ateliers participatifs ou à des démonstrations de l’utilisation de certains systèmes ou logiciels.

Les Geek Faëries IRL, c’est quoi ?
C’est un voyage vers une contrée lointaine, à préparer bien à l’avance pour pouvoir réellement vivre en immersion et en costume pendant deux jours et deux nuits. Sinon c’est dans un château au bord de l’eau avec des grenouilles ! On n'y vient pas par hasard. On y vient pour :

Partager
Ce que l'on sait.
Des mots, des émotions, des trucs, des fichiers, des jeux, de l’information et des câlins.

Montrer
Ce que l'on sait faire.
Ce qu’on a fait et obtenir des conseils. Donner son expérience aux autres

Expérimenter et apprendre
Comment survivre à une attaque zombie ou survivre tout court.
Se rassembler.
Expérimenter et partager.

Assumer ses passions
Trouver des idées et de l’énergie pour vivre le quotidien.

Rencontrer des héros
Parce qu’ils sont des modèles et savent aussi faire sourire.
Rencontrer ses héros.

Devenir un héros
Parce que c’est cool d’être un héros, que les JV nous ont formé à ça, et qu’on n’est pas des lâches. On sait se battre. Avec une épée à deux mains si besoin.

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Revue de presse de l'April pour la semaine 32 de l'année 2016

April - 15 août, 2016 - 14:57

La revue de presse de l'April est régulièrement éditée par les membres de l'association. Elle couvre l'actualité de la presse en ligne, liée au logiciel libre. Il s'agit donc d'une sélection d'articles de presse et non de prises de position de l'association de promotion et de défense du logiciel libre.

En podcast.

Sommaire de la revue de presse de l'April pour la semaine 32

[Le Monde.fr] Bernard Cazeneuve veut «une initiative européenne» contre le chiffrement

Par la rédaction, le vendredi 12 août 2016. Extrait:
> La France veut porter avec l’Allemagne une initiative européenne puis internationale sur le chiffrement des communications, qui complique la lutte contre le terrorisme, a annoncé Bernard Cazeneuve, jeudi 11 août. Le ministre de l’intérieur travaillera sur ce sujet avec son homologue allemand le 23 août, à Paris, «pour que nous puissions sur cette question lancer une initiative européenne destinée à préparer une initiative plus internationale permettant de faire face à ce nouveau défi», a-t-il dit.
Lien vers l'article original: http://www.lemonde.fr/pixels/article/2016/08/12/bernard-cazeneuve-veut-une-initiative-europeenne-contre-le-chiffrement_4981741_4408996.html

Et aussi:
[Next INpact] La France veut lancer une initiative internationale contre le chiffrement

Voir aussi:
Position de l'April sur la surveillance généralisée

[Le Courrier] Décoloniser internet

Par Benito Perez, le vendredi 12 août 2016. Extrait:
> La concentration des moyens de communication menace les libertés citoyennes. La riposte s'organise au Forum social mondial de Montréal
Lien vers l'article original: http://www.lecourrier.ch/141463/decoloniser_internet

[NRJ.fr] Comment se spécialiser dans l’informatique open source?

Par la rédaction, le mardi 9 août 2016. Extrait:
> Le numérique est l’un des secteurs les plus porteurs pour les jeunes qui recherchent du travail. L’open source, soit la création de logiciels libres, est une des branches qui recrute le plus. Mais comment faire pour se spécialiser dans ce domaine particulier?
Lien vers l'article original: http://www.nrj.fr/active/tendances/comment-se-specialiser-dans-l-informatique-open-source-31265741

[WebZeen] ERP open source: l'avantage du logiciel libre

Par Andrea Bensaid, le mardi 9 août 2016. Extrait:
> L’ERP open source ou Enterprise Ressource Planning open source, est une solution informatique incontournable pour les petites et les moyennes entreprises. Les spécificités de l’ERP open source sont en effet plus appropriées aux PME parce que, comme on peut voir sur ce site, ce type de logiciel s’adapte aux besoins particuliers des utilisateurs. Faisons un zoom sur les avantages de ce logiciel libre.
Lien vers l'article original: http://www.webzeen.fr/dossier/erp-open-source-lavantage-logiciel-libre/20873

[Developpez.com] La Maison Blanche publie Federal Source Code

Par Stéphane le calme, le mardi 9 août 2016. Extrait:
> Après avoir vanté les bénéfices de l’open source au sein du gouvernement, en mars dernier, l’administration Obama a publié un Draft de son projet baptisé Federal Source Code, un ensemble de règles qui devraient permettre aux agences du gouvernement américain d’être plus efficaces sur le code qu’elles rédigent.
Lien vers l'article original: http://www.developpez.com/actu/102403/La-Maison-Blanche-publie-Federal-Source-Code-un-ensemble-de-regles-qui-devront-aider-les-agences-a-mieux-embrasser-l-open-source

[Next INpact] Le ministère de l’Éducation assigné en justice pour son partenariat avec Microsoft

Par Xavier Berne, le mardi 9 août 2016. Extrait:
> La convention de « partenariat » liant le ministère de l’Éducation nationale et Microsoft sera bientôt débattue devant la justice. Le collectif EduNathon, pour qui il s’agit en réalité d’un marché public déguisé, a déposé aujourd’hui un référé auprès du tribunal de grande instance de Paris. Une audience est prévue pour le 8 septembre.
Lien vers l'article original: http://www.nextinpact.com/news/100933-le-ministere-l-education-assigne-en-justice-pour-son-partenariat-avec-microsoft.htm

Et aussi:
[ZDNet France] Microsoft partenaire de l'Education nationale: l’affaire sera débattue en justice

Voir aussi:
Quand Microsoft instrumentalise l'Éducation Nationale

Note

Les articles de presse utilisent souvent le terme « Open Source » au lieu de Logiciel Libre. Le terme Logiciel Libre étant plus précis et renforçant l'importance des libertés, il est utilisé par l'April dans sa communication et ses actions. Cependant, dans la revue de presse nous avons choisi de ne pas modifier les termes employés par l'auteur de l'article original. Même chose concernant l'emploi du terme « Linux » qui est généralement utilisé dans les articles pour parler du système d'exploitation libre GNU/Linux.

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Interview d’Adrienne Charmet par Adrien - Polygeek#56

April - 15 août, 2016 - 03:59


Titre : Interview d’Adrienne Charmet par Adrien
Intervenants : Adrienne Charmet - Adrien
Lieu : Polygeek#56 - Privacy Go
Date : Août 2016
Durée : 32 min 38
Licence : Verbatim
Pour écouter l'enregistrement

Transcription

Voix Off : Je vous demande de vous arrêter.

Adrien : Bonjour. Je suis avec Adrienne Charmet qui est porte-parole et coordinatrice des campagnes de La Quadrature du Net1 depuis 2014. Et auparavant tu étais présidente puis directrice des programmes de Wikimédia France, entre 2019 et 2014. Tu es une militante, spécialiste, en gros, de tout ce qui touche au Libre, à la protection de la vie privée, liberté d’expression sur Internet, la neutralité du Net, tout ça. Du coup ce sont des sujets qui nous sont chers à 2. Le sujet qu’on voulait explorer aujourd’hui c’est celui de la protection de la vie privée, des données personnelles. C’est un sujet qui est relativement large. Il y a beaucoup de choses à dire en ce moment sur ça. Et peut-être que pour commencer on pourrait revenir sur un événement qui a marqué l’actualité il y a quelques mois, l’affaire de l’iPhone de San Bernardino.

Pour un petit rappel c’est le FBI qui avait demandé à Apple de déverrouiller un iPhone dont le propriétaire était impliqué dans un crime. Et il s’en est suivi quelques semaines/mois de bagarre médiatique et judiciaire jusqu’à ce que le FBI annonce qu’il l’avait débloqué par ses propres moyens. C’est quoi le regard que vous jetez sur ça quelques mois après cette histoire ?

Adrienne Charmet : La première chose à dire, peut-être, sur cette histoire, c’est que ce n’est pas simplement un crime. Il n’avait pas servi simplement à un crime, il avait servi à un acte terroriste et ça change pas mal de choses. Parce que ça a mis en lumière pas mal de problèmes qui se posent aujourd’hui avec la pression du risque terroriste. Ce n’est pas la première fois que le FBI demande à Apple de déverrouiller des iPhones. Ce n’est pas la première fois que le chiffrement pose un problème. Mais la raison pour laquelle ça a été aussi médiatisé et peut-être la raison pour laquelle Apple a tenu une position très ferme là-dessus c’est que l’argument du terrorisme est devenu, en fait, une sorte d’argument moral. Il faut se souvenir que ce n’était même pas, on va dire, deux/trois mois après les attentats de novembre en France. Quel regard on porte là-dessus ?

D’une part, on va dire, on a deux problèmes sur cette question-là. On a la question des outils qui deviennent inviolables, donc d’un chiffrement lourd, qui n’est pas maîtrisé par un intermédiaire mais maîtrisé directement par l’utilisateur. C’est-à-dire que l’argument d’Apple est de dire : « Je ne peux déverrouiller, moi, cet iPhone. Ce que vous me demandez de faire c’est de créer une porte dérobée qui peut servir à déverrouiller cet iPhone mais aussi d’autres. » On est obligé de remonter, on va dire, plus haut, dans la conception de l’appareil pour pouvoir le déverrouiller. Donc ça c’est la première question : qu’est-ce qu’on fait avec ce chiffrement robuste, maîtrisé par l’utilisateur où, en fait, si l’utilisateur ne donne pas la clef de déchiffrement, personne ne peut y accéder ?

Le deuxième problème qui se pose, c’est un problème de pression sur le principe du chiffrement en lui-même. Alors quelle est notre position là-dessus ? Nous on n’a pas publiquement dit on soutient Apple, etc…, même si dans la pratique on soutenait la position que Apple soutenait. Nous, on est partisans depuis très longtemps, du droit au chiffrement, à l’anonymat et à la vie privée. Ça veut dire qu’on soutient un droit absolu, pas simplement dans les affaires de terrorisme. Il ne s’agit pas de dire on soutient le droit des terroristes à chiffrer : on soutient le droit au chiffrement, point barre. C’est-à-dire que dans un univers où on a une explosion des communications électroniques de toute nature, que ce soit d’aller consulter des sites internet, d’effectuer des transactions ou de communiquer avec des personnes, on a donc une explosion des communications électroniques. On a une explosion ou du moins une exposition de la surveillance qui est exercée sur ces communications. On l’a vu avec l’affaire Snowden, mais on le voit aussi avec des lois en France comme la loi sur le renseignement qui tape directement sur les données de connexion et sur les télécommunications. Et du coup, une vie privée des citoyens, des gens, qui est, en fait, massivement attaquée par ces deux aspects. C’est-à-dire, à la fois, on expose nous-mêmes, en permanence, beaucoup plus notre vie privée, de manière soit consciente, soit inconsciente. On fait la plupart de nos démarches administratives sur Internet, nos achats sur Internet. Nos communications avec les gens passent majoritairement par des mails, des Skype, des conversations par voie d’Internet beaucoup plus maintenant que par du courrier papier ou voilà ! On a une exposition massive de la vie privée des gens et une surveillance ou une capacité de surveillance massive. Donc, affirmer le droit au chiffrement c’est quelque chose de fondamental et l’affirmer, y compris quand on est dans des cas dramatiques, y compris quand on est dans des cas sensibles comme celui de San Bernardino où on a cette personne qui a commis des actes de terrorisme, des crimes, etc…, il faut bien avoir conscience de la différence entre accéder à un appareil et poser le principe qu’il n’y a plus rien d’inviolable.

Pour nous l’enjeu est vraiment là, donc c’était hyper important que Apple ne cède pas sur cette question-là. Finalement le FBI, a priori, a réussi à craquer l’iPhone avec l’aide, peut-être, d’une boîte israélienne spécialisée dans ces questions-là. On ne peut pas se satisfaire de se dire eh bien voilà, on commence par dire qu’il faut empêcher le chiffrement de bout en bout et le chiffrement robuste parce que dans les cas de terrorisme ça pourrait être un problème. On sait très bien que si on ouvre la porte, si on commence à céder sur la question du chiffrement, on va continuer à céder : au début on commence par le terrorisme et la pédophilie, et ensuite ce sont les crimes lourds et puis ça devient les délits et puis ensuite, en fait, on n’a plus rien du tout de protégeable. Donc notre position est vraiment là, de se dire, y compris dans les cas dramatiques, on doit absolument protéger ce principe et l’ancrer, le solidifier, parce que le rapport de force entre la volonté d’intrusion et de surveillance des États et l’exposition majeure de la vie privée des internautes, eh bien le rapport de force n’est pas équilibré si on n’a plus la capacité de chiffrer ses communications.

Adrien : Tout ça fait écho à PRISM, à l’affaire Snowden, et tout le système de surveillance généralisée qui avait été dévoilé. Est-ce que, finalement, on peut vraiment faire confiance à Apple et à d'autres grands groupes de l’Internet et de l’informatique pour protéger et stocker nos données personnelles comme ça été le cas dans cette histoire-là ? Ou est-ce que non ?

Adrienne Charmet :Je crois que par principe il ne faut pas faire confiance à des intermédiaires ou il faut leur accorder la confiance limitée dont on peut être sûr, en fait. Pourquoi est-ce que Apple, mais aussi Google s’est déclaré soutien d’Apple dans cette histoire, et Microsoft qui n’était pas trop à l’époque de cette histoire d’iPhone mais aujourd’hui est en train de développer ses politiques de sécurité. Pourquoi est-ce qu’ils font ça ? Ce n’est pas parce que ce sont des grands bienfaiteurs de l’humanité, c’est parce qu’ils s’en sont pris plein la gueule à l’époque de l’affaire Snowden. C’est-à-dire que, tout d’un coup, ce qui est important de comprendre dans l’affaire Snowden, ce n’est pas tant de se dire il y a de la surveillance. Mon Dieu, les espions espionnent ! Oui, tout le monde s’en doute ! En revanche, quelque chose qui a été découvert et exposé à ce moment-là, c’est le degré de collaboration, volontaire ou involontaire, des grandes entreprises de l’Internet avec les services de renseignement. C’est le cas aux États-Unis, c’est le cas aujourd’hui en France aussi, où, eh bien je reviens toujours à la loi sur le renseignement, on a des dispositifs qui ciblent directement les opérateurs.

Donc s’ils l’ont fait, c’est parce qu’ils ont perdu des parts de marché, c’est parce qu’ils ont eu de la pression. Ce n’est pas tant les particuliers qui se sont détournés de ces boîtes, mais ce sont les entreprises qui ont arrêté de mettre leur cloud d’entreprise ou qui ont réfléchi à d’autres solutions. Donc c’est bien qu’il y ait cette pression parce que ça les force à développer des politiques de sécurisation et de chiffrement. Certains le font en disant « confiez-nous toutes vos données et nous on les sécurise ! » Ça va être, par exemple le cas de Facebook, enfin le passage en https, par exemple, de toutes les grosses boites. Tous les gros mailers se sont mis à passer en https, mais eux ont toujours, finalement, accès à ces informations. C’est intéressant que se développent des solutions soit d’appareils intégralement chiffrés, soit de messageries très chiffrées comme WhatsApp ou Signal, où là les boîtes n’ont même plus la capacité de déchiffrer le contenu. En revanche, tant que leur modèle économique n’aura pas changé - alors Apple ou Microsoft n’ont pas tant un modèle économique basé sur l’exploitation des données personnelles, mais Google, par exemple, ou Facebook, ou Twitter ont un modèle économique intégralement basé sur le tracking de leurs utilisateurs pour leur proposer de la publicité.

Donc là on arrive au point faible de l’histoire. Est-ce qu’on peut faire confiance à une entreprise pour protéger nos données quand son business est d’exploiter nos données ? Il y a vraiment besoin d’aller trouver des modèles économiques alternatifs pour pouvoir, déjà, avoir une autre solution que d’avoir une exploitation massive des données. Donc, non, pas de confiance là-dessus et pas de confiance non plus dans des entreprises qui sont dans une logique de grossir toujours plus en intégrant toujours plus et en interopérant toujours plus de services. À La Quadrature, on défend très fortement la décentralisation d’Internet, en disant, enfin, ce sont les bons vieux proverbes paysans, de ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier. À partir du moment où on est en mesure de cloisonner un peu plus les endroits où on laisse des traces, eh bien forcément c’est plus sécurisant. On peut choisir d’avoir des outils plus sécurisés que d’autres. Si je prends l’exemple de WhatsApp, la mécanique, la technologie de WhatsApp est hyper-sécurisée, mais c’est Facebook qui a accès à tout. Moi je ne vais pas utiliser WhatsApp, parce que je veux pas que ce soit Facebook qui ait accès à tous mes contacts, à toutes ces informations-là. Heureusement, existent à côté d’autres solutions, qui utilisent les mêmes technologies mais qui ne sont pas liées à Facebook, mais pour combien de temps ? Voilà.

Donc il y a deux raisons pour lesquelles je ne ferai pas confiance et on ne fera pas confiance à ces entreprises : la première c’est leur politique d’exploitation des données personnelles et la deuxième c’est leur concentration. Et même des boîtes comme Apple, qui ne font pas une énorme exploitation des données personnelles à des fins publicitaires, elles font une énorme exploitation des données personnelles à des fins de vendre dans leur Store, dans leur Apple Store, tout un tas de choses et de prioriser. Apple, on tourne en circuit fermé, donc en fait il y une énorme forteresse, une énorme muraille à l’extérieur, mais à l’intérieur c’est tout autant exploité qu’ailleurs, donc c’est presque la même chose qu’un Google.

Adrien : La problématique c’est aussi la simplicité d’accès aux services qui permettent de faire les choses de façon bien. Il y a des projets qui sont menés, en ce moment, pour essayer d’améliorer ça ?

Adrienne Charmet : Oui. Alors à La Quadrature, on n’est pas une boîte de développement, donc nous, on crée ou on maintient ou on propose certains outils. Par exemple on a ouvert l’année dernière un 3 sécurisé sur lequel on peut avoir des communications vraiment sécurisées avec 4, enfin pour ceux qui connaissent ce genre de choses, qu’on met à disposition. Il y a un vrai besoin de création d’outils sécurisés qui ne soient pas dépendants de ces très grosses entreprises. Il y a un projet qui est mené par un membre du Conseil d’Orientation stratégique de La Quadrature, qui s’appelle Laurent Chemla, projet qui s’appelle CaliOpen5, qui est vraiment un projet de plateforme de communication dans laquelle on pourrait faire arriver nos différents outils et qui sécurise ces différents outils. Ce sera encore long !

C’est forcément compliqué parce que, comme on a cet objectif de décentralisation, on reste sur des petites unités et des petits groupes et des outils qui ne géreront jamais l’intégralité des besoins de l’utilisateur. Là, pour le coup, notre rôle à La Quadrature, peut-être plus que de développer des outils, en tout cas ce type d’outils-là, il est d’expliquer et de promouvoir l’accès à ces outils, et puis aussi d’expliquer. Il y a vraiment les deux versants : expliquer aux utilisateurs qu’il va falloir, peut-être, faire un petit effort pour redécentraliser ses communications, et puis, de l’autre côté discuter aussi et travailler avec les développeurs de ces outils pour faire remonter ou pour travailler sur l’ergonomie, sur l’interface, sur l’accès. Quand on est un super développeur, tout à fait à l’aise avec les outils de chiffrement par exemple, on peut avoir tendance à oublier à quel point ça peut être difficile d’accès.

Ici, à La Quadrature, on a des pratiques de communication assez sécurisées. Par exemple on utilise GPG6 toute la journée, on chiffre tous nos mails, nos listes de discussion sont chiffrées. Une fois que c’est bien paramétré, ça marche tout seul. Il y a toujours ce risque d’oublier ce que c’est que d’installer et d’utiliser des outils de chiffrement pour quelqu’un qui n’est pas du tout à l’aise avec l’informatique. Ça c’est un point super important. Notre rôle est là, dans cette explication, cette interface des deux côtés. Et puis il est surtout de faire prendre conscience de l’importance de cette protection des données, parce que, bien trop souvent, on a un discours super fataliste des gens avec qui on parle, qui disent soit :« Ah, mais de toutes façons l’exploitation des données à des fins publicitaires, ça a toujours été comme ça, on ne pourra pas s’en passer ! » Alors ils se protègent avec un coup d’AdBlock7, un coup de bloqueur de pubs, de bloqueur de tracker, mais finalement il n’y a pas de remise en question du système. Une espèce de fatalisme comme quoi, de toute façon, on sera pisté tout le temps. Et dans l’autre sens, vis-à-vis des États, parce qu’il y a vraiment toujours cette double exploitation État et entreprise, du côté des États il y a ce côté : « De toute façon moi c’est bon, je ne suis pas dangereux, je n’ai rien à cacher, je n’ai rien à me reprocher donc ils ne viendront pas me chercher. Et puis, de toute façon, je ne pourrai pas le savoir, de toute façon je ne verrai rien, de toute façon on ne peut rien y faire ! » Donc il y a cette espèce de fatalisme qui est vraiment à combattre en disant eh bien non, c’est à nous aussi, par nos pratiques, de faire monter le coût de la surveillance, d’empêcher d’utiliser sciemment des outils dont on sait que ce sera compliqué d’aller les craquer et de les utiliser tout le temps. Pas que juste quand on a besoin d’envoyer un truc super sensible, mais de les utiliser tout le temps. Ça demande vraiment des changements de pratiques et de l’éducation.

Adrien : Merci. Plus au niveau européen, il y a tout un tas de mesures qui sont en train d’être prises ou sur lesquelles il y a des discussions en ce moment au niveau européen pour tenter d’encadrer les échanges de données personnelles entre, en tout cas ce qui sort du territoire européen vers les États-Unis. Je pense au Privacy Shield. Qu’est-ce que c’est censé apporter ? Est-ce que, même par rapport à ce que ça encadre, c’est quelque chose qui serait efficace, même s’il y a des trous dedans, etc. ?

Adrienne Charmet : Le Privacy Shield, c’est un texte, c’est un accord d’adéquation, c’est un peu compliqué. Ce n’est pas un traité, c’est un texte à signer entre l’Europe et les États-Unis pour dire « on reconnaît qu’on est à peu près au même niveau de garantie sur la protection des données personnelles. » C’est un texte qui est censé chapeauter les échanges de données entre l’Europe et les États-Unis. Ce sont tous les échanges de données de boîtes américaines en gros, qui opèrent sur le territoire européen.

Il est en cours d’adoption parce que l’accord précédent, qu’on appelait le Safe Harbor, qui était en place depuis 2000, a été cassé par la Cour de justice de l’Union européenne suite à l’action judiciaire d’un militant qui s’appelle Max Schrenz, qui a d’abord attaqué Facebook, puis sa CNIL, puis la CNIL irlandaise en disant, notamment : « depuis les révélations de Snowden on sait qu’il y a une surveillance massive exercée via les gros opérateurs de type Facebook aux États-Unis. Moi je suis un citoyen européen, je ne veux pas être soumis et c’est contraire à la Charte européenne des droits de l’homme, que je sois soumis à la surveillance massive et indiscriminée des États-Unis, et je n’ai aucun recours. Que faites-vous ? » Donc la Cour de justice de l’Union européenne a cassé cet accord et aujourd’hui, depuis octobre de l’année dernière, c’est assez compliqué juridiquement, les échanges de données n’ont pas cessé. C’est-à-dire qu’on aurait pu avoir, début octobre l’année dernière, une fermeture de Facebook, Google, etc. Ça n’a pas été le cas, mais ça aurait été intéressant pour prendre conscience du problème. Et donc là, le Département du Commerce américain et la Commission européenne sont en train de fouetter tout le monde pour que cet accord soit signé le plus vite possible.

Cet accord prévoit d’autoriser les échanges de données, prévoit un alignement à peu près sur les durées de conservation des données entre le règlement européen qui régente toutes les lois sur la protection des données personnelles en Europe, et la loi américaine. Et il instaure le principe d’une sorte d’homme de confiance ou de personnalité qualifiée, on appellerait ça en droit français, dépendant du Département d’État américain, mais, en théorie, totalement indépendant, qui serait chargé de recueillir les plaintes des Européens sur les questions de surveillance notamment, mais pas que, et de vérifier, de faire appliquer les standards européens aux États-Unis et notamment de vérifier si les personnes ont été mises sous surveillance.

Nous on n’est pas du tout satisfaits de ce cadre-là, parce que dans le projet de texte du Privacy Shield, on dit, en gros : « Bon, il ne faut pas faire de la surveillance de masse, tout ça, sauf si c’est pour des questions de sécurité nationale, de lutte contre le terrorisme, etc. »

Donc on est toujours dans les mêmes questions. À chaque fois on dit : « On pose le principe de pas de surveillance de masse », et après on met tout un tas d’exceptions qui sont toujours des exceptions liées à la sécurité. Donc objectivement il n’y a rien de changé. L’arrêt de la Cour de justice européenne disait : « Un citoyen européen ne peut pas faire l’objet d’une surveillance de masse, c’est contraire aux traités européens et à la Charte européenne des droits de l’homme. » Eh bien là, il y a un accord qui continue à dire que s’il y a des raisons de sécurité nationale, on peut faire l’objet d’une surveillance. Cet homme, cette personnalité qualifiée, qui serait la porte d’entrée des Européens auprès des États-Unis, ne va pas vous dire : « vous avez été mis sous surveillance, vous n’avez pas été mis sous surveillance. Elle va faire ses vérifications et vous dire : c’est bon, tout est dans les règles ou ce n’était pas dans les règles, on a réglé le problème. » On n’a aucune assurance qu’elle a réglé quoi que ce soit. On n’a aucune idée du préjudice en termes d’intrusion dans la vie privée. Ça ressemble beaucoup au processus qui a été mis en place avec la loi renseignement en France, où on a une Commission de contrôle des techniques de renseignement, qui est quand même très dépendante hiérarchiquement du pouvoir exécutif et qui ne va jamais vous dire si vous avez été surveillé ou pas, mais qui va juste faire ce travail de vérification, dont on ne saura finalement rien. Donc on n’en est pas très contents et surtout, on a l’impression que le sujet de fond qui est le sujet de la surveillance de masse, que les Américains n’appellent pas surveillance de masse, ils appellent ça collecte de masse. Ils disent que non, la surveillance ça ne commence que quand on traite les données. Nous on dit et la Cour de justice de l’Union européenne dit : « Non, la surveillance commence quand on collecte les données. »

Mais tout ça procède aussi d’une sorte de malaise qui est que tout le monde tape sur la surveillance des États-Unis, mais en réalité, plusieurs pays européens font la même chose. Que ce soit la Grande-Bretagne ou que ce soit la France, par exemple, le principe de la collecte de masse a été acté dans la loi. La loi sur le renseignement, notamment, autorise les interceptions massives sur les câbles sous-marins qui font transiter les données entre l’Europe et les États-Unis, et le reste du monde. Donc c’est très compliqué d’arriver à un accord qui protège efficacement et réellement les Européens, parce que, eh bien finalement les États européens n’ont pas tant d’intérêts que ça à ce qu’on interdise la surveillance de masse aux États-Unis parce qu’après les boîtes américaines pourraient dire : « eh bien oui, mais regardez en Europe il y a la même chose, il y a des principes de surveillance de masse. Les citoyens européens pourraient dire : mais attendez, comment ça on serait mieux protégés aux États-Unis qu’en France, etc. » Donc finalement on a un accord hyper bancal et qui est négocié et signé au pas de charge par la Commission européenne qui est surtout hyper inquiète de ce vide juridique qui existe depuis octobre 2014 sur les transferts de données, en disant « si jamais quelqu’un nous attaque ça va être l’enfer ! » Mais vu l’état de l’accord, je pense que, que ce soit Max Schrenz ou d’autres, on remontera jusqu’à la Cour de justice de l’Union européenne parce la question n’est pas réglée.

Adrien : Il y a certain nombre de consultations qui ont eu lieu ces derniers temps, notamment à la Commission européenne ou tout un tas d’instances comme ça. Qu’est-ce que vous proposez dans ce genre de cadre ? Je suppose que vous répondez un peu aux consultations. Qu’est-ce que vous proposez concrètement pour essayer d’aller vers plus de protection de la vie privée ?

Adrienne Charmet : Effectivement, on participe d’une manière très régulière aux consultations qui sont organisées par la Commission européenne, non pas qu’on ait la moindre illusion sur notre capacité à changer la réglementation, même si on essaye ! Mais en tout cas, parce que ces consultations donnent lieu à des rapports et que dans ces rapports, ils ne peuvent pas ignorer les points de vue, notamment ceux de La Quadrature, mais pas que nous. Il y a beaucoup d’associations européennes qui répondent.

Ces derniers temps on a, par exemple, travaillé sur une consultation sur une future directive qui s’appelle e-Privacy, qui va compléter les règlements sur les données personnelles, pour tout ce qui concerne les communications électroniques donc beaucoup plus les mails. Là on a toujours la même position, c’est-à-dire que dans ces consultations on nous interroge pour savoir quelles sont les limites acceptables à l’intrusion dans la vie priée, etc. Mais nous, on va poser toujours ce même principe de dire que la vie privée est protégée par défaut et que, si jamais on doit avoir une intrusion dans cette vie privée, elle doit être faite en apportant toutes les garanties nécessaires. Et les garanties nécessaires pour nous, c’est notamment le droit à un procès équitable et le fait que ce soit la justice qui autorise les intrusions dans la vie privée. Et quand on passe dans le cadre judiciaire, on a tout un mécanisme qui se met en place avec des avocats, avec de la défense, avec le principe du contradictoire. On doit pouvoir remettre en question la validité ou le principe de cette intrusion. Et puis avec des recours et toute une pyramide de recours qui font qu’on peut remonter assez haut quand on n’est pas d’accord avec une décision.

Aujourd’hui, notamment dans tout ce qui concerne les questions de sécurité nationale, on est toujours en dehors du cadre judiciaire ou quasiment toujours. Par exemple, en France, c’est beaucoup ce qu’on appelle la justice administrative qui règle ça, donc ce ne sont pas des magistrats classiques et c’est un corps qui dépend directement : à la tête de la justice administrative, on a le Conseil d’État et le Premier ministre. Donc l’État se juge lui-même, en fait, en permanence, dans ces types d’intrusions. Donc pour nous c’est très important de défendre la place du juge judiciaire dans tout ce processus-là. Voilà, c’est la balance, elle est normale. Vous voulez rentrer dans ma vie privée, eh bien moi je dois avoir des droits, sinon ce n’est pas équitable, ce n’est pas juste.

Sur la question des grandes entreprises qui font tourner leur modèle économique sur l’exploitation des données personnelles, nous on a toujours répondu et on promeut, un, une exploitation minimale des données personnelles, deux, une protection très forte sur la question du consentement. On se rend compte aujourd’hui que beaucoup trop d’exploitations des données sont faites parce que les gens ne comprennent pas ce qu’ils sont en train d’accepter. Et puis, des questions de pouvoir sortir de ces systèmes-là. C’est très difficile aujourd’hui de récupérer ses données, c’est très difficile de vérifier l’effacement ou la suppression effective d’un compte, sur Facebook notamment c’est très difficile, mais pas que sur Facebook. Donc il y a des vrais enjeux là-dessus. Et on a aussi des inquiétudes assez fortes sur le traitement massif de données et sur la réalité et l’effectivité de l’anonymisation des données.

Aujourd’hui beaucoup d’entreprises plaident pour la pseudonymisation, c’est-à-dire de juste pas associer des données à un nom, mais de garder ce profil d’utilisateur pour travailler en masse sur des données, sur des profils, en fait. Nous on sait très bien, et ça a été maintes fois prouvé par des études, qu’avec quelques données appartenant à une personne, on peut retrouver son identité très facilement. Donc nous on plaide vraiment pour une vraie anonymisation, c’est-à-dire de séparer vraiment les données, pour casser ce profilage permanent. C’est ce type de choses-là qu’on va pousser dans les consultations.

Il y a des consultations sur d’autres sujets aussi, qui sont très loin des données personnelles. Mais nous, sur les données personnelles, on travaille essentiellement sur ce type de réponse-là.

Adrien : Merci. C’est quasiment fini. Une dernière question, c’est, il y a deux mois, il y a eu une actualité qui a fait pas mal de bruit autour de La Quadrature. Si on peut en discuter un petit peu. C’est votre décision d’arrêter de faire du lobbying, d’essayer d’influencer les politiques publiques. C’est en tout cas comme ça que ça a été interprété. Qu’est-ce qu’il en est vraiment ? Je n’ai pas l’impression que vous arrêtiez vraiment de faire ça !

Adrienne Charmet : Il y a deux mois, effectivement, on a posé un communiqué de presse8 qui mûrissait depuis longtemps, qui expliquait plusieurs choses. La première c’est qu’on était devant un mur politique très important. Que depuis plusieurs mois, voire années, notamment sur les questions, à nouveau, de sécurité, terrorisme, surveillance, etc…, on était dans l’impossibilité d’influer sur les politiques françaises. Parce que, en face de nous, on a un Premier ministre, un ministre de l’Intérieur et autres, qui sont vraiment complètement fermés à toute question de protection des droits fondamentaux. Globalement, les gens qui protégeons des droits fondamentaux, au mieux on est des emmerdeurs, au pire on est limite complices du terrorisme. C’est vraiment dans le discours des politiques et du gouvernement. C’est ça, et du coup, cette espèce de pression, elle se retrouve aussi au niveau du Parlement et on a une vraie impossibilité à travailler là-dessus. Cette crise politique n’est pas uniquement sur nos sujets : enfin l’actualité politique en ce moment, l’utilisation répétée du 49-3, les crises internes dans les différents partis, je veux dire, on n’est pas en train de faire un scoop en disant que la politique française va mal. Ce n’est pas une nouveauté !

Nous on l’a expérimenté directement, et on se rend compte qu’on perd un temps monstrueux à essayer de faire avancer des choses, sans y arriver. Ça peut être parce qu’on est mauvais, ça peut-être aussi parce qu’en face ça ne va pas bien. Donc on s’est dit eh bien on va faire autre chose ! Ça ne veut pas dire qu’on arrête toute volonté d’influer sur le politique, on ne fait que ça à La Quadrature, du politique. Ça veut dire que la partie influence législative en France, on la met un peu de côté. On travaille beaucoup à l’échelle européenne. Sur ce plan-là, aujourd’hui, on a encore des marges de manœuvre, donc on travaille là-dessus. On n’est pas tout seuls, aussi, au niveau européen. On est avec d’autres associations. On n’est pas tout seuls non plus en France. Mais sur notre créneau à nous on est quand même assez seuls.

Et pourquoi on a posé ça comme principe ? Parce qu’on avait besoin de dire les choses, déjà, de l’acter, de dire aux gens qu’il y a un vrai problème politique. Et la deuxième raison c’est qu’on voulait, et on veut, passer plus de temps à d’autres choses. Et ces autres choses il y a globalement deux aspects. Un qui est de reprendre un vrai travail de réflexion. Historiquement, à La Quadrature, il y a un gros travail de réflexion sur, on va dire, la transformation numérique de la société et son impact sur les droits fondamentaux, si je devais résumer de manière globale. Il y a vraiment beaucoup de production d’écrits, de production d’une sorte de doctrine, enfin de pensée, autour de la transformation numérique de la société, que ce soit sur les questions de données personnelles, sur les questions de neutralité du Net, sur les questions de droit d’auteur, ce genre de choses-là. Et ça, pris dans la bataille législative quotidienne, on finit par oublier ou par ne pas se donner le temps de faire ça. Donc il y a un vrai besoin de reprendre du temps, de se dégager du temps, et d’en faire une priorité, de remonter ça dans les priorités, parce qu’il y a des sujets sur lesquels on n’a pas assez travaillé. Ou sur lesquels on n’a pas assez pris le temps de mettre par écrit ou de mettre devant le public notre positionnement. Typiquement, sur la question du chiffrement, au moment de l’affaire Apple/FBI, on a été beaucoup consultés sur notre avis là-dessus, parce qu’en France, ça arrive assez rapidement à La Quadrature quand on parle de ce genre de sujets. On n’avait pas un papier simple et clair disant ce qu’on pensait là-dessus. Alors qu’il est évident qu’on a une position sur le chiffrement et on l’a dit à l’oral et on l’a dit partout et tout, mais on n’avait pas un papier de position, comme ça, clair.

Il y a d’autres sujets sur lesquels on n’a pas encore suffisamment travaillés, qui arrivent en trombe : les questions de données de santé, les questions de l’internet des objets. Qu’est-ce qu’on a d’autre ? Ce sont les deux gros que je vois, la question des plateformes. Il faut qu’on arrive à prendre le temps de produire de la réflexion et des positions, parce que c’est de là dont découle, après, tout le reste de notre travail. Ça c’est le premier aspect.

Le deuxième aspect c’est : si le politique est en crise, les citoyens demandent à prendre en charge eux-mêmes les choses. On a beaucoup de demandes d’apprendre, d’avoir de l’information sur ces différents sujets, de monter en compétence sur ces sujets. On a beaucoup de demandes de formation. Beaucoup de demandes d’interventions publiques. On a besoin de travailler là-dessus, de se dire comment est-ce qu’on emmène les gens avec nous ? Comment est-ce qu’on les aide à monter en compétence, à être autonomes sur ces questions-là et à eux-mêmes devenir force de formation, de propositions, de compréhension, plus loin, à d’autres personnes que nous, on ne saurait pas forcément toucher. Donc il y vraiment ce double aspect : plus de réflexion et aller plus vers le plus grand public. On ne sera jamais une association hyper grand public. Je pense qu’on est quand même très spécialisés, et puis qu’on est très peu ! Mais ce travail d’empowerment, disons ça comme ça, des gens, c’est hyper important. Et de la même façon, si on est obnubilés par le travail législatif, il y a toujours une déclaration politique, il y a toujours une loi, il y a toujours un nouveau truc à attaquer, etc…, et ça, en fait, on se noie dans ce travail-là.

Et il y a un autre aspect sur lequel on travaille depuis déjà un an et demi, qui est hyper important, qui est le travail de contentieux judiciaire. On travaille avec FDN et FFDN, donc des fournisseurs d’accès associatifs, où on fait un gros travail de contestation devant la justice des lois qui ont été votées, des décrets qui ont été publiés. C’est vraiment du travail hyper lent, à long terme, etc…, mais on commence à en voir les fruits. C’est encore un autre moyen de contourner, pour nous, le mur politique, c’est-à-dire « eh bien OK, on n’arrive pas à faire en sorte que les lois qui sont votées soient bonnes eh bien on va les casser après, en fait. On va aller les attaquer après, et comme ça on sera bien obligés de refaire des lois derrière ! »

Donc voilà, on n’est pas en train d’abandonner la politique. On fait plus que jamais de la politique mais pas au sens partisan, etc… Par contre on s’est donné au moins jusqu’en mai 2017 pour lever le pied sur le suivi législatif hyper précis de tout et puis on verra bien, qui nous gouvernera et comment ça se passera et quelle sera la marge de manœuvre d’ouverture politique ou pas. Parce qu’on ne peut pas dire qu’on soit hyper optimistes sur ce qu’on va avoir en 2017.

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Sous-Chef (Meals-on wheels) Sprint final!

Montréal Python - 14 août, 2016 - 00:00

Joignez-vous à nous le 25 août pour contribuer au sprint final de Sous-chef, la nouvelle plateforme de gestion du service de popote roulante du Santropol Roulant, qui a besoin des meilleurs outils pour gérer et livrer des repas aux personnes à mobilité réduite.

Cette plateforme aura un rôle clé dans la chaîne de services. Réalisé en Django, le projet est à la recherche de bénévoles ayant envie de s'engager et de contribuer au projet pour poursuivre le développement.

C'est l'occasion de réaliser des tâches au sein du projet (https://github.com/savoirfairelinux/santropol-feast), de connaître le travail du Santropol, et de découvrir les possibilités d'implication futures. Cet événement s'adresse aux personnes avec une certaine connaissance de Django. Vous n'avez pas besoin d'être expert!

De la nourriture préparée par l'équipe et les bénévoles du Santropol sera servie sur place pour les participants!

Cet événement gratuit est co-organisé par Santropol Roulant, Montréal Python, Savoir-faire Linux, PyLadies Montréal, Montréal Django, ...

L'événement sera bilingue.

Quand

Jeudi, le 25 août, les portes ouvrent à 18h00 (la soirée commence à 18h30)

Santropol Roulant

Inscription

Veuillez s'il vous plait réserver votre place gratuitement sur notre meetup à l'adresse suivante: https://www.meetup.com/fr-FR/Montreal-Python/events/233348153

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Logiciel libre/ESS Les conditions de la rencontre - François Poulain- RMLL2015

April - 12 août, 2016 - 09:08


Titre : Logiciel libre et économie solidaire : les conditions de la rencontre
Intervenant : François Poulain
Lieu : RMLL2015 - Beauvais
Date : Juillet 2015
Durée : 42 min 02
Licence : Verbatim
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Présentation

Alors que l’éthique des structures de l’économie solidaire est très alignée avec celle du mouvement du logiciel libre, on ne peut que constater que les deux mondes se côtoient et se regardent en chiens de faïence.

C’est paradoxal, car les « grands comptes » et parmi eux ceux qui ne s’embarrassent pas d’éthique ont depuis des années su s’approprier à leur profit l’immense bouillonnement intellectuel innovant et créatif qui gît dans les communautés du libre et de l’Internet « libéré ». De fait, la plupart des geeks mettent leur intelligence au profit de ces gens-la.

Parallèlement, les petites structures de l’économie solidaire ou les associations sont souvent mal équipées en informatique, même relativement à leur moyens. Les situations sont souvent médiocres, avec des « installations précaires », des machines récalcitrantes, qui tombent en marche de temps en temps mais qui sont régulièrement sources de stress et de perte de temps.

L’informatique libre serait elle réservée en pratique à ceux seuls qui disposent en masse du capital financier et culturel ? C’est la question qui est posée au cours de cette conférence, avec une discussion sur les pistes possibles pour sortir de cette situation.

Transcription

Bonjour. Moi c'est François Poulain. Je vais me présenter juste après. Je viens parler de logiciel libre et économie solidaire, en essayant de faire un peu une analyse sur ce que j'appelle les conditions de la rencontre. Pour cadrer rapidement, j'appelle économie solidaire le pan de l'économie qui est respectueuse à la fois de l’humain et de la planète, sachant que la planète c'est un moyen pour l'humain. On parle souvent d'économie sociale et solidaire. Pour faire simple, pour les gens qui ne sont pas au courant, il y a un peu la dichotomie entre économie sociale et économie solidaire qu'il y a entre logiciel libre et open source. Donc c'est un peu, en gros « est-ce que vous vous concentrez sur les moyens ou sur les finalités ? » En logiciel libre, la finalité c'est de libérer les gens et, éventuellement l'open source, c'est un moyen, mais si on se concentre uniquement sur les moyens, on peut perdre de vue les finalités, ce qui est, des fois, embêtant. Ça c'est un peu la description à l'emporte-pièce.

Donc, moi je suis avant tout un geek. J'ai des tendances vim, amateur de Bobby Lapointe. Je suis aussi un militant, dans le logiciel libre depuis un peu plus de dix ans. Dans l'éducation populaire. Comment ?

Public : Tu es jeune !

François Poulain : Oui, je suis un petit jeune, Fred.

Public : Tu es stressé, je dirais. On dirait Bobby Lapointe. Inaudible.

François Poulain : Oh ! Excuse-moi. Enfin, bon ! Donc dans l'éducation populaire, notamment sur le biais de l'informatique, vulgarisation des sciences, etc. Je m'intéresse aussi à tout ce qui est contrainte climat/carbone. On peut en parler autour d'une bière, quand vous voulez. Et je suis aussi un bidouilleur. J'ai un background scientifique, j'ai fait une thèse scientifique, etc. J'ai fait du développement informatique. Je fais du bricolage. En ce moment je m'amuse avec des rabots, des trucs comme ça, pour bricoler une yourte. Et ça reviendra un peu dans la présentation, mais j'ai une éthique personnelle qui est complexe, mais notamment, un point d'éthique personnelle qui est important, c'est de pas être au service de ses ennemis. Moi je ne cherche pas à imposer mes volontés politiques aux autres, mais, par contre, j'essaye de ne pas me mettre au service des gens qui sont politiquement mes ennemis. Mes ennemis politiques, les caricatures c'est Monsanto et Microsoft, si vous voulez comprendre.

Donc la problématique que je posais dans la description de cette conférence, c'est de voir qu'il y a entre l'économie solidaire et le mouvement du logiciel libre, il y a un peu des mouvements qui sont colinéaires, en tout cas qu'il y a une certaine surface de points communs, autour, par exemple, de choses comme l'émancipation de l'individu, la justice sociale, le partage de la connaissance, etc. Je ne vais pas m’étendre là-dessus, je pense que vous êtes, à peu près, tous convaincus. Malheureusement, on ne peut que constater qu’ils se regardent, pour beaucoup, en chiens de faïence. C'est-à-dire que l'appropriation réciproque, elle existe, mais elle est trop rare, trop exceptionnelle. Je ne sais pas, par exemple, même aux RMLL, qui, parmi tous les visiteurs, se revendique de l'économie solidaire, mais ce n'est pas évident qu'il y en ait beaucoup. A contrario, lorsque je fréquente des mouvements un peu plus alternatifs, il n'est pas évident de rencontrer des libristes ; il y en a, il y en a heureusement, mais c'est encore trop rare. On constate sur le terrain, que beaucoup d'associations militantes, de collectifs, d'entreprises d'économie solidaire, etc., ne s'approprient pas assez le Libre. Il y a des mouvements sympas et des mouvements émergents, mais la plupart des entreprises qui se revendiquent du logiciel libre, sont rarement des entreprises d'économie solidaire. La plupart de mes potes geeks bosse pour des banquiers, pour des agences de marketing, pour faire simple. Voilà. Donc ça, ça froisse un peu, nécessairement, mon éthique personnelle, comme je le disais, de ne pas se mettre au service de mon ennemi.

Il y a aussi des problématiques d'alignement entre les discours et les pratiques, donc de crédibilité. Je pense que c'est vrai, à plus forte raison, au niveau des structures d'économie solidaire qui, régulièrement, n'ont aucun problème de claquer plusieurs milliers d'euros dans des logiciels privateurs. Enfin, à tort ou à raison, peu importe, mais ça crée un désalignement entre les discours et les pratiques. Et l'ironie, aussi, de tout ça c'est que tous ceux qui ne s'embarrassent pas d'éthique, on peut citer des noms comme Facebook, etc., eux, ils profitent très bien du Libre. Ils n'ont aucun problème avec ça. Le bouillonnement culturel, intellectuel, de l'informatique libre et du mouvement du Libre, eux, ils en profitent très bien. Donc c'est un petit peu gênant ! Enfin, de mon point de vue, c'est un petit peu gênant !

Tout ça, ça arrive, malgré de la documentation qui est exhaustive, des conférenciers. Si je voulais me moquer un peu, en fait, moi quand j’étais au début, que je m'impliquais pour le Libre, je faisais beaucoup d'install-parties. J'étais technicien, je me sentais utile à faire ça. J'allais voir les gens, je leur disais : « Eh bien tiens, on est prêt à consacrer quelques heures pour dépanner les gens ». Et puis, avec le temps, on se lasse un peu, on se rend compte qu'on a passé quatre heures à souffrir sur une machine. La personne repart, elle a un truc installé à peu près proprement, on ne sait même pas si elle va l'utiliser. Ce n'est pas toujours évident d'avoir du retour, et du coup on se dit « tiens, ça serait intéressant de trouver un moyen de toucher plus de gens ». On se dit « on va faire des conférences. » Les conférences, on y consacre un peu moins de temps, et on touche plus de gens. Donc c'est cool ! Sauf que, d'expérience, en tout cas mon analyse à posteriori de la situation, c'est que, que ce soit de faire de la documentation, de la vulgarisation, des Guides Libre Association1 comme on fait avec l'April, ou qu'on fasse des conférences, ce sont des très bons outils de prise de conscience, ça participe beaucoup à la prise de conscience, il n'y a aucun doute là-dessus, par contre ce sont très peu, je pense, des outils qui font changer les comportements. Il y a plein de gens qui se sont intéressés à ça, en psychologie sociale ou quoi, les comportements, ce ne sont pas des choses qui s'alignent sur les convictions. C'est nécessaire d'avoir des convictions pour pouvoir changer les comportements, mais ça ne suffit pas. On peut trouver plein d'exemples.

Bien sûr, tout ce qui est moraliseur zélé, ça n'aide pas à faire avancer la cause. Moi, combien de fois j'ai vu des gens de bonne volonté, faire des choses qui avancent plutôt dans le bon sens plutôt que dans le mauvais, et se faire tacler sur une liste de diffusion en disant « ah, ça pue, ce n'est pas libre, ton truc ! » Ça, ce n'est pas forcément très pratique, mais bon, ce n'est pas le sujet de la conf. Et le tout, aussi, malgré une certaine bonne volonté. Moi je suis assez optimiste sur la nature humaine, etc., donc je pense qu'il y a plus de gens de bonne volonté que de gens de mauvaise volonté. Alors j'essaie de travailler avec les gens de bonne volonté, et puis de voir comment, avec tous ces gens de bonne volonté, on peut faire des choses, parce que je constate qu'il y en a plein.

Une partie du problème, je liste un peu des choses que j'ai recensées et qui m'ont aidées à essayer de structurer une solution, on va dire, que je vous soumets à réflexion, c'est que, déjà, le marché du Libre, souvent il ne répond pas aux besoins de ces structures. Un exemple de chose qui arrive c'est que, si vous étiez à la conf de Jean-Michel Armand hier soir, qui était très bien, vous verrez que les libristes se spécialisent. La plupart des boîtes qui font du Libre, et la plupart des gens que je connais, que je serais prêt à payer sur mes deniers personnels pour faire du logiciel pour moi, ce sont des gens qui sont extrêmement spécialisés.

Quand une asso a une problématique du style « mon Thuderbird, il ne veut pas marcher », il n'y a pas beaucoup de boîtes qui offrent du service à ce niveau-là, on va dire. Les gens vous font Framework de dev, machin, Jumbo truc, mais les problématiques de terrain sont souvent délaissées. Et des contre-exemples, il y a Lucien qui est là, il y en a d'autres, il y a Demo-TIC2, Voilà. Il y a des contre-exemples trop rares. Mais la plupart des libristes sont très spécialisés.

Une autre chose que j’ai vue, que j'ai vécue, c’est que les libristes sont très probes, c'est très bien, mais du coup ils ne se mouillent pas en terrain hostile. Quand vous avez une asso qui est dans une situation où elle est en 100 % propriétaire ou presque, et que, si on veut la faire avancer vers du Libre, eh bien, il faut bien partir continûment de la situation où elle est. On ne peut pas arriver en disant, en claquant des doigts, « tac, on va changer toutes les machines, on change toutes les habitudes, on change tous les logiciels », ça ne marche pas. Quand on regarde des processus de migration un peu sérieux, ça prend des années, quoi. Et donc, il y a une phase transitoire qu'il faut être prêt à accepter.

Moi j'ai vu des cas où des assos ont sollicité des entreprises qui font du Libre, en leur disant « on a ça, on a ces besoins-là, est-ce que vous pouvez répondre à nos besoins ? » Le libriste dit : « Non, non. Moi je veux bien vous installer un serveur Apache, mais alors, le reste, je ne m'en occupe pas ! » Voilà, ce sont des choses qui existent.

Un autre problème aussi, c'est que les petites structures, que ce soit associatives, petites entreprises, d'ailleurs que ce soit de l'économie solidaire ou non, elles sont très friandes de composants sur étagère. Donc un composant sur étagère, c'est « j’achète le logiciel Sage ou EBP compta ou je ne sais pas quoi, ça me coûte deux bras, mais ce n'est pas grave, il est dispo, il s'installe en trois clics, et il marche ! » Et le Libre est assez mauvais pour fournir ça. C'est-à-dire, qu'en général, soit il y a des composants sur étagère, libres, qui existent et qui sont gratuits, et c'est génial, tout le monde est content, exemple Mozilla Firefox, LibreOffice, Apache, etc. Soit il n'y en a pas, et alors là, c'est extrêmement difficile d'en faire émerger un. Voilà.

Donc, la conclusion de tout ça, c’est que eh bien bonne nouvelle, si le marché ne s'occupe pas de ces points-là, on va le faire hors marché. Enfin, moi c'est mon point de vue.

Une autre partie du problème, je pense, c'est la compétence des gens, notamment les gens qui sont dans les structures associatives au sens large. On constate souvent un manque d’intérêt sur l'informatique en général, mais ça ce n'est pas propre aux structures de l'économie solidaire, c'est tout le monde dans la population. Vous avez la plupart des gens qui n'ont jamais appris comment ça fonctionne, un peu, l'informatique et, en fait, ils se retrouvent avec des machins magiques sur lesquels ils cliquent et qui font des choses qu'ils ne comprennent pas. C'est le point de vue de la plupart des gens. La conséquence pratique de ça, c'est qu'il y a un manque d'expertise interne. Manque d’expertise interne, ça veut dire que les gens, en général, ne sont même pas capables de savoir qu’est-ce qu'ils pourraient faire sur le terrain informatique. Un exemple concret : la plupart des associations ou des petites entreprises, etc., se font imposer l'informatique de l'extérieur. Ça veut dire quoi se faire imposer l'informatique de l'extérieur ? Ça veut dire que, pour communiquer avec le client, ou le financeur, ou etc., eh bien il faut des logiciels de bureautique, généralement propriétaires. Pour faire la compta qui est exigée par la législation, il faut des outils, généralement propriétaires, et, en gros, on s’arrête là. La plupart des structures, par exemple, quand vous vous intéressez à leur problématique métier, c'est quoi leur cœur de métier et que vous regardez comment ils gèrent ça, ils gèrent ça avec des fiches papier. Il y a des contre-exemples. J'ai rencontré Lien Plus3, il n'y a pas longtemps, où vous leur avez fait un outil métier sympa. Bon, il y a des contre-exemples. Donc voilà !

Moi je pense que la montée en compétences est consubstantielle à l'émancipation des gens, à leur réappropriation de l’informatique. Et le parallèle que je fais souvent, je fais souvent un parallèle avec le monde paysan, des trucs comme ça. Quelqu'un qui est en agriculture conventionnelle et qui veut aller vers du bio, par exemple, il va falloir qu'il se pose la question de comment fonctionne un sol. S'il ne se pose pas cette question-là, il va rester forcément prisonnier des produits phytosanitaires, parce que l’intérêt de ces produits-là, c'est justement que vous ne posez pas de questions. Vous raquez, vous détruisez votre sol, vous polluez tout le monde, mais ce n'est pas grave, vous ne vous posez pas de questions.

Donc la montée en compétences, elle est vraiment essentielle et consubstantielle à l'émancipation. Il faut avancer là-dessus. Et ça, même avec toutes les bonnes volontés du monde, la plupart des prestataires, en fait, ils ne font pas de montée en compétences. Ils arrivent, ils dépannent ce qui est tombé en panne, ils repartent. Ils n'ont pas le temps, ils n'ont pas les moyens de faire différemment.

Une partie du problème, aussi, c'est la mauvaise orientation des budgets, c'est-à-dire ce que je disais tout à l'heure. Ce n'est pas forcément que le monde de l'économie solidaire manque spécialement d'argent. Le problème c'est qu'il a des contraintes, et il va dépenser son argent, pas forcément de la bonne façon. Un exemple : à mon avis, sur l'Île-de-France, si vous prenez l'ensemble des licences Sage ou Ciel Compta ou ce que vous voulez, qui sont achetées par des structures de l'économie solidaire, vous réunissez cet argent, je pense que vous avez de quoi développer dix fois Sage, sans problème, en Libre, cash, en six mois. Donc voilà ! Ça c’est une mauvaise orientation des budgets. L'argent existe, mais il n'est pas employé correctement, pour plein de bonnes raisons probablement, mais il faut y travailler.

Il y a aussi un problème de tout ce qui est prestations en dehors des maintenances. C’est-à-dire que soit les gens ont un truc qui tombe en panne, ils font intervenir quelqu’un, il répare et puis il repart, mais tout le reste, qui menace de s'écrouler autour, reste présent. Soit les gens, de toute façon, manquent de compétences internes, ils n'ont pas la culture informatique de comment ça marche, donc ils se disent « c'est cool on va installer ça », ils le font installer, et puis derrière, ils accumulent de la dette technique parce que le truc n'est pas suivi, le truc n'est pas monitoré, le truc n'est pas backupé. Ils ne sont même pas au courant que ces trucs-là se font, et donc ils accumulent de la dette technique, en prestations comme ça. Ça arrive régulièrement.

Et puis, eh bien, une mauvaise orientation des budgets, pour moi, c'est l'absence d’internalisation. Je parle depuis tout à l'heure qu'il n'y a pas de compétences internes Internaliser les compétences en informatique, à mon avis ça fera partie de la solution. [Il y en a encore. Ouais, il y en a encore].

Une partie du problème aussi, c'est la pratique solidaire des acteurs du Libre. J'en parlais tout à l'heure. En fait, ce qu'il faut voir, c'est que quand on est libriste et que quelqu'un de l’extérieur vient nous voir, comment dire, on juge la personne avec nos codes. Et très rapidement, on peut rejeter ou embrasser la personne en suivant nos codes. Est-ce qu'elle est respectueuse de la netiquette si elle écrit sur une mailing-liste ? Des trucs comme ça. Ce n'est pas forcément des choses qui se font violemment, mais on le fait, plus ou moins tacitement, plus ou moins volontairement. Eh bien, c'est pareil, en fait, chez les acteurs de l'économie solidaire. Si vous allez les voir, ils vont se poser des choses comme « c'est quoi votre forme juridique ? » Ils vont se poser des questions de : « C'est quoi la justice sociale ? Quel est l'échelon des salaires que vous pratiquez dans votre entreprise ? Est-ce que c'est normal que la petite secrétaire soit payée quatre fois moins cher le boss ? » Il peut y avoir des problèmes de conflit d’intérêts. Adhérence aux valeurs. Par exemple, si vous allez voir des gens qui sont un peu écolos, et que vous les incitez à changer de téléphone portable tous les six mois, il va y avoir un problème d'adhérence aux valeurs.

Ce qu'il faut voir c'est que les acteurs de l'économie solidaire ont aussi des exigences, qui sont tout à fait légitimes, et qu'il faudrait penser, côté libristes, à respecter. Moi, ce qui me semble assez important, ce sont ces aspects-là, donc les formes juridiques ; d'appartenir à l’économie solidaire ; la justice sociale parce que ce sont des choses que les gens regardent ; l'adhérence aux valeurs.

Les libristes ont une fâcheuse tendance à gaspiller beaucoup de matériel informatique, et de l'autre côté, les gens de l'économie solidaire ont une fâcheuse tendance à être plutôt écolos. Donc il faut faire attention aux sensibilités de chacun.

Les conséquences de tout ça. Je vais passer assez vite parce que ce sont des choses que j'ai plus ou moins redites.

Souvent les structures ont un défaut d'équipement. Je parle d'équipement au sens large, c'est-à-dire que ça peut être en logiciels, en services, tout ce que vous voulez, elles sont mal équipées. Il y a un défaut de maîtrise, pas de compétences internes. Ça réduit leurs possibilités de choix, parce que le dialogue avec les interlocuteurs, que ce soient des interlocuteurs honnêtes ou pas, il est difficile. Ça a des conséquences pratiques. La plupart des gens, quand ils se font imposer l'informatique, comme je disais, une contrainte subie, ça crée des situations anxiogènes. C'est : « Ah, le logiciel ne fait pas ce que je veux ! J'ai perdu du temps ! J'ai perdu des données ! » Enfin, ça n’arrête pas et les gens ne sont pas très confiants, souvent, face à ces outils.

Alors le dépannage c’est possible, bien sûr, mais c'est le versant curatif. J'ai plein de cas où ça m'est arrivé de dépanner des gens, parce que le réseau ne marchait plus parce qu'il y avait un câble qui était avec une fiche cassée. La femme de ménage passe, elle met un coup de balai dans la box et paf, c'est débranché ! Le problème c'est que si je rebranche le câble et que je ne fais rien d'autre, la chose se reproduira.

C'est limité, parce que faire construire une infrastructure par un prestataire, ou résorber de la dette technique, ça coûte très cher, 600 euros de la journée, si vous avez dix jours de travail, les associations elles se sont pas toutes prêtes à investir ça. Et donc, la question, bien sûr, c'est « est-ce que ce genre de traitement, on va dire un peu plus préventif, serait limité aux acteurs qui disposent du capital ? » Parce que je n'ai pas détaillé ça, mais pour moi, il y a une forte différence entre des structures de grosse taille et des structures de petite taille. C'est que les structures de grosse taille internalisent les compétences et elles peuvent, comme ça, faire du traitement préventif, faire de la surveillance de service, etc.

Donc maintenant, je vais passer un peu sur un projet que je mène depuis début avril, qui, je pense, fixe un certain nombre de problèmes. Peut-être pas tous et puis, de toute façon, je n'ai pas encore sérieusement commencé à travailler, donc il va sûrement y avoir des nouveaux problèmes qui vont apparaître en cours de route et des nouvelles solutions à chercher en cours de route. Moi j'essaie de faire de l'informatique, y compris en milieu rural, parce que j'ai emménagé au milieu du Pas-de-Calais, qui est extrêmement rural : la première ville significative est à 50 minutes de route. Et une de mes problématiques aussi, en étant en milieu rural, c'est d'avoir suffisamment de travail pour être viable. Je ne peux faire quatre jours de démarchage, une journée de travail, et facturer trop cher ma journée de travail pour rattraper mes quatre jours de démarchage. En plus, je n'aime pas démarcher, je suis un geek ! Donc voilà, j’essaye de concilier ces deux contraintes en montant un groupement d'employeurs.

En gros, un groupement d'employeurs, c'est une forme juridique qui me permet d’être à temps partiel, très partiel, dans différentes associations ou entreprises. Donc on crée une forme juridique, association, entreprise, Scop, ce que vous voulez, et les structures qui profitent du service, les souscripteurs, sont membres de ce mouvement-là. Ce mouvement-là me salarie via l'argent qui est reversé au groupement, et moi je travaille pour les structures. Je vais détailler un petit peu comment ça se passe.

En gros les structures intéressées se regroupent pour payer le salaire. En échange, l'informaticien travaille chez elles à temps partiel. Moi j'appelle ça une « Amie »,Association de Maintenance Informatique4. La ressemblance avec AMAP n'est pas fortuite en fait. Si vous ne connaissez pas les AMAP, en gros, ce sont des gens qui veulent soutenir l'agriculture paysanne, qui disent « on se rassemble, on paye le salaire d'un paysan qui cultive la terre ». Voila. Très souvent c'est un maraîchage et, conséquence, mais pas finalité, on profite des fruits du travail du paysan, par exemple on récupère des fruits, des légumes, des œufs, éventuellement de la viande, etc.

Moi, pour le A de Amie, je vise une organisation associative. Je migrerai peut-être vers une Scic, plus tard, pour les gens qui connaissent, mais actuellement, ce n'est pas le sujet qui me préoccupe le plus. Donc le A de Amie c'est une association. L'idée c'est de ne pas avoir des clients, mais des associés, parce que je n'ai pas détaillé ça, mais aussi, dans la relation commerciale, de temps en temps, il y a des conflits d’intérêt. Moi j'ai vu plein de cas où le fait d'avoir des choses à vendre, surtout quand, en face, les gens n'ont pas l'expertise, n'aide pas à, comment dire, à négocier les choses sur une base équitable. Donc je trouvais intéressant de dire que l'Amie n'a rien à vendre. De toutes façons, le statut de groupement d'employeurs interdit une activité commerciale. Il est fait pour permettre une activité de travail à temps très partiel, on va dire.

Public : Est-ce que les clients sont membres ?

François Poulain : Oui.

Public : Donc adhérents ?

François Poulain : Oui, moi je nomme ça des souscripteurs, mais voilà, ils sont associés, souscripteurs, adhérents, ce que vous voulez. Après ça dépend de la forme juridique. Dans le cas d'une association ils peuvent être adhérents, ils peuvent être administrateurs ; dans le cas d'une Scic, ils peuvent être associés au collège de décisions. On peut faire des groupements d'employeurs en SA, je ne sais pas ce qui se passe dans ce cas-là.

Donc l'idée, c'est qu'une structure qui veut profiter du service, eh bien elle est adhérente de l'association. Elle paye une cotisation pour couvrir les frais de fonctionnement, elle siège au CA, donc elle participe des décisions qui relèvent de la vie associative. Typiquement, la vie associative d'une structure comme ça, est assez réduite, ça va être des décisions stratégiques, par exemple d'employer ou pas une personne, en phase d'expansion ; ça pourrait être aussi de licencier, je n'espère pas, pour le moment personne n’est employé. Ça peut être fixer le montant des cotisations. On regarde les budgets, on voit « ah bien oui, ça ne fonctionne pas, il faut augmenter. Ou alors, l'an dernier, on a dégagé de l’excédent donc on peut diminuer. » Ce sont des choses un peu de base, comme ça.

En échange, un souscripteur reçoit le service de l'Amie, c'est-à-dire un informaticien mis à disposition de façon régulière, par exemple pour régler les problèmes de terrain qui sont propres à chacun. Un informaticien, aussi, travaille sur des services mutualisés. Il y a plein de trucs qu'on peut mutualiser intelligemment en informatique. Je vous laisse imaginer, je ne vais pas vous apprendre grand-chose là-dessus. Et puis, bien sûr, on peut faire aussi des formations. Moi je parlais de monter en compétences, c'est important. Par exemple les bénévoles, ou les personnels, disposent d'un accès libre à toutes les formations dispensées. C'est le fruit du travail, en fait, de la personne qui est employée.

Au quotidien, pour un souscripteur, on est intégré au même titre que n'importe quel employé, on apparaît au registre des personnels. Il faut penser un peu comme un temps partiel, un temps très partiel. Quand je dis très partiel, ça veut dire quelque chose comme une journée par mois. Ça peut être moins, ça peut être plus, c'est à discuter.

Moi je suivrai des méthodes agiles5, et puis un certain nombre de valeurs que j'affiche, par exemple de privilégier le réemploi informatique, d'avoir une démarche qualité, on va dire, en faveur du logiciel libre. Je ne cherche pas à casser ce qui existe, mais tout ce que je déploie, sauf très bonne excuse, devra aller vers le Libre, etc.

Je ne vais pas détailler ça, c'est destiné aux gens qui ne connaissent pas l'informatique.

Les chiffres, en gros, pour que ça puisse fonctionner. Je fais une hypothèse, par exemple, de salarié à temps partiel aux trois cinquièmes. Ça me fait 12 jours de travail par mois. Donc si je suis une journée par mois dans chaque structure, ça veut dire que j'ai 12 structures qui sont souscriptrices. J'ai des dépenses, essentiellement du fonctionnement et des salaires. Fonctionnement c'est un petit loyer et puis des locations de serveurs. Les salaires, là je faisais l'hypothèse d'un gros SMIC, un truc du genre 1,4 SMIC, je crois. Donc, ça veut dire, ce n'est pas dur de faire la division, il faut 12 parts, à 24 000, donc 12 parts à 2 000 euros pièce. Ça veut dire que les structures, par exemple, pour 2 000 euros d'engagement annuel, disposent de mon temps à hauteur de 10 jours, etc. Ce temps, il peut se répartir, parce que, comme je disais, il y a du temps qui serait, on va dire, propre à chaque souscripteur. Il y a du temps qui serait mutualisé parce qu'on mutualise l’infrastructure de l'Amie, un certain nombre de services mutualisés. Des formations c'est typiquement un truc mutualisé. Il faut aussi mettre de côté du temps pour pouvoir faire des interventions d'urgence, soit directement sur site, sachant que je suis en milieu rural, je peux avoir des kilomètres à faire. Soit à distance via du SSH ou des trucs comme ça. Il y a aussi la gestion interne à prévoir.

Des remarques. Ce budget-là, il doit se substituer, à peu près, à un budget « prestations informatiques ». Donc je cible quand même, des associations ou des entreprises de taille suffisamment grosse, qui ont entre deux/trois et cinq/six personnes sur poste informatique. Ce n'est pas trop le genre d’offre qui est bon pour les assos qui ont très peu de besoins ou qui n'ont pas de salariés, etc.

Je vais proposer un tarif de lancement inférieur, parce que, comme ça, ça me permet d'essuyer des plâtres, on va dire, sans chercher à trop négocier. Et puis, eh bien le côté 9 jours chez le souscripteur et 2 jours en mutualisé, c'est une base de discussion, ce sera peut-être plus, ce sera peut-être moins. Il faudra qu'on apprenne, en cours de route, comment ça marche. Dans tous les cas j'essaye de rester sur des coûts assez faibles, des coûts journaliers assez faibles, parce que moi, mon pari c'est de travailler plus en facturant moins, plutôt que de travailler moins en facturant à donf, quoi !

Public : Inaudible.

François Poulain : Ce n'est pas pour gagner plus, non.

Public : Tu n'as pas parlé des frais de transport du coup, puisque tu es en milieu rural et que tu vas devoir te déplacer.

François Poulain : C'est dans les frais fixes. Mais, ouais, c'est quelque chose que je n'ai pas encore élucidé, parce que, en gros, au niveau du timing, je compte faire la constituante à peu près à la fin de l'année, si j'arrive à trouver suffisamment de monde partant, et je pense que, typiquement, la gestion des frais de déplacement et la gestion de plein de choses, c'est le genre de trucs auxquels j'ai envie d'associer le collège fondateur. Je n'ai pas envie de faire une offre clef en mains et que les gens disent : « OK, je signe là ». J'ai envie d'un truc un peu plus collectif.

Donc voilà. Conclusion. Ça c’est du marketing. Vous avez besoin d'une Amie, voilà ! Le futur, en gros, moi, j'aimerais constituer l'Amie d'ici fin 2015. Donc, pour la première année je ne vise pas 12 structures souscriptrices, je vais me limiter à 8, a priori. Sachant que je fonderai si j'en trouve 5/6, et sachant que je ne les ai pas encore, mais j'espère que c'est en bonne en voie.

J'aimerais grossir un peu, c'est-à-dire que je ne souhaite pas que l'Amie devienne un truc d'ampleur nationale, mais j'aimerais pouvoir partir en vacances, donc être deux/trois, ça peut être sympa pour ça. Et sachant que dans le milieu rural où je suis, deux/trois, ça veut dire qu'on a un rayon d’action qui va commencer à être plusieurs dizaines de kilomètres ; je ne pense que ce n'est pas négligeable. Il faudra voir comment ça peut faire.

J'aimerais essaimer. C'est pour ça que j'en parle aux RMLL, parce que je me dis « tiens, j'ai un modèle qui répond à un certain nombre de problèmes que j'ai identifiés ». C'est un modèle que je n'ai pas encore testé, mais j'espère, l'an prochain, vous faire un retour d’expérience, et j'espère qu'on pourra voir fleurir d'autres Amies, ailleurs sur le territoire.

Et puis j'aimerais aussi diversifier un peu l'activité. C'est-à-dire que moi je présente ça comme une association de maintenance, parce que c'est le besoin le plus commun que je vois chez toutes les associations ou les acteurs de l'économie solidaire que j'ai rencontrés. Mais en fait, il y a, aussi un point qui me semble essentiel, c'est d'écrire le logiciel. On parle souvent « ah tiens il n'y a pas de logiciel libre pour faire ci, il n'y a pas de logiciel libre pour faire ça ». Je pense que, quand on est un réseau d'acteurs, au lieu d’acheter des composants sur étagère, on peut se mettre ensemble et soit développer directement du logiciel libre, soit financer un prestataire pour le faire. Je n'ai pas de religion à ce sujet. Mais en tout cas, ce qui est important, c'est qu'il faut arrêter d'acheter des composants sur étagère. Il faut se mettre ensemble, en réseau, et écrire du logiciel qui nous appartient, et libre bien sûr, ça va sans dire.

Donc voilà, je suis un peu au bout, et si vous avez des questions, je serai heureux de partager avec vous.

Applaudissements

C'est calme.

Public : Merci beaucoup. Je suis Florence d'une association qui s'appelle Assodev-Marsnet6 à Marseille, et qui fait de l'hébergement aux associations, de la formation au Libre et de l'accompagnement, de la médiation. Moi j'ai bien aimé la comparaison avec les AMAP, parce que, nous aussi, on s'est fait une réflexion, d'ailleurs on avait appelé ça l'AMIP, Association de Maintien de l'Internet de Proximité, pour les hébergeurs locaux et je pense, qu'effectivement, il y a une réflexion, du moins un peu, de modèle économique où les usagers participent, en fait, au financement, participent complètement aussi au fonctionnement de leur prestataire de service. Et dans le cadre de l'hébergement, eh bien l'hébergement c'est un hébergement mutualisé. Plutôt que d'aller tous vers arf, l'idée c'est de se mutualiser et d'héberger ses propres données, en mutualisant les moyens, et en prenant un admin-sys et une organisation collective. Je trouve ça très intéressant et je voulais savoir d'où est venue l'idée, et est-ce qu'il y a un accompagnement ? Est-ce qu'il y a d'autres personnes qui font ça ?

François Poulain : D'où est venue l'idée ? En fait, ça fait un certain nombre d'années que je fréquente les milieux militants, en faisant un constat qui est assez invariant. Comme je disais, malgré plusieurs années d'engagement dans le logiciel libre, en promotion, etc., je constatais qu'il y a un truc qui manque. Typiquement, combien de fois ça m'est arrivé, en événement ou en install-partie, de me faire solliciter par quelqu'un qui me dit: « Ah il faudrait que vous veniez chez nous, on a un parc à migrer, on ne trouve personne pour le faire ». Et je me dis « en bénévole je ne suis pas disponible pour ça, et en prestataire je n'en connais pas ». C'est-à-dire que des prestataires prêts à faire un travail de maintenance, en qui j'ai suffisamment confiance pour recommander, j'en connais quelques-uns en France, mais là c’était en région parisienne, je n'en connaissais pas, simplement.

Public : Je parlais surtout de qui a eu l'idée de l'Amie ?

François Poulain : Donc j'avais constaté depuis longtemps un besoin non pourvu, côté associations, et après je m'étais posé la question, à un moment de ma vie, éventuellement, de faire ça, en prestation par exemple. J'ai eu des occasions de travailler ou d'avoir des retours d'expériences avec des prestataires, et j'ai constaté que même avec les bonnes volontés du monde, on arrive à un moment où l’intérêt du prestataire n'est pas l’intérêt du client. Et du coup, ça me rebutait un peu. Je n'avais pas la formule à l'époque, mais ça me rebutait un peu. Il y a plein d'exemples. Il n'y a pas longtemps j'ai vu ça : un prestataire installe un ownCloud7 sur un serveur dédié. L'ownCloud n'est pas sécurisé, donc c'est en http. Ça veut dire que les identifiants de l'association transitent en clair sur l'Internet. Connaissant très bien le monde associatif, j'imagine que l'identifiant de l’association en question, c’était le même que tous les identifiants de tous les comptes, partout. Donc, ça veut dire que ce n'est pas un travail très réjouissant de mettre un truc avec une connexion en clair. Et donc la personne va voir le prestataire, sur mon conseil, lui dit : « Non, mais il faudrait déployer un certificat SSL, au moins auto-signé, pour que les données transitent en chiffré ». Et la personne répond : « Ouais, mais vous avez épuisé votre quota de maintenance. Là, il va falloir payer pour ça. » Voilà ! Et il y a plein d'exemples, même avec des bonnes volontés, où l’intérêt du prestataire n'est pas forcément l’intérêt du client.

Donc moi j'avais pris cette conscience, et puis j'avais un peu laissé passer, je faisais d'autres trucs qui m’amusaient. C'est en fréquentant les gens du monde des AMAPs que, un jour, je me suis dit « pourquoi pas, en fait ». Et puis, je suis intéressé aussi par un modèle autogestionnaire, et donc c’est venu comme ça.

Est-ce que ça se fait ailleurs ? Moi je n'en connais pas. Ça se fait dans d'autres domaines. C'est-à-dire que j'ai découvert des gens qui mettent en commun, par exemple, des outils de comptabilité, d'avoir un comptable partagé dans plusieurs structures. Il y a des trucs comme ça. En informatique je n'en connais pas. Ce qui se fait beaucoup, c'est de la maintenance sous forme d'abonnement. Il y a beaucoup de prestataires qui font ça, des fois bien, des fois mal. Des fois très bien, il n'y a pas de problème avec ça. En fait, quand je dis que les associations font beaucoup trop de prestations sans maintenance, ce n’est pas toujours vrai, ça dépend des assos, mais ça se fait.

Et est-ce que je suis accompagné ? Eh bien en fait, là où je vis, il y a un tissu, on va dire, d'acteurs de l'économie solidaire qui est assez dynamique, et donc, c'est aussi en rencontrant ces gens-là que ça rend possible. Je ne pourrais pas me lancer dans une aventure comme ça sans avoir un solide réseau autour de moi, puisque trouver, quand même, réussir à dégager dix mille euros, quinze mille euros ou vingt mille euros de chiffre d’affaires, il faut trouver les gens prêts à mettre au panier.

Public : Merci.

Public : Et du coup, par rapport au groupement d'employeurs, tu choisis de créer ton propre groupement d'employeurs, quelque part, alors que finalement ce sont des structures qui existent. Alors pourquoi tu fais le choix de créer le tien ?

François Poulain : C'est vrai que j'aurais pu imaginer me rattacher, me faire embaucher par une structure et faire de la prestation. Je ne m'y connais pas bien en droit fiscal, mais j'ai l'impression que ça serait attaquable comme, comment dire, non pas du travail dissimilé, de la concurrence déloyale.

Public : Il existe de la concurrence loyale. Ça existe, il y a des structures qui existent.

François Poulain : Ah d'accord. Du coup, moi je voulais un mouvement spécifique qui fasse de l’informatique à tendance libre auprès des structures.

Public : Le groupement d’employeurs, c'est un outil spécifique. Après, les profils qui sont regroupés dans ce groupement d'employeurs, ça peut être n'importe quel profil. Donc il faut juste regarder si sur ton territoire il y en a, et après, il est peut-être proche, enfin à 50 kilomètres, mais peu importe.

François Poulain : En l’occurrence il n'y en a pas, enfin il n'y en a pas tellement, que je sache. Pour moi ça ne me semblait pas une difficulté de fonder un groupement d'employeurs. Je fonde un groupement d’employeurs, comme je fonderais une association. D'ailleurs là, en l’occurrence, c'est une association qui a une activité de groupement d'employeurs. L’intérêt d'un groupement d’employeurs, pour moi, c'est que j'ai une seule feuille de paye. Et c'est tout quoi. C'est surtout un intérêt pratique, plutôt que de négocier un contrat de travail par structure.

Public : Mais tu te retrouves avec des frais de gestion. Enfin tu te retrouves à devoir faire de la gestion administrative aussi, en plus.

François Poulain : Ouais. Ça c'est une des raisons du choix de la forme associative. C'est, qu’en fait, les contraintes de gestion sont très faibles. Tu as juste les contraintes liées au fait que tu emploies un salarié. Aujourd'hui, avec un service comme le CE de l’URSSAF, c'est assez réduit. Il faut maintenir une petite compta, mais ce n'est pas quelque chose qui me fait peur. Ce sera moins compliqué que la compta de l'April que je tiens depuis cinq ans.

Rires

Et donc, le coût de gestion ne me fait pas trop peur. Mais par contre, je parlais tout à l'heure de grossir et d'avoir d'autres salariés. Un des problèmes de la forme associative, c'est qu'on ne peut pas associer les salariés à la gouvernance.

Public : C'est un peu limite.

François Poulain : Ouais. Mais je connais des associations qui sont très limitées par ça et c'est dommage. C’est le choix d'une structure type Scic qui permet de résoudre ce genre de problèmes. Le jour où il y a d'autres salariés et qu'on est plus gros et qu'on peut assumer des frais de gestion un peu plus conséquents, le passage dans une structure Scic est plutôt recommandé. Enfin, moi je le recommande.

Public : Je voulais savoir si, ça c'est une question aussi pour Libre Association, est-ce qu'il serait peut-être intéressant de recenser tous les acteurs, un peu comme ce projet aussi, les acteurs soit d'associations, de « prestations » entre guillemets de service pour les associations, de service évidemment en logiciel libre, et aussi les associations qui sont médiatrices, c'est-à-dire qui accompagnent, en fait, les associations au Libre. Ça serait peut-être intéressant de recenser ces acteurs et puis de les sensibiliser aux diverses formes économiques, formes de fonctionnement comme la vôtre.

Intervenant : On a commencé ce travail. Il n'est pas forcément systématiquement bien formalisé. D'abord, dans le Guide Libre Association, il y a quand même des structures qu'on a mises en référence, et puis, sur le wiki de travail de l'April, du groupe de travail, on a recensé toutes les structures dont on entend parler, justement à ces occasions-là. Il y en a, quand même, une bonne quantité qui y sont. J'ai rajouté l'Amie, je crois, de mémoire, mais il faudra que je vérifie. On a fait ce travail-là, pour l'instant il est sur un wiki. Après il faudrait faire ça, peut-être un peu plus propre, et puis l'organiser, le revoir un peu.

François Poulain : Sur un autre versant, je me rends compte que mon métier n'est pas la maintenance informatique, c'est quelque chose sur lequel je me forme sur le terrain. Je me rends compte que d'avoir un lieu de retour d'expériences ou de discussions, pour des gens qui font, par exemple, de la maintenance, de la gestion de parc, orienté utilisateurs finaux, ça ce serait intéressant. S'il y a des gens qui sont dans le métier et qui ont envie de partager des expériences pour savoir quelle est la bonne solution technique pour partager des fichiers, machin, truc ? Quelle est la bonne solution technique pour maintenir des logiciels sous Windows, avec des configurations automatiques, des installations automatiques, etc. ? J'ai plein d'idées sur des choses à tester, mais je serais très intéressé de partager mes expériences et de profiter des expériences des autres.

Intervenant : Encore une fois, Libre Association a, en partie, en grande partie, cette vocation-là. Par ailleurs, moi aussi, je suis des fédérations d'éducation populaire qui ont cette préoccupation. Alors je ne l'ai pas évoqué tout à l'heure dans la présentation, mais il y a une fédération d’éducation populaire, sur un territoire, en Moselle, qui a décidé, les salariés ont décidé, ont fait passer ça en CA, de migrer. Je les accompagne de loin parce que je ne suis pas sur le territoire, mais, effectivement, ils ont ces problèmes-là de connexion de l'imprimante, etc., et tout ça, il faut le partager. Parce qu'une fois qu'on a capitalisé ça, ça fait de l'expérience pour d'autres, et ça peut permettre d'aider. Donc oui, il faut partager. Alors la liste Libre Association8 c'est une clef, c'en est une.

François Poulain : Je parlais du versant technique, du coup, vraiment technique, quoi.

Intervenant : Ouais. À réfléchir.

François Poulain : Par contre, sur le volet besoins, services et tout, oui c'est le bon endroit, je n'hésiterais pas à y aller. Par contre sur le point de vue technique, je pense que si on se met à discuter de ça là, ça ne va pas être, forcément, le lieu bien, quoi. Je ne sais pas quelle forme ça prendra, mais s'il y a des gens que ça intéresse, eh bien n'hésitez pas à m'envoyer un mél9. Moi je n'ai pas encore de serveur de listes, mais ça va venir. Il y a plein de gens qui ont des serveurs de listes qui peuvent accueillir une liste en plus. J'ai des idées là-dessus. Bon, c’est fini.

Catégories: Le monde du libre

Revue de presse de l'April pour la semaine 31 de l'année 2016

April - 8 août, 2016 - 04:44

La revue de presse de l'April est régulièrement éditée par les membres de l'association. Elle couvre l'actualité de la presse en ligne, liée au logiciel libre. Il s'agit donc d'une sélection d'articles de presse et non de prises de position de l'association de promotion et de défense du logiciel libre.

En podcast.

Sommaire de la revue de presse de l'April pour la semaine 31

[myeurop.info] La lente marche de l'Open Source dans l'administration européenne

Par la rédaction, le jeudi 4 août 2016. Extrait:
> Les administrations des pays européens se convertissent lentement aux bienfaits des logiciels libres. A l'instar de la Bulgarie, qui vient de voter une loi obligeant ses services administratifs et gouvernementaux à proposer des sites en Open Source.
Lien vers l'article original: http://fr.myeurop.info/2016/08/04/la-lente-marche-de-l-open-source-dans-l-administration-europ-enne-14686

[la Croix] Mozilla et la communauté du panda roux

Par Paula Pinto Gomes, le mercredi 3 août 2016. Extrait:
> La société Mozilla est surtout connue pour son célèbre navigateur Internet Firefox, dont la mascotte est un panda roux, que beaucoup confondent avec un renard, au grand dam des salariés. Mais Mozilla c’est aussi une Fondation qui milite pour un Web ouvert et accessible à tous, à travers notamment un site destiné aux développeurs.
Lien vers l'article original: http://www.la-croix.com/Sciences-et-ethique/Numerique/Mozilla-et-la-communaute-du-panda-roux-2016-08-03-1200779865

[Next INpact] La députée Attard veut (encore et toujours) connaître les dépenses logicielles des ministères

Par Xavier Berne, le mardi 2 août 2016. Extrait:
> Pour la quatrième année consécutive, la députée Isabelle Attard demande aux différents ministères de dévoiler leurs dépenses en logiciels, propriétaires et libres. Ses dernières initiatives ne s'étaient toutefois pas révélées très fructueuses...
Lien vers l'article original: http://www.nextinpact.com/news/100842-la-deputee-attard-veut-encore-et-toujours-connaitre-depenses-logicielles-ministeres.htm

Et aussi:
[Next INpact] Début du marathon pour les décrets d’application de la loi Numérique

[Next INpact] TP-Link réouvre la voie aux firmwares open source sur ses routeurs

Par Guénaël Pépin, le mardi 2 août 2016. Extrait:
> Aux États-Unis, TP-Link a accepté de payer 200 000 dollars pour avoir enfreint les limites d'émission Wi-Fi sur certains routeurs. Dans le même temps, le fabricant doit aussi permettre à nouveau l'installation de firmwares tiers, en s'assurant de respecter la règlementation américaine.
Lien vers l'article original: http://www.nextinpact.com/news/100848-tp-link-reouvre-voie-aux-firmwares-open-source-sur-ses-routeurs.htm

[vousnousils] Partenariat Microsoft / Education nationale: un accord illicite?

Par Fabien Soyez, le lundi 1 août 2016. Extrait:
> EduNathon, qui regroupe des acteurs du "numérique libre", poursuit son action contre le partenariat Education nationale / Microsoft... en justice. Il dénonce un accord "illicite".
Lien vers l'article original: http://www.vousnousils.fr/2016/08/01/partenariat-microsoft-education-nationale-un-accord-illicite-591249

Voir aussi:
Quand Microsoft instrumentalise l'Éducation Nationale

[LeDevoir.com] Un autre monde numérique est possible

Par Boris Proulx, le samedi 6 août 2016. Extrait:
> Le comité des «libristes» du Forum social mondial (FSM) de Montréal entend propager l’idée qu’il est possible d’émanciper la planète du joug de ces entreprises qui verrouillent leurs codes informatiques et qui génèrent un profit sur les informations personnelles de leurs usagers. À l’heure où l’information peut être copiée à l’infini et à coût pratiquement nul, les lois protégeant la propriété intellectuelle sont contestées par les militants, qui rêvent à l’émergence d’un monde où le savoir se transmet sans barrières.
Lien vers l'article original: http://www.ledevoir.com/societe/actualites-en-societe/475953/un-autre-monde-numerique-est-possible

Note

Les articles de presse utilisent souvent le terme « Open Source » au lieu de Logiciel Libre. Le terme Logiciel Libre étant plus précis et renforçant l'importance des libertés, il est utilisé par l'April dans sa communication et ses actions. Cependant, dans la revue de presse nous avons choisi de ne pas modifier les termes employés par l'auteur de l'article original. Même chose concernant l'emploi du terme « Linux » qui est généralement utilisé dans les articles pour parler du système d'exploitation libre GNU/Linux.

Catégories: Le monde du libre

Revue de presse de l'April pour la semaine 30 de l'année 2016

April - 2 août, 2016 - 04:51

La revue de presse de l'April est régulièrement éditée par les membres de l'association. Elle couvre l'actualité de la presse en ligne, liée au logiciel libre. Il s'agit donc d'une sélection d'articles de presse et non de prises de position de l'association de promotion et de défense du logiciel libre.

En podcast.

Sommaire de la revue de presse de l'April pour la semaine 30

[Houssenia Writing] J’utilisais Linux avant même ta naissance

Par Carla Schroder, le vendredi 29 juillet 2016. Extrait:
> À une époque, il n’y avait pas de Linux. Il y avait plusieurs versions d’Unix, il y avait Apple et Microsoft Windows. En mode, c’était mieux avant, une utilisatrice de Linux nous raconte le chemin totalement pourri de la technologie actuelle.
Lien vers l'article original: https://actualite.housseniawriting.com/technologie/2016/07/29/jutilisais-linux-avant-meme-ta-naissance/17035

[France Info] Le Geek de A à Zeid: Open Source

Par Jean Zeid, le jeudi 28 juillet 2016. Extrait:
> Tout l'été avec Jean Zeid, France Info décrypte les expressions issues des nouvelles technologies et qui se sont peu à peu imposées, parfois jusque dans les pages des bons vieux dictionnaires. Le mot du jour: Open Source.
Lien vers l'article original: http://www.franceinfo.fr/emission/le-geek-de-zeid/2016-ete/le-geek-de-zeid-open-source-29-07-2016-07-41

Et aussi:
[la Croix] L'aventure de GNU/Linux

[Next INpact] Le partenariat entre Microsoft et l’Éducation nationale en piste pour les tribunaux

Par Xavier Berne, le jeudi 28 juillet 2016. Extrait:
> L’accord conclu l’année dernière entre Microsoft et le ministère de l’Éducation nationale continue de faire des vagues. Alors qu’un parlementaire interpelle l’exécutif, le dossier s'apprête à prendre un tournant judiciaire.
Lien vers l'article original: http://www.nextinpact.com/news/100778-le-partenariat-microsoft-et-l-education-nationale-en-piste-pour-tribunaux.htm

Voir aussi:
Quand Microsoft instrumentalise l'Éducation Nationale

[SciencePost] Edward Snowden a conçu un boitier pour iPhone contre les écoutes!

Par Yohan Demeure, le lundi 25 juillet 2016. Extrait:
> L’informaticien lanceur d’alerte a conçu une coque pour iPhone destinée à protéger les journalistes et autres activistes de la surveillance des États. En exil en Russie depuis 2013, l’américain ne reste pas inactif et poursuit son combat.
Lien vers l'article original: http://sciencepost.fr/2016/07/edward-snowden-a-concu-boitier-iphone-contre-ecoutes

Voir aussi:
Position de l'April sur la surveillance généralisée

[Le Monde.fr] «Civic Tech»: des applis pour doper la démocratie en ville

Par Claire Legros, le jeudi 14 juillet 2016. Extrait:
> Les plateformes se multiplient pour proposer aux municipalités de renforcer le dialogue avec leurs habitants. Quels enjeux pour la démocratie locale? Premier volet de notre série sur les «Civic Techs».
Lien vers l'article original: http://www.lemonde.fr/smart-cities/article/2016/07/14/civic-tech-des-applis-pour-doper-la-democratie-participative_4969481_4811534.html

Note

Les articles de presse utilisent souvent le terme « Open Source » au lieu de Logiciel Libre. Le terme Logiciel Libre étant plus précis et renforçant l'importance des libertés, il est utilisé par l'April dans sa communication et ses actions. Cependant, dans la revue de presse nous avons choisi de ne pas modifier les termes employés par l'auteur de l'article original. Même chose concernant l'emploi du terme « Linux » qui est généralement utilisé dans les articles pour parler du système d'exploitation libre GNU/Linux.

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Projet de loi pour une République numérique - Tristan Nitot CNNum- POSS 2015

April - 2 août, 2016 - 03:17


Titre : Projet de loi « pour une République numérique »
Intervenant : Tristan Nitot
Lieu : Paris Open Source Summit 2015
Date : Novembre 2015
Durée : 16 min
Licence: Verbatim
Pour visionner la vidéo

Transcription

Je voulais vous parler du projet de loi dit Lemaire, Axelle Lemaire, qui vient d'être transmis au Conseil d’État. Il a eu, quand même, une longue histoire, une histoire intéressante. Déjà il intervient onze ans après la LCEN1, la loi confiance dans l'économie numérique, qui était de 2004. Là on est en 2015, et ce projet de loi arrive. Alors, si vous voulez, il faut se remettre dans le contexte de 2004, qu'est-ce qui est arrivé depuis 2004 ? Déjà, avant, en 2004, on avait un ordinateur, maintenant on en a trois. Maintenant on a un ordinateur de bureau, on a un smartphone et on a un cloud, parce que vous ne le savez pas, parce qu'il n’est pas à vous, mais, en fait, vous utilisez au moins trois ordinateurs, probablement beaucoup plus. Souvenez-vous, le smartphone, le premier iPhone, c'est 2007. Donc au moment de la LCEN, le smartphone n'était pas vraiment sur l'écran radar de la plupart des gens, et évidemment, il convenait de moderniser la loi. Et puis il n'y a pas eu que ça, quand même, les objets connectés, la Big Data et évidemment, en juin 2013, les révélations d'Edward Snowden2. Tout ça a fait que, vraiment, beaucoup de choses ont changé dans le numérique et qu'une loi numérique s'imposait.

Ce qui est intéressant c'est que la démarche du projet de loi a été faite d'une façon très novatrice. D’abord, Axelle Lemaire a confié au Conseil national du Numérique, le CNNum3, dont je suis un des membres, de faire d'abord une concertation, en fait, sur Internet, mais pas seulement, aussi dans la vraie vie, à Paris et dans les régions, faire des ateliers, en faisant appel aux citoyens et aux professionnels, pour construire ce qu'on voudrait voir dans un projet de loi. Et ça a été beaucoup de contributions, ça a été des centaines d'heures de travail. J'ai fait des ateliers, par exemple à Strasbourg, où il y avait plusieurs ateliers en simultané. On faisait venir des gens qui voulaient participer, on a abordé un certain nombre de sujets. Des genres de BarCamp, si vous voulez, mais autour de ce qu'on voulait voir dans la loi numérique. Ça a été synthétisé par un rapport4 fait par le Conseil national du numérique, 400 pages et 70 propositions. Je peux vous assurer que ça a été compliqué, parce qu'en fait, il a fallu synthétiser toutes ces propositions, ces suggestions, en 70 propositions qui sont concrètes, qui se tiennent, et qui, finalement, constituent, on pourrait le dire, la doctrine du CNNum.

C'est évident qu'entre les milliers de contributions qu'il y a eu lors de ces ateliers et aussi sur la plateforme en ligne, eh bien il y avait des contributions qui étaient contradictoires. Évidemment on ne peut pas retenir deux contributions contradictoires. Il y en a qui étaient farfelues, d'autres qui étaient hors-sujet. Donc, au milieu de tout ça, il a fallu faire un tri, et abandonner un certain nombre de contributions, volontairement.

Parmi ces 70 propositions présentées au Premier ministre le 18 juin, évidemment, il y a eu, ensuite, une sélection qui a été faite par le cabinet d'Axelle Lemaire, et en contribution avec les autres ministères, pour décider de ce qui allait être mis dans la loi numérique. Donc, là encore, un deuxième niveau de sélection. On verra, il y a certains ministères qui ne sont pas toujours d'accord avec certaines approches, et ça a donné lieu, ensuite, à un projet « République numérique », en ligne, où chacun a pu proposer des amendements, modifier des amendements, voter pour des amendements, et les chiffres sont, tout simplement, étonnants, avec 20 000 contributeurs, ça ne s’était jamais vu auparavant de faire une loi comme ça, de façon contributive : plus de 20 000 contributeurs, près de 150 000 votes, en quelques semaines. C’était vraiment une participation massive.

Évidemment on ne peut pas, là encore, tout mettre dans une loi numérique, parce que ce serait tout simplement impossible, et il a fallu, encore une fois, faire le tri. Le projet de loi a été transmis au Conseil d’État. Je vous propose, très rapidement, de faire un tour d'horizon de ce qui a été retenu et de ce qui ne l'a pas été.

J'ai retenu huit grandes choses. La première c'est la portabilité des données. Je cite : « La restitution des données s'opère dans des formats ouverts, aisément réutilisables, et lisibles par des automates ». la portabilité des données c'est un concept qui est relativement nouveau, mais qui rappelle, aussi, certains vieux combats autour des formats bureautiques, où déjà, dans les années 90, on ne voulait pas être otage d'un logiciel propriétaire. Mais là, maintenant, on est à l'ère du cloud. Comment est-ce qu'on fait pour récupérer des données, pour migrer : récupérer ses données personnelles et puis les migrer dans un autre service, il faut avoir la portabilité des données.

Si vous avez à l'esprit la neutralité du Net qui est, je dirais, un grand classique et quelque chose d'absolument fondamental qui est aussi concerné par ce projet de loi, eh bien, pour moi, la portabilité des données, c'est la neutralité du Net + 1. C'est-à-dire que c'est un autre élément, qui est essentiel, pour permettre à des jeunes pousses de concurrencer des plateformes qui sont très établies. Il faut, pour ça, que l'utilisateur puisse récupérer ses données et les transmettre sur un autre service plus jeune, plus innovant, et c'est la condition sine qua non pour qu'on puisse se débarrasser ou, au moins, pouvoir quitter des plateformes qui sont des oligopoles.

Deuxièmement, justement, la loyauté de ces plateformes. Les plateformes sont devenues tellement importantes et des intermédiaires tellement importants, qu'on se rend compte qu'il est essentiel que ces plateformes soient loyales, ce qui n'est pas toujours le cas. Elles peuvent favoriser, en particulier, leurs propres services, c'est-à-dire que même leurs propres services, moins bons que ce qu'il y a sur le marché, elles peuvent les favoriser et les imposer. Ce qui pose, évidemment, un problème vis-à-vis de l’utilisateur final et du citoyen, qui se retrouve poussé dans les bras d'un service moins bon, sous prétexte que la plateforme, déjà, contrôle l'accès.

Un autre point, très important à mon sens, c'est que la CNIL a vu son caractère dissuasif, le caractère dissuasif de ses sanctions, se voir amplifié, amélioré, et ça, ça fait du bien. Et aussi, la promotion de la cryptographie par la CNIL, sujet important ces derniers temps, s'il en est, qui va de pair avec le renforcement du secret des correspondances privées.

Autre sujet qui me tient à cœur : l'accessibilité des sites Web, en particulier au niveau des administrations. Ça c'est essentiel dans la mesure où on veut faire l'administration électronique, et c'est une bonne chose pour plus d'efficacité des relations avec l'administration. Il ne faut pas laisser sur le bord de la route des usagers de cette administration qui n'auraient pas des besoins conformes à la moyenne. Donc l'accessibilité des sites Web, en particulier des administrations, est tout à fait essentielle. J'aimerais bien que ça le soit, en plus aussi, pour tout le monde, et pas que l'administration.

Autre nouveauté : maintien de la connexion internet pour des personnes en incapacité de paiement. Là encore, c'est tellement important d'avoir Internet pour trouver un boulot, pour rester connecté à l'administration et à tout le reste que, si on a des problèmes pour payer son abonnement internet, ce maintien de connexion pour les personnes en incapacité de paiement est quelque chose d'important

Autre point : la neutralité du Net qui est maintenant confiée à l'ARCEP5. Essentiel, c'est un progrès important de voir la neutralité du Net confirmée là-dessus.

Et, excellente surprise d'un jeune internaute qui a fait une proposition obligeant les fournisseurs d'accès à permettre l'auto-hébergement, qui est un sujet qui me tient à cœur. J'ai trouvé ça génial que ce jeune internaute, qui explique sur son blog qu'il en discutait avec ses colocs, visiblement il est étudiant à la fac, il n'a pas beaucoup de sous, il fait un truc, ça arrive et paf, ça finit dans le projet de loi. Je trouve que c’est une excellente surprise pour nous citoyens, et c’est quand même assez génial, parce que ça révèle la participation, en fait, à ce projet de loi.

Mais tout n'est pas complètement rose fuchsia, dans le monde merveilleux de cette loi numérique. Il y a des choses qu'il faudrait qu'on précise. J'en vois, en particulier, deux.

D'une part, sur la neutralité du Net, il y a quelque chose qui s'appelle le zéro-rating, qui est toujours autorisé. Le zéro-rating c'est, par exemple, vous avez un abonnement 3G et vous avez YouTube en illimité, ou Dailymotion en illimité, mais pas le concurrent. Et ça, c'est une grave entorse à la neutralité du Net, et ça pose un vrai problème. Juste pour vous donner une idée, dans des pays comme dans l'Inde, au Pakistan, aux Philippines, il y a eu des études qui ont été faites, le zéro-rating est mis en place par Facebook, et la plupart des gens, en fait, mais plus de 70 % des gens, pensent que Internet c'est Facebook. Parce que, en fait, quand vous achetez un forfait data, tout est payant, sauf l'accès à Facebook et à Wikipédia. Et les gens pensent qu'ils utilisent Internet, alors qu'en fait ils ne sortent jamais de Facebook. Donc, c'est une vraie préoccupation qu'il faut avoir, et ça, on aimerait bien que ça soit rajouté dans la loi, pour que le zéro-rating ne soit pas accepté dans le cadre de la neutralité du Net.

Portabilité des données, dont je vous parlais tout à l'heure, là aussi, quelque chose à améliorer. Il faudrait qu'une fois qu'on a importé ses données et qu'on les a récupérées, qu'on puisse les supprimer du service qu'on a quitté et ça ce n'est pas précisé dans la loi. Ça serait évidemment très important.

Et enfin, il y a des lacunes. C'est-à-dire qu'il y a des opportunités manquées dans cette loi, des choses qu'on aurait vraiment aimé voir et qui, suite à des arbitrages ont été sorties. La première c'est sur les biens communs, le domaine commun informationnel, autrement dit le domaine public. Là-dessus, là il y a eu un blackout total par, on va dire, des professionnels de la culture, qui ont fait supprimer tout l'article relatif au domaine public. Alors là c'est vraiment dommage parce que ça va augmenter les risques de copyfraud, c'est-à-dire l'utilisation abusive du copyright pour protéger des œuvres qui ne devraient pas être protégées par le copyright.

Une autre occasion ratée, énorme, autour de la liberté de panorama, qui est essentielle, par exemple, pour Wikipédia. Vous ne pouvez pas prendre une photo des Jardins du Louvre ou de la Tour Eiffel éclairée. Vous ne pouvez pas faire de panorama autour de ces endroits-là, parce que la lumière de la Tour Eiffel et la Pyramide du Louvre sont faites par des artistes qui ne sont pas morts depuis plus de 70 ans. Et ça c'est très gênant, et en France on est très en retard là-dessus, là où d'autres pays, comme l'Angleterre, par exemple, ont fait comme l'Europe le recommandait et autorisé le droit de panorama.

Et, dernier point où vraiment il y a une opportunité manquée, c'est la possibilité d'une action collective sur la protection des données personnelles. Évidemment, quand vous êtes un internaute lambda et que vous voulez faire face à un GAFA, ça va être difficile de relever vos manches et de l'attaquer en justice. Si on pouvait faire une action collective, évidemment, ça rétablirait l'équilibre, avec la possibilité de mutualiser, en fait, des milliers, potentiellement, d'internautes face à une très grande société américaine, pour faire bouger la balance.

Voilà. Du bon, du moins bon, et du mauvais. Forcément, la vie est ainsi faite ! Et on peut se poser la question de, finalement, est-ce que cette loi, c'est une réussite ou c'est un échec ? C'est compliqué. Je pourrais vous dire que dans un verre à moitié rempli, il peut être à moitié plein ou à moitié vide, c'est une façon de voir les choses. Seulement, là c'est un petit peu différent, en ce sens que certains ont pu s'imaginer que le verre allait être immense, parce qu'on allait tous pouvoir contribuer, des suggestions, des demandes d'améliorations, etc. Et puis, au final, on se retrouve avec quelques décisions qui, à mon avis, sont essentielles, qui sont un vrai progrès. Et par rapport à quoi on mesure ? Eh bien c'est-à-dire que si on était réaliste au départ et, à force, presque trois ans maintenant que je suis au CNNum, j'avais des attentes relativement mesurées là-dessus, et donc, à ce titre, j’apprécie beaucoup le travail qui est fait et le progrès qui est réalisé au niveau de la loi Lemaire. Mais si on s'attendait à ce que toutes les suggestions soient prises en compte, évidemment, on peut être déçu. Maintenant il faut être réaliste.

Et puis maintenant, qu’est-ce qu'il reste à faire ? Eh bien on en est là. On a les propositions, elles sont bien, elles peuvent être améliorées, mais aussi elles peuvent passer à la trappe. Je commence à voir, déjà, du lobbying autour de la portabilité des données, de façon à empêcher ça. C'est-à-dire que les grandes plateformes sont déjà à la manœuvre, en disant : « Ah oui, mais vous comprenez, ce n'est pas possible, c'est compliqué, ça va coûter cher, etc. » Oui, mais c'est vraiment très important. On entend exactement la même chose pour la neutralité du Net, et à peu près tout. Dès lors qu'il y a beaucoup d'argent, effectivement concerné, il y a surtout le monopole des grandes plateformes qui serait mis en jeu si les gens pouvaient quitter ces plateformes en prenant leurs données avec eux.

Donc il ne faut rien lâcher, il faut être très attentif. Il y a un SAV, si vous voulez, un service après-vente à faire au niveau de cette loi, alors qu'elle va suivre son processus législatif. Donc des grands progrès ont été faits. Ne perdons pas de vue que, aujourd'hui, ils ne sont pas concrètement, encore, inscrits dans la loi. Restons vigilants, il en sortira quelque chose de très beau. Merci.

Catégories: Le monde du libre

Rencontre Août 2016 - Réécrire L’histoire Avec Git - BBQ inter-communautés

PHP Québec - 27 juillet, 2016 - 20:09

La prochaine rencontre se tiendra le 4 août au Centre cloud.ca. Pronexia va fournir les rafraîchissements et la pizza. Nous allons avoir une présentation. Aussi, ce samedi, les gens de YulDev organisent un BBQ pour les communautés de Montréal.

Inscrivez-vous sur Meetup. 

Combien: Gratuit
Quand: 4 août, 18:30 pour les breuvages, la pizza et le réseautage. 19:00 pour la session.
Où: Le Centre cloud.ca
420 rue Guy
Montreal
H3J 1S6

Réécrire l’histoire avec Git

Sébastien Ballangé

Qu’il s’agisse d’un oubli, d’une faute de frappe ou encore de réparer une grave erreur qui n’aurait jamais dû être “committée”, Git fournit plusieurs outils pour faire disparaître sous le tapis toutes ces maladresses indésirables. Mais ces outils ne servent pas qu’à masquer vos traces, vous pouvez aussi les utiliser dans votre workflow pour simplifier ou nettoyer votre travail.

Comme toujours avec Git, plus l’outil est puissant, plus les risques de catastrophes sont élevés, nous verrons donc comment se sortir des situations délicates sans perdre vos cheveux.

2016 BBQ inter-communautés

Venez manger un burger et boire une bière en l'excellente compagnie de développeurs de toutes les communautés de Montréal!

Grâce au soutien financier et logistique de plusieurs sponsors, YulDev vous offre une activité de réseautage mémorable.

Au menu

• Chapiteau de 225 m² pouvant accueillir 150+ personnes

• Terrasse sur pilotis avec vue sur le Lac de l'Île Notre Dame

• Accès à la plage et à un terrain de volley-ball privé

• Hamburgers 100% boeuf et végétariens

• Bière de microbrasserie, GURU et boissons gazeuses

• Vue des feux de cloture de l'International des Feux Loto-Québec

• Stationnement gratuit inclus

Venez en grand nombre, c'est un rendez-vous à ne pas manquer!

Vous pouvez vous inscrire sur Meetup.

Catégories: Le monde du libre

Logiciel libre et monde associatif : état des lieux - Laurent Costy - RMLL2015

April - 26 juillet, 2016 - 11:00


Titre : Retour sur les rapports entre associations et logiciels libres
Intervenant : Laurent Costy
Lieu : RMLL2015 - Beauvais
Date : Juillet 2015
Durée : 33 min 38
Licence : Verbatim
Pour visionner la vidéo

Présentation

Il s’agira de regarder comment évoluent la prise en compte, par les associations 1901, des logiciels libres dans leur quotidien suite à l’enquête menée par le groupe de travail Libre Association de l’April sur ce sujet fin d’année 2014 et début d’année 2015.
231 associations ont ainsi rempli entièrement le questionnaire et ces réponses seront présentées et comparées pour certaines d’entre elles, aux résultats d’un questionnaire proche mis en place en 2008/2009.

Transcription

Bonjour à tous. Je vous propose de commencer puisque la conférence était censée commencer à 14 heures. Je vous rappelle très rapidement le thème, même si je pense que vous savez pourquoi vous êtes là. L'idée c'est de parler de logiciel libre et de monde associatif, et de cibler plus particulièrement un état des lieux, suite à un questionnaire qui a été émis fin d'année 2014, début d'année 2015. Les résultats qui vont être présentés brossent, une partie des résultats, mais pas l'ensemble, évidemment, on n'aurait pas le temps aujourd'hui. Pour l'instant il n'y a pas encore eu de note de synthèse qui a été produite et diffusée, parce qu'elle est encore en cours de finalisation. Elle devrait finir dans le courant du mois de juillet, et puis je pense qu'on aura ça disponible sur le site de l'April1 au mois de septembre. Dans la présentation vous avez toutes les adresses qui vous mentionneront le lieu où vous pourrez trouver la synthèse, enfin l'analyse de toutes les questions qui avaient été posées fin 2014, début 2015.

Je me présente très rapidement. Moi je suis Laurent Costy, administrateur de l'April, et puis je m'occupe plus particulièrement, depuis 2007, de toute la question du rapport entre logiciel libre et associations, vous l'avez compris. Je vous ai rappelé le site libreassociation.info, qui est une déclinaison, qui est hébergé sur les serveurs de l’April, bien sûr, puisque c'est un groupe de travail au sein de l'April, et puis je vous indique aussi la liste, enfin l'adresse qui vous permet de vous inscrire à la liste mail Libre Association2, qui compte 240 inscrits, où on discute, effectivement, de toutes les questions associations et logiciel libre. Sur cette liste-là, on retrouve à la fois des gens qui sont très techniques, techniciens du logiciel libre, mais aussi beaucoup de personnes au sein d'associations qui souhaitent faire migrer leurs associations vers du logiciel libre, toujours plus de logiciel libre. D'ailleurs c'est beaucoup de personnes qui sont plutôt milieu associatif. On essaie de faire le lien entre les techniciens, alors « techniciens » entre guillemets, parce que techniciens, il faut entendre beaucoup de choses, mais entre techniciens et les membres d'associations.

Les associations en France

Très rapidement je vous ai brossé un paysage associatif en France. C'est important, quand même, de fixer les idées parce que c'est vrai qu'on ne prend pas forcément conscience de ce que ça représente sur le territoire. On est toujours, évidemment dans les médias, en train de parler des entreprises, de ce qu'elles produisent au niveau du PIB, etc., mais on oublie complètement la partie associative parce qu'elle est souvent dans l'état d’esprit comme quelque chose qui ne produit rien. Ceci étant, ce n'est pas du coup le cas. En France, alors ça, ça date de 2014, les chiffres, en France on avait 1,3 millions d'associations, ce n'est quand même pas neutre. Et puis on estimait qu'un Français sur deux était membre d'une association. Évidemment c'est inégal en fonction du territoire, etc., en tout cas ce n'est quand même pas négligeable sur la France.

Vous avez quelques chiffres en termes de thématiques associatives. C'est vrai que les associations les plus nombreuses ce sont les associations sportives, donc elles ne sont pas classées par ordre, mais en tout cas, ce sont les associations sportives. En général c'est la santé qui vient derrière. Alors après, évidemment, en fonction de la manière dont on classe, on a des différences, mais voilà, sport, santé, défense des droits et des causes, et puis l'éducation, action humanitaire. Là il y a le nombre d'associations et puis après, évidemment, il y a le poids, parce qu'il y a des associations qui emploient, par exemple, beaucoup plus de salariés que d'autres et puis surtout qui ont des budgets plus importants. Dans la santé, on sait que c'est là que les budgets sont les plus importants parce qu'il y a souvent délégation de service public, etc.

Je ne vais pas épiloguer, c'est pour avoir une représentation, un peu, du paysage associatif français. Si vous avez des questions là-dessus, de toutes façons il y a beaucoup de chiffres qui sont produits qui sont sur les sites de référence, en particulier Le Mouvement associatif3 qui coordonne, enfin qui représente la vie associative, auprès des ministères, en France.

1,3 millions d’associations, ça représente 24 millions de bénévoles. Contre les idées reçues il faut savoir, quand même, que le bénévolat ne décroît pas. On entend souvent : « Oh, je n'arrive pas à trouver des bénévoles dans mon association ». En fait, la réalité est plus complexe. C'est-à-dire que les associations continuent de croître, le nombre de bénévoles continue de croître, mais la manière de s'impliquer dans les associations change. C'est-à-dire qu'avant on avait des gens qui étaient capables de s'impliquer sur une unique association et y passaient tout leur temps. Maintenant les gens ont souvent des spécialités et préfèrent s'investir dans différentes associations sur leurs spécialités, par exemple. C'est ça qui va faire changer un peu les états d'esprit par rapport à tout ça. Donc voilà, il y a quelques indicateurs, comme ça, qu'il est important d'avoir en tête, pour lutter un peu contre les idées reçues.

Les volontaires, puisque c'est assez récent aussi dans le paysage associatif, le Service Civique qui se met en place et qui monte en puissance. Vous avez entendu les préconisations de M. Hollande. En termes de salariés ça représente 1,8 millions de salariés en France. Encore une fois, ce n'est pas neutre, et 1,7 milliards d'heures travaillées, ça, vous n'avez peut-être pas les chiffres en tête. En tout cas, ce qu'il faut peut-être retenir de tout ça, c'est que l'ESS, donc ce n'est pas que le milieu associatif, puisqu'à l'ESS, l’Économie Sociale et Solidaire4, il faut rajouter après les fondations et les mutuelles, représente 10 % de l'emploi privé en France. Donc c'est quand même assez considérable.

Et puis, chiffre important aussi, c'est que sur ces 1,3 millions, seulement 15 % de ces 1,3 millions ont des salariés. Donc la majeure partie des associations en France, finalement, n'ont que des bénévoles. D'accord ! Évidemment, il peut y avoir des associations avec un nombre de salariés très important, quand on rentre sur des associations de santé, des services à la personne, etc., il peut y avoir énormément de personnes.

Contexte &cadre de l’enquête

J'en ai terminé avec ça, c’était important de refixer un peu le contexte associatif en France et, du coup, je m'intéresse à l'étude qui a donc été menée, cette fin 2014, début 2015, donc ça été étalé, je pense, sur trois mois, je n'ai plus les dates exactes en tête, mais c'est entre, je crois que c'est 15 novembre jusqu'à fin février, où on a mis en ligne un questionnaire destiné aux associations, pour continuer à essayer de mieux connaître, un peu, leur rapport au logiciel libre. Pour faire ça, on a utilisé LimeSurvey, que certains connaissent peut-être, qui est un logiciel libre, qui permet de faire des enquêtes, qui est un logiciel assez abouti. Évidemment, ça reste un peu compliqué à appréhender comme logiciel au départ, il faut quand même investir un peu de temps, mais comme tout logiciel, je dirais, mais une fois qu'on l'a en main, c'est vrai que ça permet de mener ce type d’enquête et de dépouiller. On est dans le dépouillement. Complémentairement, évidemment, on a utilisé LibreOffice, Ngnumeric et puis Inskcape. Pourquoi Ngnumeric et Inskape ? Parce que, pour exporter des graphiques, finalement, pour exporter du SVG, Ngnumeric est pratique, alors que LibreOffice Calc ne le fait pas, je crois.

Une de nos attentions c'était de faire attention de ne pas trop interroger d'associations libristes. Il fallait qu'on ait des retours d'informations d'utilisateurs, je dirais lambda, pas des associations qui sont déjà sensibilisées au Libre, parce que ça aurait faussé un peu notre enquête. On a estimé qu'on avait moins de 5 %. Alors c'était important aussi d'avoir leur avis parce qu'elles préconisent aussi des choses, et puis elles sont en interaction avec des associations qui ont besoin de Libre, mais, en tout cas, on ne voulait pas trop d'associations libristes, donc on estime à moins de 5 %, une dizaine d'associations libristes, qui ont répondu. Il faut l'avoir en tête parce qu'il y a certaines questions pour lesquelles ça influence un peu les données, mais ça reste raisonnable par rapport aux conclusions qu'on peut tirer.

Il n'y a pas eu pas eu de questionnaires papier renvoyés, malgré le fait qu'on avait rendu ça possible. Évidemment, il y a plusieurs possibilités. D'abord, ceux qui ont eu l’information, c'était d'abord de l'information numérique par les réseaux numériques donc, de fait, les gens qui sont déjà réticents à du papier, ne sont pas sur les canaux de distribution numérique de cette information-là. Il faudrait creuser cette question-là mais, en tout cas, on n'a pas eu de retours papier alors qu'on pouvait télécharger, imprimer le fichier. Mais il aurait fallu, aussi, pouvoir envoyer de manière papier des questionnaires à des associations complètement isolées sur les territoires. Et là, on aurait peut-être eu des retours papier.

On avait déjà mené une enquête, un peu du même type, alors pas avec les mêmes questions, c'est pour ça qu'on ne va pas, dans la grande majeure partie des questions, on ne va pas pouvoir les comparer entre 2008 et 2009. Sur certaines questions on va pouvoir le faire, mais très peu, finalement, mais on avait déjà, quand même, mené une enquête avec le groupe Libre Association de l'April en 2008/2009. On avait eu 396 associations qui avaient rempli entièrement le questionnaire à cette époque-là, et on avait pu faire une première analyse et, du coup, fixer quelques éléments. Donc c'est en orange ici parce que le lien est actif. Donc ça veut dire que si vous cliquez sur « Une précédente enquête », vous êtes renvoyé sur le site libreassociation.info, et vous avez accès à l'analyse qui avait été produite à l'époque, donc qui commence à dater, mais, en tout cas, qui restera un témoin de cette période-là.

Pour cette session, on a eu moins de répondants. On n'a eu que 231 associations qui ont répondu, enfin que, comparativement à 2008/2009. Il y a eu 446 questionnaires qui ont été entamés mais qui n'ont pas été terminés. Donc là, ce sont des gens qui sont confrontés, peut-être, à des questions qui les dépassent, qui ne comprennent pas les questions. Ça, il faudrait pouvoir l’analyser, on est un peu en cours de dépouillement. On estime que, quand même, sur 231 associations, ça fait de la matière pour avoir des tendances. On ne peut pas conclure, on ne peut pas généraliser, évidemment, avec 231 associations, mais ça nous donne quand même quelques tendances, surtout quand on les corrèle avec d'autres enquêtes sur du numérique, « numérique » entre guillemets, parce qu'il y a eu des débats sur plusieurs listes. En tout cas, quand on corrèle ces résultats avec d'autres études que je mentionne après, ou, en tout cas, que je mentionnerai, enfin qu'on mentionnera dans la synthèse, ça permet d'avoir, quand même, des tendances confirmées. Là vous avez une capture d'écran de ce que c'est que l'interface de gestion de LimeSurvey, alors ce n'est pas très explicite, mais, en tout cas, ça vous donne un aperçu.

On avait découpé le questionnaire en trois et, au total, ça représentait 42 questions, on ne l'a pas fait exprès :

  • Production de contenus, logiciels de diffusion et travail collaboratif
  • Logiciels utilisés, et puis
  • Objet et contexte de l'association, pour vérifier qu'on n'avait pas qu'une frange d'associations qui répondait, ce qui n'aurait vraiment pas rendu pertinents les résultats obtenus.
Quelques résultats estimés intéressants Objet et contexte de l'association

Par rapport au contexte de l'association, je vous ai collé ce graphique-là, je ne sais pas quoi en faire, en fait. C'est le nombre d'adhérents moyen, par association qui a répondu. Ça veut dire qu'on a, à la fois, des toutes petites structures associatives avec moins de 5 adhérents et puis, la majeure partie des répondants, elle se situait avec des adhérents compris entre 50 et 200 adhérents. Donc on est plutôt sur des petites, moyennes associations.

Public : C'est quoi le chiffre moyen ?

Laurent : Entre 51 et 200. C'est la majeure partie des associations qui ont répondu. Ce qui est un peu plus étonnant c'est le fait que, finalement, 50 % des associations qui ont répondu avaient des salariés. Donc vous voyez qu'on est très loin de ce que je disais tout à l'heure, des 15 % d'associations qui avaient des salariés. Donc ce n'est pas très représentatif par rapport à ça. Ceci étant, on peut l'expliquer. C'est-à-dire que les associations qui ont des salariés, eh bien sont sur les réseaux, ont un peu plus de temps pour capter ce genre d'information, et puis décider de remplir ce questionnaire pour la structure dans laquelle ils sont. Les structures associatives qui n'ont que des bénévoles, elles vont consacrer le temps qu'elles ont d'abord à l'objet de l'association, et un peu moins de temps que les salariés. D’accord ? C'est sans doute pour ça qu'on a une tendance forte d'avoir des associations répondantes avec des salariés. Et par ailleurs, évidemment, on constate que, même si elles ont des salariés, la majeure partie des associations qui ont répondu n'en ont que de 1 à 5, donc des petites et très petites associations.

Public : C'est à peu près la même tendance que dans le précédent questionnaire ?

Laurent : Oui. Alors je n'ai pas rapproché. Oui, oui, de toutes façons. Oui, sur cette question-là, oui, sans aucun doute. Ce qu'on souhaitait vérifier c'est qu'on avait bien touché à peu près tous les champs de thématiques associatives, ce qui semble être le cas. Alors évidemment, par rapport au rapport que j’évoquais, et par rapport au fait, par exemple, que les associations sportives étaient les plus nombreuses, évidemment, ça ne colle pas forcément au profil national. Ceci étant, l'important c'était d'avoir tout le panel représenté, ce qui est le cas. Donc on a quand même, encore une fois, des résultats qui vont être à peu près cohérents, des tendances à peu près cohérentes.

J'ai extrait certaines questions qui me semblaient intéressantes de pointer aujourd'hui ; évidemment, je ne les ai pas toutes extraites. Donc on avait posé la question du choix de l'association de favoriser, encourager, prioriser la diffusion des productions de l'association sous licences libres. Là on ne parle pas encore de logiciel libre, mais on parle de licences libres. Évidemment, la majorité ça reste « non », ceci étant, on a quand même été surpris par le nombre important de « oui ». On s’attendait à avoir moins de « oui », et puis, si on essaye de projeter, je pense que cette question-là n'aurait pas pu être posée il y a cinq ans. C'est-à-dire que la question des licences libres, il y a cinq ans, on n'aurait pas pu la poser comme ça. On aurait posé, il y a cinq ans, la question : « Est-ce que vous connaissez les licences libres », et on aurait eu des réponses. Alors que, poser la question de cette manière-là il y a cinq ans, je pense qu'on aurait eu une réponse beaucoup plus faible en termes de « oui ». Donc c'est plutôt positivement étonnant que d'avoir autant de réponses « oui ». Si vraiment vous souhaitez intervenir, n'hésitez pas à poser des questions. On essaye de réserver les questions pour la fin, mais si, à un moment donné, ça vous démange et que c'est plus simple d'intervenir sur le graphique, n'hésitez pas.

Production de contenus, logiques de diffusion et travail collaboratif

Ah, j'ai oublié de remettre le titre de la question sur le slide, donc ça ne va pas être très pratique. Ah oui, ça faisait suite à la question précédente, finalement, pour les associations qui avaient effectivement décidé de favoriser la production en licences libres, comment s’était prise cette décision-là. C'est important parce que, une de nos analyses précédentes, c'était de dire la question de l’informatique et de l’informatique libre en particulier, elle est souvent considérée essentiellement comme du technique. Et ça on souhaite l'éviter, on souhaite faire prendre conscience aux associations que c'est aussi une question politique et aussi une question en lien avec leur projet associatif. C'est pour ça qu'on se permettait de poser cette question-là, et on s'aperçoit qu'on a encore beaucoup de décisions non formelles. Donc on imagine bien que c'est dans une petite association, le salarié qui a une sensibilité au logiciel libre, qui essaye de promouvoir et de faire passer le logiciel libre. Dans ces situations-là, on est plutôt dans ces logiques-là où un administrateur, etc., mais il n'y a pas, à un moment donné, quelqu’un qui dit « on met ça à l'ordre du jour du CA » ou alors « on met ça dans nos statuts de promouvoir préférentiellement, par exemple, les licences libres ». D’accord ? Encore une fois, là-dedans, il faut penser qu'il y a dix associations dont c'est l'objet même que le logiciel libre. Donc ça gonfle un peu cette partie-là, quand il y a une décision institutionnelle.

Estimez-vous que la prise en considération des logiciels libres et des logiques de diffusion libre a évolué positivement durant la vie de l'association ?

Ça c'est du ressenti. Ça reste toujours très compliqué quand on fait une enquête de mesurer ce type de choses-là. Ceci étant, encore une fois, c'est une tendance, un indicateur et, si on regarde, on a quand même plutôt une forte tendance positive, en tout cas, par rapport à ça, puisque 42 % ont répondu « oui » de manière importante. Donc, par rapport aux questions qu'on se pose parfois « est-ce que le libre évolue positivement en milieu associatif ? », on aurait tendance à penser, qu'avec cette réponse-là, la réponse est plutôt « oui ». Encore une fois, avec toutes les réserves qu'on doit poser sur une enquête avec 231 structures, mais, en tout cas, on a une tendance.

Y a -t-il eu un choix qui a été fait par l'association pour favoriser ?

Alors là, on est passé aux logiciels utilisés. Avant on s'occupait un peu des contenus produits parce qu'il fallait aborder aussi les associations par ce biais-là, mais quand on s'intéresse après aux logiciels utilisés, eh bien on leur posait aussi la question la question de « favoriser, encourager ou prioriser l'utilisation de logiciels libres ». Là aussi, ça a été assez étonnant de voir un chiffre aussi important, à relativiser par rapport à ce que je vous ai dit, le nombre d’associations libristes dans le questionnaire. Ceci étant, si on rapporte ça aux 2 %, qui sont souvent évoqués, d'utilisateurs de logiciels libres, couramment, enfin ce qu'on entend couramment dans la presse, l'écart est quand même très important. En tout cas, ça vaudrait la peine de creuser de manière importante, sur cet aspect-là des choses, parce que le pourcentage semble quand même très élevé. Donc c'est plutôt une bonne surprise, en tout cas, de cette enquête 2014/2015.

Les logiciels utilisés.

Après, on a essayé d'en savoir un peu plus sur les logiciels utilisés. Ça ne va pas être très éloquent là, parce qu'il faudrait pouvoir comparer vraiment précisément avec 2008/2009. Je vous ai mis, trois slides après, le graphique pour 2008/2009, mais ça va être difficile à comparer parce que, en fait, en 2008/2009, on n'avait pas exactement le même nombre de critères possibles. Il n'y a en que quatre dans le 2008/2009 et là on en a cinq, donc c'est difficile de comparer. Ceci étant, la tendance serait quand même à l’augmentation de l'utilisation de ces logiciels-là, quand on regarde vraiment les chiffres sur ce graphique-là. Comparer graphique à graphique ce n'est pas très possible, mais si on détaille dans les chiffres, on s'aperçoit que la tendance est à l'augmentation. À priori, pour LibreOffice, le nombre de « oui » resterait identique, mais pour tous les autres logiciels on a visiblement plutôt une augmentation de ce qu'on a dépouillé.

Donc on avait interrogé sur Mozilla, sur LibreOffice, Thunderbird, VLC, et puis, Gimp, Inskape, Scribus, et puis un CMS. C'est pareil, on a regroupé par rapport au questionnaire 2008/2009, où on avait détaillé un peu les CMS. Mais, à priori, ne serait-ce que sur le « oui, très répandu dans l'association », ou « oui », si on estime que c'est comparable, on peut considérer que ça a augmenté, l'utilisation. Voilà, 2008/2009, je vous ai mis le graphique, c’était « tous, beaucoup, peu, non ». C'est un peu compliqué à comparer quand même, donc il faut rester prudent.

Sur les logiciels utilisés, ça rejoint ce que je disais tout à l’heure, c'est-à-dire qu'on a été assez étonnés de voir ce pourcentage aussi important sur l'utilisation d'un système GNU/Linux pour le système d’exploitation en milieu associatif. Ça demanderait, quand même, à être creusé, si on rapproche ça des 2 % que j'évoquais tout à l'heure, et qui est reconnu par la majeure partie de la presse sur la question. Une des explications, peut-être, par rapport à ça, c'est qu'il y aurait beaucoup, aussi, d'ordinateurs en dual-boot et que, quand on pose la question « quel système d'exploitation vous avez ? », eh bien évidemment les gens répondent d’abord le système d’exploitation qui était là nativement quand ils ont acheté la machine. Ils ne pensent pas à répondre que, en fait, ils ont deux systèmes d'exploitation sur la bécane. Ça masquerait, peut-être, le nombre de systèmes d'exploitation GNU/Linux sur les machines. Tout ça ce sont des hypothèses. Notre questionnaire ne permet pas de répondre finement à cette question-là ; en tout cas ça pointe, quand même, des chiffres importants sur cet aspect-là des choses.

On a posé aussi des questions complémentaires sur le meilleur moyen, par exemple, de faire aboutir le développement d'un logiciel qui serait utile à l'association. Je ne sais plus, oui, on avait proposé des items. Donc il y avait « utiliser un site de crowdfunding » puisque c'est très à la mode en ce moment, ou « s’adresser à une fédération nationale, une association nationale ou une fédération ». Visiblement, les gens pensent que les associations nationales ou les fédérations sont les meilleurs outils pour y répondre, par rapport au crowdfunding. Mais de toutes façons, dans la réalité, on voit bien que les associations essayent aussi ce nouveau mode de financement. C'est sans doute dans l'hybridation qu'on trouverait des solutions pertinentes pour faire aboutir un développement, soit à partir de zéro, mais, plus vraisemblablement, l'adapter à un besoin pour les associations.

On avait aussi posé la question de « quels organismes seraient les plus à même de coordonner le développement d'un logiciel libre utile aux associations ? » Évidemment, on avait cité, à la fois, des structures qui sont libristes, enfin reconnues dans le monde libriste, et puis des structures qui sont reconnues dans le monde associatif, donc l'April, l'Adullact5, l'Aful6,Framasoft7, vous connaissez sans doute si vous êtes libriste. Le Mouvement associatif, c'est la grosse structure que j'évoquais tout à l'heure, qui coordonne la parole associative, en France, vis-à-vis du ministère sur la question associative. Évidemment, les collectivités territoriales, donc là c'était assez générique pour contenir dedans le Conseil départemental, le Conseil régional, la municipalité, etc. Et puis le CNAJEP8, alors j'en avais parlé l'année dernière, le CNAJEP c'est la coordination nationale des associations de jeunesse et d'éducation populaire. D’accord ? Dans les 1,3 millions associations, il faut considérer qu'il y en a 400 000 qui relèvent de ce champ-là. Donc il y a aussi une structure, un peu comme Le Mouvement associatif, qui coordonne le mouvement pour ces associations d'éducation populaire.

Pourquoi je les pointe celles-là ? Parce que j'estime que, par rapport aux valeurs qu'elles portent, elles sont fortement en lien avec les valeurs du logiciel libre. Donc il y aurait une tendance plus naturelle encore, que le monde associatif en général, à converger vers le logiciel libre. Donc c'est intéressant de voir que, à parts égales, l'April, Le Mouvement associatif, Framasoft, sont les structures identifiées pour coordonner. Évidemment, après, peut-être que les structures-là ne s'y retrouveront pas comme étant leur mission au départ, mais, en tout cas, vu de l'extérieur, les gens estiment que ces structures-là le sont.

Public : C'était une question ouverte ou fermée ?

Laurent : C'était une question fermée, avec la possibilité de remplir un champ « Autre ». Oui c'est ça, oui je confirme. On avait proposé ces items-là, tout à fait.

Public : Toutes celles qui ont été citées : l'Aful, l'Adullact ?

Laurent : Tout ça, toutes celles-là. Oui, oui tout à fait, le CNAJEP, l'April, le Mouvement associatif, l'Adullact, l'Aful, Framasoft, les collectivités territoriales. Et on laissait la possibilité aux gens de rajouter un autre champ, alors je n'ai pas détaillé là les autres mentions qui sont faites.

Public : Et les autres, c'était quoi ?

Laurent : Je n'ai pas en tête, c'est ce que je dis. Mais ce sera dans le compte-rendu, normalement en septembre.

Sur la dernière question je me suis fait un petit peu plaisir. J'ai repris, finalement, des questions textuellement de personnes anonymes, enfin des personnes qui ont répondu au questionnaire sur justement cette question « est-ce que finalement il est encore pertinent de défendre le logiciel libre, dans un contexte où toute la question, maintenant, porte sur le cloud et les data délocalisées ». Donc là, eh bien je ne vais pas vous les lire, mais vous voyez un peu les réponses, alors des extraits de réponses, évidemment. Il y a aussi des réponses qui étaient négatives, qui n'allaient pas dans ce sens-là. Mais là, j'ai choisi de vous présenter des réponses positives, mais de gens qui, visiblement, ont déjà une conscience importante de ce que c'est que le logiciel libre et qui, évidemment, estiment qu'il faut continuer à défendre le logiciel libre, pour aussi défendre la vie privée de chacun.

Public : En quoi c'est contradictoire ?

Laurent : Qu'est-ce qui est contradictoire ?

Public : Inaudible.

Laurent : Ouais. Je pourrais expliciter.

Public : Entre le fait d'avoir… Inaudible.

Laurent : L'esprit de la question au départ, et peut-être qu'elle était mal formulée, il faudra la reposer, mais est-ce que la question de défendre le logiciel libre, est-ce que ce n'est pas un peu has been, finalement, parce que maintenant, la vraie question c'est la vie privée, etc., enfin la question qui est passée sur le devant de la scène, pardon, la question qui est passée sur le devant de la scène, c'est la question de la vie privée, du cloud, des données lointaines et, du coup, on peut se dire, mais on ne voit plus ce que vient faire le logiciel libre là-dedans.

Public : Inaudible.

Laurent : Je me fais l'avocat du diable, et c'est en tout cas la perception pour quelqu'un, en milieu associatif, qui ne connaît pas le Libre, qui n'appréhende pas toutes ces questions de cloud, le lien avec le logiciel libre qui est sur un serveur lointain, etc., ça nous semblait pertinent de poser cette question-là. Effectivement là c'est dans doute, peut-être, des réponses de libristes, sans doute, mais sans nous semblait intéressant d'essayer d'évaluer ça, quand même. Évidemment, il y a beaucoup plus de déclinaisons, beaucoup plus d'expressions, mais je ne pouvais pas vous les mettre aujourd'hui. On essaiera d'en mettre un maximum sur le compte-rendu final.

Pour conclure

L'étude complète sera accessible courant septembre sur le site Libre Association

Encore une fois, j'ai fait une sélection de questions que je souhaitais vous montrer aujourd'hui. L'étude complète sera mise en ligne, sans doute, courant septembre sur le site Libre Association, donc l'adresse de la page est contenue dans le lien. On essaiera d'intégrer, sans doute aussi, des préconisations à la fois de libristes pour les milieux associatifs, et des associations pour les libristes, parce que, par exemple, il faut, aussi, qu'on discipline les associations par rapport aux remontées de bugs. Comment on valorise aussi le travail de tous les libristes qui travaillent sur des programmes mais qui sont complètement isolés, qui n'ont jamais de retours, par exemple ? Donc ça, on va essayer de le glisser dans le rapport. Et puis, par ailleurs aussi, on glissera des préconisations pour les libristes qui, parfois, sont perçus comme un peu durs dans la réponse ou un peu trop techniques, et qui noient très vite des gens qui venaient essayer de chercher finalement de l'information avec une volonté de passer au Libre et puis qui sont freinés dans leur élan parce que la réponse est trop technique, trop abrupte, etc. Donc, voilà, il y aura sans doute une page ou deux de recommandations sur ça.

Et puis il y aura aussi, je vous le signale, puisque ça va sortir sans doute en juillet, là, une tribune de l'April sur logiciels libres et associations, sur la question de la convergence des valeurs que j'évoquais tout à l'heure. C’était une conférence qui avait été faite aussi aux Rencontres mondiales l'année dernière sur les valeurs portées par l'éducation populaire et puis les logiciels libres, qui convergent sur beaucoup d'aspects.

Je vais en rester là. Je ne vais pas détailler. Je vous laisse éventuellement des questions. J'ai fait court volontairement. Il doit nous rester une dizaine de minutes si vous avez des questions, sur, à la fois l'aspect technique, sur, à la fois l'aspect de fond, si je peux y répondre.

Public : Bonjour. Merci beaucoup pour tout ce travail-là d'essayer de faire avancer dans les associations et de faire des choses aussi complètes. Moi, ce qui m'a marqué, c'est quand on a vu qu'il y avait, alors je n'ai pas l'habitude des sondages comme ça, mais qu'il y avait 400 associations qui avaient fait une réponse incomplète, donc pas prise en compte ici, je suppose, dans ce que tu nous as montré, sur deux cents qui ont répondu. Et en fait, ce que je me demande c'est est-ce que beaucoup d'associations qui justement n'y comprenaient rien au logiciel libre, se sont dit « mais je ne peux pas répondre à ces questions, je ne sais pas de quoi ils me parlent, et donc je ferme et je ne vais pas jusqu'au bout ». Est-ce qu'il y aurait moyen de poser des questions très bêtes au début, et d'avoir des formulaires qui se finissent tôt si on sent que c'est un public qui ne va pas pouvoir répondre à des questions plus compliquées ?

Laurent : Je pense que l'hypothèse est bonne. Je pense qu'il y a eu des gens qui ont été rebutés par l’aspect trop compliqué des questions, des questions qui, évidemment, nous paraissent ici à priori compréhensibles. Mais je pense qu'il y a beaucoup de gens qui se sont arrêtés parce que la formulation, parce que le vocabulaire qui était employé n'était pas bon. Donc ça, oui, c'est une préoccupation. Par acquit de conscience on a quand même passé en revue les questions qui n'étaient pas, enfin les questionnaires qui n'avaient pas été remplis. Bon, comme de toutes de toutes façons, ça s’arrête assez vite en général. Pour certaines questions, ça a confirmé les tendances, par exemple, ça donnait la même tendance que sur les 231. Mais oui, il faudrait pouvoir s'adapter. Mais après c'est vrai que la construction d'un questionnaire reste quand même très compliquée parce que, qui est-ce qu'on cible ? Il ne faut être trop compliqué, mais il faut quand même essayer d'obtenir de l'information, donc ce n'est pas simple. Et puis, encore une fois, ces associations-là qui sont, par exemple, isolées en milieu rural, qui n'ont pas du tout l'habitude de ces technologies-là, moi je reste persuadé qu'il faudrait les toucher par courrier, par exemple. Parce que les toucher par les réseaux numériques, elles ne sont pas sur les réseaux, pas encore, ou pas complètement, en tout cas elles ne sont pas familiarisées avec. Et puis répondre à un questionnaire ça leur demande un effort bien plus complexe qu'à des gens qui manipulent les ordinateurs depuis toujours, enfin pas depuis toujours mais, en tout cas, qui sont très à l'aise avec. Est-ce qu’il y a d'autres questions ?

Public : Je voulais savoir pourquoi ne pas poser, aussi, les questions sur « quels sont les services en ligne, libres, que vous utilisez ? »

Laurent : Ça fait partie des questions que je n'ai pas retranscrites ici, mais effectivement, à un moment donné, on leur a posé la question de « quels sont les services en ligne que vous utilisez ? » Et on leur pose même la question de savoir « est-ce que vous avez conscience que certains services que vous utilisez ne sont pas très bons pour votre vie privée ou, en tout cas, pour la vie privée de vos adhérents ? », puisque, en fait, évidemment, on tourne ça sur la question associative. Mais cette question-là était posée. Elle n'a pas été retranscrite ici, il fallait que je fasse un choix dans les questions, mais ce sera dans le compte-rendu, en septembre. On a posé cette question-là bien sûr.

Public : C'est quoi les réponses ?

Laurent : Il y a une conscience que ce n'est pas bien, mais que, il y a des fois, ils sont tellement contraints par le temps, parce que ça aussi la question a été posée, la question du frein de l'utilisation de logiciels libres, c'est la question du temps pour se former, la question de la compétence, de l’accompagnement. C'est souvent la même réponse qui est formulée par rapport à ces services : oui on a conscience que ce n'est pas bien, pour ceux qui en ont conscience, mais, concrètement, il faut qu'on aille vite, et on n'a pas le temps d'acquérir des nouvelles compétences pour ça.

Du coup, j'en profite pour faire un petit complément. Évidemment, on a regardé aussi toutes les études qui se faisaient de manière parallèle, alors qui ne portent pas forcément sur le logiciel libre, mais qui portent sur le numérique, par exemple. En particulier, il y a une structure qui s'appelle Recherche et Solidarités9, qui a fait tout un questionnaire sur le numérique. Et évidemment, on a corrélé la question de la compétence technique à cette problématique du temps. C'est-à-dire qu'il y a des fois des gens qui sont convaincus par rapport aux valeurs, par rapport aux bienfaits du numérique, mais qui n'ont pas le temps dans leur quotidien, dans leur objet associatif pour, pour eh bien se dire « je me pose trois heures et je me forme aux logiciels, je trouve quelqu'un pour le faire, ou je paye un formateur, je me paye une journée de formation, etc. » Donc c'est d'abord ce facteur temps qui est un vrai problème pour les associations. Est-ce qu’il y a d'autres questions ?

Public : Bonjour.

Laurent : Bonjour.

Public : Moi j'aurais voulu savoir, en fait, comment ont été sélectionnées les associations qui ont répondu au questionnaire ? Est-ce qu'elles sont allées par elles-mêmes sur le site, ou est-ce que vous avez ciblé des associations particulières ?

Laurent : On n'a pas ciblé, effectivement, en espérant en avoir un maximum. On a utilisé tous les canaux qu'on connaissait. Du coup, on a utilisé tous nos canaux libristes, par l'April, qui a un réseau de diffusion au niveau libriste, évidemment, assez important, mais on a complété ça avec les réseaux associatifs traditionnels, les réseaux associatifs du CNAJEP, que j'évoquais tout à l'heure, tous les réseaux qui se revendiquent de la mise en réseau des acteurs associatifs, donc Le Mouvement associatif on les a contactés. Alors, après quand je parlais du CNAJEP, Coordination nationale des associations de jeunesse et d'éducation populaire, il faut savoir qu'il y a des déclinaisons régionales qui sont les CRAJEP, Coordinations régionales des associations nanana, donc on est aussi passé par toutes ces structures-là. Voilà. Toutes les structures qu'on connaissait, qu'on avait repérées sur la mise en réseau associative, on les a contactées. Mais après, on n'a pas filtré. Toute personne qui avait envie d'y répondre pouvait répondre, évidemment. On n'a pas filtré à ce niveau-là. Mais de fait, le choix de réseau-là, il a des conséquences sur le retour de l'information. C'est ce que je dis, on a fait le choix de ne pas envoyer des courriers, pour des questions de moyens et des questions de temps, évidemment, ceci étant, ça aurait sans doute, peut-être, changé quelques éléments.

On conclut ? On arrête là. En tout cas, je vous remercie d’être venus nombreux, parce qu'effectivement, ce n'était pas gagné à moins cinq, donc merci à vous.

Applaudissements

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Revue de presse de l'April pour la semaine 29 de l'année 2016

April - 25 juillet, 2016 - 13:06

La revue de presse de l'April est régulièrement éditée par les membres de l'association. Elle couvre l'actualité de la presse en ligne, liée au logiciel libre. Il s'agit donc d'une sélection d'articles de presse et non de prises de position de l'association de promotion et de défense du logiciel libre.

En podcast.

Sommaire de la revue de presse de l'April pour la semaine 29

[next51.net] SAIP l'application d'alerte sur iPhone et Android qui ne convainc personne

Par Next 51, le samedi 23 juillet 2016. Extrait:
> Lancée à l'occasion de l'Euro 2016 début juin dernier, l'application d'alerte SAIP sert à compléter l’éventail des dispositifs d’alerte (signalétique urbaine, information diffusée oralement sur le terrain par les forces de sécurité ou via les médias, réseaux sociaux ...).
Lien vers l'article original: http://www.next51.net/SAIP-l-application-d-alerte-sur-iPhone-et-Android-qui-ne-convainc-personne_a13685.html

[Le Monde.fr] Snowden présente une coque d’iPhone antisurveillance

Par la rédaction, le vendredi 22 juillet 2016. Extrait:
> Le prototype, développé avec le hackeur Andrew Huang, doit permettre de savoir si un téléphone émet des ondes à l’insu de son utilisateur.
Lien vers l'article original: http://www.lemonde.fr/pixels/article/2016/07/22/snowden-presente-une-coque-d-iphone-anti-surveillance_4973611_4408996.html

Et aussi:
[Numerama] Snowden présente une coque anti-surveillance pour iPhone
[Next INpact] Le projet Tor a élu un nouveau comité de direction

Voir aussi:
Position de l'April sur la surveillance généralisée

[Les Echos] Le code open source pour les… enfants!

Par Grégory Becue, le jeudi 21 juillet 2016. Extrait:
> Les nouvelles générations sont les plus connectées au monde. Élevées dès leur plus jeune âge par les nouvelles technologies, leur doudou n’est autre qu’Internet, Facebook ou Snapchat. Aujourd’hui, la question de l’apprentissage du code devient donc une évidence. Mais pour parvenir à démocratiser la programmation, tant pour les grands que pour les petits, l’open source est la condition sine qua non par laquelle passer.
Lien vers l'article original: http://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/cercle-159100-le-code-open-source-pour-les-enfants-2015962.php

[Next INpact] Windows 10: pourquoi la CNIL met en demeure Microsoft

Par Marc Rees, le jeudi 21 juillet 2016. Extrait:
> De nombreux manquements à la loi Informatique et Libertés de 1978. Voilà le reproche qu’a adressé hier en fin de journée la CNIL à Microsoft, et son système d’exploitation Windows 10. L’éditeur a trois mois pour corriger le tir, avant une possible sanction.
Lien vers l'article original: http://www.nextinpact.com/news/100719-windows-10-pourquoi-cnil-met-en-demeure-microsoft.htm

Et aussi:
[Numerama] Microsoft gagne en justice pour mieux protéger les données des Européens

[Les Echos] Le logiciel libre doit passer de la réussite technologique au succès économique

Par Sebastien Dumoulin, le mercredi 20 juillet 2016. Extrait:
> Les Gafa ont popularisé l’open source, cependant les entreprises qui vivent du logiciel libre restent rares. Avec l’émergence du cloud et du Big Data, des start-up se sentent pousser des ailes.
Lien vers l'article original: http://www.lesechos.fr/idees-debats/sciences-prospective/0211139278397-le-logiciel-libre-doit-passer-de-la-reussite-technologique-au-succes-economique-2015476.php

[LeMagIT] Inria construit la grande bibliothèque mondiale du code source

Par Sophy Caulier, le mardi 19 juillet 2016. Extrait:
> Le projet Software Heritage a l'ambition de collecter et d'organiser le patrimoine logiciel mondial. Démarrée il y a déjà un an et demi, cette initiative veut être une gigantesque bibliothèque du code source. Le projet initié par Inria a déjà reçu plusieurs soutiens dont le premier de Microsoft.
Lien vers l'article original: http://www.lemagit.fr/actualites/450300582/Inria-construit-la-grande-bibliotheque-mondiale-du-code-source

[Journal du Net] Loi pour une République numérique: ce qui va changer

Par Gregoire Ducret, le lundi 18 juillet 2016. Extrait:
> La version finale du projet de loi pour une République numérique a été décidée le 29 juin. Quels en seront les impacts concrets pour les entreprises? Réponses croisées de l'homme d’affaires et président de l'Acsel Cyril Zimmermann et de l'avocat Eric Barbry.
Lien vers l'article original: http://www.journaldunet.com/ebusiness/expert/64845/loi-pour-une-republique-numerique---ce-qui-va-changer.shtml

Voir aussi:
Projet de loi numérique: des codes sources communicables sous conditions et des logiciels libres simplement encouragés

[MacGeneration] La police lituanienne va augmenter ses salaires en virant Microsoft

Par Nicolas Furno, le lundi 18 juillet 2016. Extrait:
> La police lituanienne a abandonné les produits Microsoft dans ses commissariats. À la place de Windows, ses ordinateurs tournent désormais sous Ubuntu et à la place de la suite bureautique Office, c’est LibreOffice qui a succédé.
Lien vers l'article original: http://www.macg.co/ailleurs/2016/07/la-police-lituanienne-va-augmenter-ses-salaires-en-virant-microsoft-94967

Note

Les articles de presse utilisent souvent le terme « Open Source » au lieu de Logiciel Libre. Le terme Logiciel Libre étant plus précis et renforçant l'importance des libertés, il est utilisé par l'April dans sa communication et ses actions. Cependant, dans la revue de presse nous avons choisi de ne pas modifier les termes employés par l'auteur de l'article original. Même chose concernant l'emploi du terme « Linux » qui est généralement utilisé dans les articles pour parler du système d'exploitation libre GNU/Linux.

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CLA Rencontre 11 août 2016

Club Linux Atomic - 25 juillet, 2016 - 08:33
La prochaine rencontre du Club Linux Atomic (CLA) se déroulera le jeudi 11 août 2016, de 18 à 21 heures à la salle du 3e étage de la Maison Notman, située au 51 rue Sherbrooke Ouest à Montréal. La rencontre débute à 18:00. Cependant, la salle est disponible à 17:00. Profitez-en pour mieux vous connaître […]
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CHATONS - Pierre-Yves Gosset - PSESHSF 2016

April - 23 juillet, 2016 - 07:19


Titre : CHATONS : des félins (et de la bière ?) pour sauver le monde
Intervenant : Pierre-Yves Gosset
Lieu : PSESHSF (Pas Sage En Seine - Hacker Space Festival)
Date : Juillet 2016
Licence : Verbatim
Durée : 51 min 43
Pour visionner la vidéo
Pour enregistrer la présentation

Présentation

CHATONS est un collectif initié par l'association Framasoft suite au succès de sa campagne « Dégooglisons Internet ».

Le projet vise à rassembler des acteurs proposant des services en ligne libres, éthiques, décentralisés et solidaires afin de permettre aux utilisateurs de trouver - rapidement - des alternatives aux produits de Google (entre autres) mais respectueux de leurs données et de leur vie privée.

Bien que l'annonce officielle ne soit prévue que pour octobre 2016, cette conférence permettra de présenter le projet, son organisation, son manifeste, sa charte, ses ambitions et ses premiers membres en avant-première.

Transcription

Bonsoir. Pas Sage en Seine, Hacker Space Festival. Il ne faudrait pas qu'il y ait un troisième événement l'an prochain, sinon ça va devenir compliqué à dire. Je me suis dit qu'on était un petit peu entre, à la fois, des gens qui sont geeks, des hackers, etc., et puis peut-être du grand public, enfin j'espère.

On m'avait lancé le défi de le faire sans respirer, je ne pense pas que je vais y arriver : « CHATONS est un projet disruptif et innovant visant à solutionner la globalisation des e-services des pure-players historiques du digital au business model basé sur des plateformes big-data crowdsourcées via l’expérience user-centric dans le cloud, en mettant en œuvre A.S.A.P. [As Soon As Possible dès que possible, NdT] une contre-uberisation community-managée par des acteurs non-corporate travaillant en synergie en mode blockchain afin de challenger une stratégie de providers software as a service [SaaS] opensource en circuit-court, [on revient à la conf d'avant], en mutualisant efficacement les knowledge-process tout en intégrant du design de Retour Expérience d'utilisateurs sur les backlogs houblonnés entre les devops et les end-users. »

Applaudissements

Public : Bravo !

Pierre-Yves : Pas mal avec ça ! Et ça a vraiment du sens, parce qu'en fait, tout ce que je vais vous raconter après, ça va résumer ça, mais avec des vrais mots. Voilà. J'ai rajouté blockchain. J'ai mis blockchain, à la demande du public, j'ai mis blockchain. Je me suis dit, au cas où, ça pourrait servir.

Donc au commencement était Internet. Là suspense. J'avais dit qu'il y avait du gif animé de chatons. Je suis contractuellement obligé, mon contrat à Framasoft1 m'oblige à mettre des photos, des vidéos de chatons dans chacune de mes présentations. Donc vieux gimmick sur Internet, comme quoi Internet serait composé de chatons, les tuyaux en fait. Les paquets Internet nous seraient apportés par des chatons. Voilà un exemple d'image de sous-réseau. C'est vraiment une toute petite partie d'un sous-réseau. Et donc, ce dont je vais vous parler c'est un petit peu de la concentration des acteurs. Je sais qu'il y a déjà eu Tristan qui est passé, je crois hier, qui a déjà dit beaucoup de choses dessus.

Donc aujourd'hui voilà Internet. C'est quand même beaucoup de gens qui font des choses, j'allais dire qui vous vendent des choses, mais pas forcément, ils ne les vendent pas forcément. [Alors hop. Si c'est bon.]

Et donc deuxième vie de chatons. Celui-ci explique pourquoi ma vidéo est lourde, enfin ma présentation est lourde. Voilà c'est devenu un petit peu encombré partout, au milieu des produits. Je ne vous cache pas, il a fallu la trouver celle-là. Aujourd'hui Internet c'est devenu un petit peu ça et voilà une image de quelqu'un qui avait présenté une carte des différents acteurs d'Internet. Voilà je zoome directement sur la partie Google. Vous avez Google News, Google Bookmarks, Google Groups, etc. Et ce qui est assez intéressant c'est que sur cette fausse carte, qui recense, je crois 1200 services quand même, il y a des gens qui n'ont pas grand-chose à faire de leurs journées, on voit différents continents, ou sous-continents qui apparaissent. Vous avez Google ici, Facebook, Amazon, Microsoft, Apple et puis en bas vous avez le Darknet, Darkweb, et le porno, quand même. Donc ce qui est assez intéressant c'est de voir que si on regroupe par services on s’aperçoit qu'il y a quand même des entreprises qui contrôlent un certain nombre de choses. Donc ce qu'on appelle GAFA ou GAFAM, ce que nous on appelle GAFAM en tout cas, Google, Apple, Facebook, Amazon, et nous on rajoute Microsoft parce qu'il y a des caractéristiques communes qui sont importantes, même si Microsoft paraît toujours has been dans l'esprit de beaucoup de journalistes, ça a quand même bien changé.

Je rappelle, parce que je vais beaucoup parler de Google, mais en fait Google ne s'appelle plus Google. Google s'appelle Alphabet2, ça a changé il y a quelques mois. Google, donc, n'est plus qu'une filiale d'Alphabet, dans lequel vous retrouvez les services que vous connaissez. Mais vous avez aussi Nest qui est la filiale qui s'occupe de la domotique, Google Fiber qui s'occupe de poser du câble et du tuyau, pour l'instant essentiellement aux États-Unis, mais un jour ou l'autre ça finira bien par débarquer chez nous. Google ventures et Google Capital qui sont les bras armés financiers de Google. Google X qui est le laboratoire de recherche et développement, un des laboratoires de R&D les mieux dotés de la planète, qui font tout et n'importe quoi. Ils ont du pognon donc autant le claquer quelque part. Et vous avez Verily et Calico qui sont des filiales qui elles s'occupent plutôt de la santé. Chose que assez peu de gens savent, Google investit massivement dans les domaines de la santé, de l'ADN, etc.

Je vais aller très vite sur cette présentation, en tout cas sur le début, pour ensuite vous parler du projet CHATONS, mais c'est important de resituer pourquoi est-ce qu'on fait ce projet.

Donc voilà. Vous avez ici des chiffres qui montrent que entre janvier 2012 et octobre 2014, c'est le montant total des investissements et acquisitions sur les entreprises internet, on va appeler ça comme ça. Et on voit que, à deux entreprises, donc Google et Facebook, à elles-seules, représentent quasiment 30 % des achats qui ont pu être faits.

Ici vous avez un extrait de la page Wikipédia des acquisitions de Google. Et on voit que la 187e acquisition, je n'y suis pas retourné depuis, mais je pourrais, je pense que la liste s'est allongée, c'était une boîte qui s’appelait Bebop. Qui a entendu parler de Bebop ? Une société qui fait du cloud, qui a été rachetée quand même 380 millions de dollars. Voilà. Moi je n'avais jamais entendu parler de Bebop, mais ce qui était intéressant c'était de vous montrer que la liste est très longue.

Dernier achat qui a un petit peu, évidemment, fait parler de lui, c'est LinkedIn racheté par Microsoft pour la bagatelle de 26 milliards 200 millions de dollars, ce qui est quand même loin d’être négligeable !

Là vous avez les 185 acquisitions. Juste pour vous présenter, ça c'est ce qu'a acheté Google ces dernières années, en termes de boîtes. Là ce sont vraiment les acquisitions. Ce qu'on oublie aussi c'est qu'il y a les investissements. Vous ne le savez pas forcément mais Google est un des principaux investisseurs, en tout cas il faisait partie de la série A en termes de levée de capitaux de Uber. Donc Google fait à la fois des Google cars, mais Google est aujourd'hui un des principaux actionnaires de Uber.

Amazon, à travers le fonds d'investissement de Jeff Bezos, a investi 112 millions de dollars dans Airbnb, ce qui représente quand même un joli paquet d'actions.

Ce qui était pour moi intéressant là-dessus c’était de voir que…, évidemment il y a les cas que tout le monde connaît ou presque. Tout le monde sait que YouTube c'est Google. Les gens quand on leur dit Instagram c'est Facebook, ils en ont vaguement conscience. Quand on leur dit WhatsApp c'est Facebook, déjà ils font : « Ah je ne savais pas ! », parce qu’effectivement ce n'est marqué Facebook nulle part, en tout cas pas pour l’instant. Là on est vraiment sur des acquisitions. Mais par contre, quand on leur dit que Uber, il y a du Google dedans, là tout de suite ils sont : « Ah, on n’était pas au courant ! » Donc toutes ces informations sont évidemment vérifiables.

Juste pour donner quelques données chiffrées parce que c'est un peu ça, finalement, le fond du problème, à notre sens. C'est non seulement elles construisent, ces entreprises, des silos de données qui sont hyper-importants. Pour ceux qui ont assisté à la conf de Tristan, je ne reviens pas dessus, mais la puissance financière est quand même hyper-importante. On voit que pour finalement assez peu d'employés, Amazon sur les 220 400, il y a à peu près 200 000 esclaves qui sont payés au SMIC, qui font du carton. Mais finalement ce n'est pas tant d'employés que ça. Par contre on voit que les, alors là du coup s'il y a des gens qui travaillent un peu avec des entreprises ou dans la finance, ce sont des montants qui sont quand même en milliards de dollars, c'est quand même loin d’être négligeable. Si on prend le total de la valorisation boursière de ces entreprises, on arrive à peu près à 2 000 milliards de dollars, ce qui veut dire le PIB de l'Italie, de la Russie ou du Canada. Oui, ou de la France d'ailleurs, pas loin. On est un petit peu au-dessus, quand même.

Évidemment c'est la valorisation boursière donc ça ne veut pas dire grand-chose, mais par contre, là aussi, quand nous on s'adresse au grand public, on se rend compte assez raidement, qu'en fait, quand on leur demande qui est la boîte la plus puissante de la planète en termes [de capitalisation, NdT] boursière, enfin en termes de capitaux, la plupart des gens vont nous répondre, je ne sais pas, Exxson, BP, enfin des gros industriels, pétrole, énergie, etc. Non, non, la première capitalisation boursière mondiale en 2015 c’était Google suivie de près par Apple. Ils ont juste changé de place, l'année dernière c'était inversé. Bon, ils se tirent la bourre à quelques dizaines de milliards de dollars près, mais qu'est-ce que c'est aujourd'hui ? Quelques chemises de Macron ! Et ce qui est intéressant surtout, à mon sens, ce sont les capitaux propres, en gros ce qu'ils ont en trésorerie sur leur compte en banque. Et c'est 87 milliards pour Google, 119 milliards pour Apple. Amazon 80 milliards. Donc racheter une entreprise 26 milliards, évidemment ça ne représente pas grand-chose. Sachant que, évidemment, Microsoft n'a pas déboursé 26 milliards, il n'a pas fait un chèque de 26 milliards. Ils ont fait un échange d'actions, donc ça ne lui a quasiment rien coûté, probablement. Mais c'est assez intéressant, du coup, de voir que cette puissance financière est hyper importante.

Et le dernier chiffre que j'ai trouvé là récemment, c’était que Apple, Microsoft et Google détiennent à elles trois à peu près un quart du cash des entreprises américaines. Je vous laisse, il faut un peu l'encaisser cette phrase. Voilà, il y a trois boîtes qui tiennent à peu près le tiers du cash de toutes les entreprises américaines.

Concrètement elles sont donc pétées de thunes.

L'autre problème qu'on soulève. Non seulement elles sont riches, mais on a toujours l'impression qu'elles sont dans quelque chose de très numérique, voilà, Internet. Or aujourd'hui, on est bien d'accord qu'elles ont complètement débordé d'Internet. Ça, ça fait l'objet vraiment de la sensibilisation que nous faisons au public, c'est de dire : « Non, non Google ce n'est pas que un moteur de recherche et ce n'est pas que du Google Drive et des choses comme ça. » C'est aussi des Google cars. Voilà. Apple fait des montres. Google fait des thermostats. Sous peu, à mon avis, Amazon va faire des machines à laver. Ils font déjà plus ou moins des frigos. On va trouver des téléphones.

Évidement quand vous regardez sur les smartphones. Je vais faire le test du coup. Qui a un smartphone dans la pièce ? Ou plutôt qui n'en a pas ? On va gagner du temps. Trois, sur, je ne sais pas, une quarantaine/cinquantaine. Et donc maintenant ceux qui ont du Apple, levez la main, iOS du iPhone. Oh putain ! Deux. Je ne suis jamais tombé… C'est bien ! On est dans un truc. Qui a du Android ? Beaucoup plus. Blackberry et Ubuntu phone, Firefox OS, un petit peu, ouais OK. Putain ! Il n'y a que deux iPhones dans la pièce ! Vous me cassez toutes mes stats habituelles, mais ce n'est pas grave ! L'idée c’était de montrer qu'évidemment que sur l'ensemble des gens qui ont un smartphone, c'est-à-dire aujourd'hui quand même une grosse portion des utilisateurs de téléphones dans les pays développés et pas que dans les pays développés, il n'y a quasiment que deux systèmes qui émergent : iOS par Apple et Android qui, aujourd'hui, est largement tenu et de plus en plus refermé par Google.

Qu'est-ce qu'ils font ? Ils font évidemment de la télévision. Google fait des webcams et des systèmes de vidéosurveillance. Voilà. Ce que je voulais un petit peu exprimer c’était la capacité aujourd'hui qu'ils ont à sortir d'uniquement Internet.

Là j'ai pris quelques coupures de presse de ces derniers mois ou ces dernières années pour dire qu'il y a quand même des produits qu'on retrouve maintenant au quotidien, des objets physiques. Les Google Glass qu'on pensait abandonnées sont revenues. Là c'est une expérimentation à la SNCF. Je ne sais pas, je crois qu'elle a été abandonnée, mais en tout cas les Google Glass sont de retour notamment pour les médecins, pour les opérations, etc. Donc ce sont des produits qui sont de nouveau vendus. Je crois que ça ne s'appelle plus Google Glass, mais ça fait exactement la même chose.

Voilà le genre de dérives sur lesquelles on essaye un petit peu de sensibiliser le public. Le fait, par exemple, que Facebook puisse faire de l’évaluation de solvabilité de clients pour des banques. Amazon Echo, allez voir la publicité d'Amazon Echo3, sur YouTube évidemment, tant qu'à faire. Et c'est assez phénoménal l'exemple qu'ils prennent. Alors Amazon Echo c'est ce petit cylindre que vous avez là. C’est un objet qui écoute, évidemment un objet connecté, qui écoute en permanence ce que vous dites. Et vous lui dites, je crois qu'il faut dire Alexa genre « Alexa joue-moi de la musique de Charles Trenet. » Et hop, Charles Trenet directement dans votre salon. Ça se connecte évidemment. Ça veut dire que ça écoute en permanence et ça envoie en permanence les informations aux serveurs d'Amazon. Ce qui est intéressant c'est que dans la publicité, ça dure trente secondes, mais c'est quand même assez rigolo. En fait, du coup, le Echo de Amazon est placé dans la chambre et vous voyez le mari qui sort, le couple américain typique. Le mari qui sort, vaguement, en disant ; « Oh là, là, c'est lundi est-ce qu'il faut que j'aille travailler ! Et là du coup la boîte lui répond : non, non, aujourd'hui tu n'as pas de réunion avant telle heure, tu peux te recoucher ! » Il se retourne, il embrasse sa femme, c'est merveilleux, c'est magnifique. Et donc ce truc-là est en train d'écouter chez lui et c'est comme ça qu'on vous le vend. Allez vérifier la pub, c'est plutôt rigolo.

La même chose mais pour les plus petits, avec des Barbies qui peuvent écouter, évidemment, ce que disent les enfants dans la pièce. Là du coup, il y a plus d'experts que moi en termes de sécurité dans la salle, mais je crois que ça a été hacké à peu près quinze jours après. Ils ont montré qu'on pouvait écouter le flux, évidemment qui était transmis, je ne sais pas s'il était chiffré ou en clair. Mais du coup c'était un petit peu compliqué. Moins de quinze jours, ça y est, on pouvait écouter ce qui transitait. Et la deuxième faille qui a été découverte sur cette Barbie donc qui a été vendue à Noël 2015 et qui a été, du coup, retirée quelques mois après, c’était qu'il y avait éventuellement, parce que toutes les phrases étaient enregistrées sur des serveurs d'un prestataire de Mattel, et donc que les phrases pouvaient être réécoutées a posteriori. Donc non seulement on pouvait écouter votre gamin dans la chambre, mais en plus, on pouvait réécouter ce qui avait été dit puisque, évidemment, la poupée ressortait les phrases, en fonction, c'est beaucoup plus intelligent qu'un système aléatoire, en fonction de ce qui lui était demandé par l'enfant.

Le coup des thermostats et des caméras qui peuvent vous surveiller. Ça soulève un autre problème. On a traduit un article sur le Framablog il n'y a pas très longtemps, sur ce que nous, on a appelé l'obsolescence imposée4. J’étais assez fier du terme, donc un peu d’auto-congratulation. À la différence de l'obsolescence programmée que vous connaissez déjà, c'est le fait que votre imprimante arrête d'imprimer au bout de 2 000 pages et pas 2 001. C'est le fait que votre machine à laver tombe en panne le lendemain de l’expiration de la garantie, donc ça c'est l’obsolescence programmée. L'obsolescence imposée, c'est Google qui a racheté Revolv qui était une boîte qui faisait aussi des thermostats connectés et quand ils ont racheté Revolv, deux/trois mois après, Google a envoyé, au nom de Revolv évidemment, ils n'ont pas envoyé au nom de Google, ils ne voulaient pas se faire de la mauvaise publicité. Ils ont envoyé un mot en disant : « Désolé, vous avez acheté un thermostat Revolv qui coûte trois cents dollars, mais en fait, dans trois mois, on le débranche. » Et les gens ont fait : « Mais pourquoi ? Qu'est-ce que se passe ? Il ne marche plus ? Si, si, il va très bien marcher, sauf que c'est un produit Revolv et nous, Revolv n'existe plus. » Donc vous avez un produit qui fonctionne, qui techniquement est toujours efficace, il n'est pas du tout arrêté, etc. C'est juste qu'il y a quelqu’un qui, à l'autre bout du monde, a décidé d'appuyer sur un bouton pour dire « on arrête de faire fonctionner ce produit. » Et donc ça, à mon avis, c'est quelque chose qu'on va voir de plus en plus souvent, c'est le fait que vous allez acheter des produits et que, tout simplement, il y a quelqu'un qui décidera quand est-ce qu'ils doivent fonctionner ou pas.

Des exemples encore. Voilà. Je vais aller un petit peu plus vite. Voilà les mouchards automobiles. Le Google Doctor, qui est toujours, je crois, en bêta test aux États-Unis. Calico et Verily qui sont des filiales de Google, enfin d'Alphabet — ils ont bien joué leur truc, comme ça on ne peut plus dire que c'est Google, non, c'est Alphabet,comme les gens ne connaissent pas Alphabet — qui fait des nanoparticules.

Encore une fois je vais très vite sur les dangers parce que, normalement, ça a été déjà plus ou moins traité avant, mais je reviens quand même rapidement dessus.

Premier point c'est qu'ils sont pétés de thune, mais tellement qu'aujourd'hui il n'y a pas grand-chose qui peut les arrêter et ça on a beaucoup de mal à expliquer. Quand vous parlez avec des gens de collectivités, voire du gouvernement, tout ce qu'ils veulent c'est faire des trucs aussi gros en face et on leur explique « vous n'y arriverez pas ! » Ils ont dépassé un seuil, un poids tel, qu'aujourd'hui ça ne va pas être possible de les tuer. Ça ne veut pas dire qu'ils ne peuvent pas disparaître demain, mais ça veut dire qu'un gouvernement ne peut pas dire « moi je vais m'attaquer à Google ». La Cour de justice européenne essaye depuis des années de les faire payer. Oui ! Le jour où ils décideront de mettre cinquante ou soixante avocats de plus eh bien ça va être beaucoup plus compliqué. À mon avis c'est peine perdue, c'est être extrêmement naïf que de croire qu'on va pouvoir les attaquer côté justice.

Évidemment il y a les atteintes aux libertés, à la vie privée. Donc la collusion entre l'État et GAFAM, évidemment, c'est mis en avant et de façon beaucoup plus visible par les révélations d'Edward Snowden.

Évidemment c'est gratuit mais c'est parce que, finalement, ils collectent des informations sur vous.

L’espionnage industriel, je ne reviens pas trop dessus. Mais on voit régulièrement des entreprises qui mettent leurs données sur du Google Drive et autres. C'est évident qu'ils sont parfaitement capables de traiter ces données pour en retirer de l'information. Personnellement je n'ai pas de preuves mais enfin, tôt ou tard, ça arrivera. En tout cas ce n'est pas intelligent de mettre les données, du coup, d'une boîte sur du Google Drive.

Public : Google Traductions !

Pierre-Yves : Ou Google trad ! Ouais.

Public : Google Traductions. Des manuels entiers de produits qui sont traduits.

Pierre-Yves : Voilà. Ouais. Donc on pourrait parler des bouquins qu'ils scannent aussi. Voilà. On leur file, de toutes façons, de la donnée sans trop y réfléchir.

Évidemment c'est la possibilité de fermer un service du jour au lendemain. Donc typiquement Google Reader qui fonctionnait plutôt bien, qui a fermé du jour au lendemain. Framanews était sorti le même jour. On était assez fiers, on était prêts. On attendait ! Tapis au fond du bois!

Évidemment des modifications des services qui font que, du jour au lendemain, Google peut dire « eh bien maintenant non, on va traiter le spam comme ça, et ça se passera comme ça, et vous avez juste pas le choix ». Bon. OK !

Ça peut être aussi : hier Google Calendar est tombé en rade pendant cinq heures je crois. Je ne sais pas s'ils ont fini par donner une explication, mais c'était assez nébuleux. Je crois qu'ils n'avaient pas trop compris, au départ, pourquoi est-ce que Google Calendar était tombé en rade. Mais du coup, ça veut dire qu'il y a potentiellement des centaines de millions d’utilisateurs qui n'ont pas pu utiliser leur calendrier. Donc si vous utilisez ce type de solution dans un cadre professionnel, eh bien vous vous retrouvez en rade. Encore une fois, n'importe qui peut tomber en rade. Si vous utilisez un service auto-hébergé, ou par un prestataire, je ne dis pas qu'il ne tombera pas en panne. Mais là, le problème c’était l'impact. L'impact a touché potentiellement des… C'est un peu comme quand Gmail tombe en panne. Il y a à peu près, aujourd'hui, un milliard de comptes Gmail. Autant vous dire que ça impacte un petit peu de monde !

Et puis surtout, ce sont les extensions hors d'Internet ou en tout cas sur l'Internet des objets et tout ce qui va être numérique connecté. On est capables de faire des moratoires sur les OGM, là aussi je fais le lien avec la conf d'avant ! On est capables de faire des moratoires sur le clonage humain ! Mais alors personne ne dit : « Est-ce qu'on ne devrait pas réfléchir un petit peu avant de confier toutes nos données à une boite ? » C'est soulevé, la question n'est même pas de nous. Mais il ne faut pas arrêter l'économie quoi ! Le clonage humain pour l'instant il n'y a pas d'économie donc on peut y réfléchir pendant cinq ou dix ans, ça ne pose pas de problème. Par contre, là il y a du pognon, donc surtout il ne faut pas toucher, on ralentirait l'économie !

Souvent on prend l'analogie de 1984, le bouquin de Georges Orwell, donc société plutôt d'oppression, de surveillance permanente, etc. Vous êtes bien conscients qu'il y a une part de vérité sans doute là-dedans, mais on est plus probablement dans Le Meilleur des mondes d'Aldous Huxley, c'est-à-dire une société de la distraction et donc tous ces objets-là, finalement, nous distraient. On a envie d'acheter le dernier iPhone parce que c'est l'objet qui éveille notre désir. Et ils sont très doués. Ils ont du pognon pour embaucher des gens en marketing. Là aussi je fais le lien avec une conf qui avait lieu plus tôt, à laquelle je n'étais pas, mais sur le marketing olfactif. Ils manipulent très bien ces outils-là, ce qui nous empêche de nous intéresser aux sujets de société qui devraient nous intéresser, genre est-ce qu'on a un premier ministre qui va bien ? Est-ce qu'on a un gouvernement qui est toujours de gauche ? Voilà. On n'a pas le temps de s'en occuper parce qu'on est très occupés à, finalement, aller poster nos petites vidéos de chatons sur Twitter ou Facebook, ou autre.

Question derrière, c’était de savoir si on n'arrivait pas à avoir une espèce de Skynet qui se préparait pour 2028. Je m'aperçois qu'il y a des gens qui n'ont pas vu Terminator, donc je vais quand même repitcher Terminator. Terminator, le premier du nom avec Schwarzenegger jeune ou à peu près jeune dedans. C'est en 1992, une boîte qui s'appelle Cyberdyne, en Californie, invente une super puce. Cette super puce permet de construire des super ordinateurs, un super calculateur. Ce super calculateur, dedans, on développe une intelligence artificielle qui s'appelle Skynet. Skynet est associée à des robots qui sont, au départ, censés assister l’être humain. Et puis, évidemment, autour de 2028 Skynet pète un câble parce que les humains ne font plus rien qu'à se taper dessus. Et donc, la meilleure façon de protéger les humains c'est de les éliminer et, du coup, on va dérouiller, à grands coups de Schwarzenegger, on va dérouiller les êtres humains.

Évidemment on pourrait dire que je suis paranoïaque, on n'est évidemment pas là. D'abord on n'est pas en 2028, ça peut encore arriver, mais je ne pense pas qu'on y arrive. Mais, par contre, Google a investi massivement dans des robots. Là je ne vous ai pas mis la vidéo, mais pour ceux qui voient c'est Boston Dynamics. C'est une société qu'a revendue Google récemment, parce que, justement, l'image de Boston Dynamics n'était pas très bonne. C'est une boîte qui, au départ, fabriquait des robots pour l'armée américaine, que Google a rachetée, parce que Google est évidemment très intéressée par nous vendre des objets qui seront des objets de confort, c'est-à-dire l'objet final de Google. Il y a Calico qui est donc la filiale d'Alphabet qui vise à prolonger la vie, voire à euthanasier la mort, c'est encore mieux. Allez voir Calico.com5, je crois. Ils veulent tout simplement tuer la mort, mais surtout, l'objectif de Google, c'est de dire : « Il faut qu'on arrive à devancer, à comprendre quels sont les besoins des utilisateurs avant même qu'ils les formulent ». C'est-à-dire : « Tiens, il ne te reste qu'un yaourt dans ton frigo, je vais donc en recommander un puisque je sais que systématiquement tu commandes chaque fois telle marque de yaourt, etc. » Donc c'est hyper-pratique, sauf que ça fait évidemment consommer. On reste dans une société de consommation et, en plus, une société de consommation complètement assistée.

Donc voilà, ça c'était le bordel. Et donc on a cette dérive, petit à petit, de ces acteurs immensément riches et sur lesquels personne ne s'inquiète de savoir jusqu'où ils sont prêts à aller. J'aurais pu vous faire encore plus peur sur comment est-ce qu'ils commencent à investir un petit peu le champ de la politique étrangère, de la diplomatie, des choses comme ça. Et donc on s'est dit qu'il fallait qu'on réfléchisse un petit peu à ce qu'on pouvait faire pour proposer un autre système, on va dire. On s'est dit qu'on n'était pas contents. Je n'ai pas précisé, mais « on », c'est qui ? « On », c'est Framasoft, association loi 1901, toute petite association, il y a une trentaine de membres. Du coup il y a pas mal de salariés pour très peu de membres vu qu'on est à peu près cinq salariés. Et donc en 2013/2014, on s'est dit qu'il fallait qu'on propose quelque chose pour contrebalancer ce pouvoir, notamment suite aux révélations d'Edward Snowden.

La première chose qu'on a faite c'est qu'on a quitté Google, d'abord, parce qu'on utilisait nous-mêmes, Framasoft utilisait massivement les services de Google. Je me repends, je bats ma coulpe, etc. On a mis des mois, en fait, à quitter les services de Google et on s'est dit « c'est juste pas possible, si nous, alors qu'il y a quelques informaticiens dans l'asso, même si on n'est pas une asso d'informaticiens » — Framasoft c'est français et mathématiques, le « fra » et le « ma », on vient plutôt du milieu de l'éducation. Mais on s'est dit que si nous on avait mis des mois et des mois à quitter Google, pour M. et Mme Dupuis-Morizot ça allait être un petit peu compliqué. On ne les appelle pas les Michu chez nous : les pauvres Michu dans l'annuaire, ils sont un petit peu harcelés. Et donc M. et Mme Dupuis-Morizot, on s'est dit « eh bien ça va être un petit peu compliqué pour eux de quitter Google surtout si on ne leur dit pas quels sont les dangers, déjà, et comment est-ce qu'on peut leur proposer des alternatives . »

Donc on s'est dit que la première chose qu'on pouvait faire c’était sensibiliser. Ça tombe bien, on est une association d'éducation populaire, donc notre boulot c'est aussi de venir parler devant les gens et leur expliquer quels sont les problèmes.

Deuxième chose, on s'est dit on ne peut pas juste sensibiliser et dire « ce n'est pas bien d’utiliser du Google Drive, etc. » Il faut qu'on puisse proposer des alternatives en face.

Et le troisième objectif c'était d'essaimer. [C'est le moment où je regarde ma montre pour savoir si je suis très à la bourre ou juste un peu à la bourre. Vous noterez que j'ai un téléphone Nexus Android by Google. Même pas avec avec Cyanogen. Il ne me reste même pas vingt minutes, enfin une vingtaine de minutes. Je vais aller très vite.]

Donc qu'est-ce qu'on a fait ? On a sorti une campagne qui s'appelle Dégooglisons Internet6 qui vise, en fait, à prendre un certain nombre de services et on s'est dit « voilà, sur trois ans, les services sur lesquels on pourrait essayer de proposer des alternatives ». Et donc en octobre 2015, ça fait encore quelques mois, eh bien on a quand même abattu certains camps romains de l’oppression « googlelienne » et pas seulement « googlelienne ». Quand je dis Google, encore une fois, c'est beaucoup plus large que ça, c'est GAFAM. On pourrait rajouter d'autres entreprises dedans. Si vous voulez j'ai un petit stand, en bas, qui recense un petit peu les différentes alternatives qu'on propose. Donc voilà alternative à Google Docs, alternative à Google Spreadsheet, on en est loin, mais au moins ça existe.

Alternative à Pocket, alternative à Doodle, Mindmap, Google Reader, et la nôtre elle fonctionne encore ! Facebook, Twitter, c'est du diaspora, on est à mi-chemin entre les deux, ce n'est ni l'un ni l'autre, mais ça fonctionne : on a 27 000 membres quand même, on est loin d'un milliard cinq cents millions. Tous ces services-là vous les retrouverez sur de la documentation que j'ai en bas.

Framagit, on a 5 000 projets. Framabee alternative pour le moteur de recherche, Google Books, des jeux. Alternative à Dropbox, on avait 5 000 membres, ils sont partis en, je ne sais plus ! En tout cas, il y a 2 000 comptes qui sont partis en quarante-huit heures. Donc les 5 000 ont dû partir très vite aussi.

On a crowdfoundé et développé un plugin qui s'appelle MyPads qui permet d'avoir des pads privés. Voilà alternative à Trello, alternative à WeTransfer. Puisque que ça parle quand même beaucoup sécurité, je rappelle juste que sur cette alternative-là, la particularité c'est que les fichiers sont chiffrés avant de nous parvenir ce qui fait que, nous-mêmes, nous ne savons pas ce qui est hébergé sur nos serveurs.

Alternative à uMap, service bien sûr ajouté par-dessus OpenStreetMap, qui été utilisé notamment pas Nuit debout. Autant vous dire que, du coup, la communauté OpenStreetMap était plutôt ravie que ça soit chez nous plutôt que chez eux parce que ça permettait de maintenir correctement le service pour eux.

Les deux derniers services qu'on ait sortis Framateam, Framavox. J'en parlerai éventuellement après.

Voilà. Schwarzenegger, clin d’œil. C'est pensé quand même ! J'ai beau l'avoir finie il y a dix minutes ! Quels sont les problèmes que tout ça pose ?

Le premier problème c'est qu'on ne pensait pas que ça marcherait aussi bien. Et en gros, il y a plein de gens qui viennent chez nous et donc ça fait beaucoup de travail. Ce n'est pas qu'on n'aime pas travailler, mais on se sentirait plus à l'aise s'il y avait un peu moins de gens chez nous.

Deuxième problème, c'est que, nous à la base, [ah ça y est il y en a qui viennent de comprendre !], en gros, on est une bande de potes. C'est une petite association qui ne vise pas du tout à devenir grosse et du coup on pose des services un peu comme ça. Là je peux teaser un petit peu, annonce spéciale dédicace, spéciale spoiler Pas Sage en Seine, on va sans doute sortir un service alternatif à MinecraftEdu, et ça, on ne le savait pas il y a quinze jours. On s'est dit « tiens Microsoft a racheté Minecraft. Microsoft veut mettre du Minecraft éducation et pousser ça à l'Éducation nationale. Ce n'est pas cool. Tiens, si on faisait un serveur Minetest, à base, donc, logiciel libre, alternative à Minecraft. Oh ouais, tiens ça pourrait être rigolo ! » Il y a quinze jours et ça se fait un peu comme ça un peu à l'arrache, mais c'est quand même bien chouette.

On fait de l'expérimentation. On n'est pas là pour proposer du service, avec une qualité de service, avec de l'hot time à 99,9999 %.

Troisième point qu'on nous reproche toujours : « Ah ! Mais vous êtes en train de recentraliser le web. En gros c'est super, les gens quittent Google pour aller chez Framasoft. Bande de salauds ! Vous ne faites pas de la décentralisation ! » Eh bien excusez-nous, on ne l'a pas fait exprès ! D'abord on n'a pas un milliard cinq cents millions de comptes sur Framasphère, mais c'est vrai que ça pose un vrai problème et on n'avait pas du tout anticipé que ça se passerait comme ça.

Et enfin, dernier problème. Ce n'est pas un problème, c'est un choix qu'on a fait en assemblée générale, c'est qu'on a dit qu'on voulait arrêter de grossir. Je ne parle pas de moi, je parle de l'asso ! Mais du coup, vraiment, la difficulté qu'on a c'est que, encore une fois, on est une asso qui est une bande de copains et on n'a pas envie, à un moment donné, d'avoir cinquante salariés, etc. On n'a pas volonté, de toutes façons, de devenir leaders de quoi que ce soit. Donc on est plutôt en mode AMAP, en train de se dire : « Bon c'est bien, nous on a bien réussi à cultiver notre jardin. C'est bien ! Ça marche bien. Il y a des gens, ils viennent chez nous, on est contents, mais il ne faudrait pas qu'ils soient trop nombreux. » Donc comment est-ce qu'on va faire pour virer ces gens-là, en tout cas les envoyer ailleurs ? Et ces gens-là, potentiellement, c'est vous !

Donc on a comparé les 74 milliards de dollars, machin, 23 milliards de bénéfices. Nous on a 20 000 euros de perte en 2014. 4,4 salariés parce qu'ils ne sont pas tous à temps plein. 22 serveurs pour 33 machines virtuelles. Donc on n'est rien, mais c'est quand même rigolo !

Donc on s'est dit qu'il fallait maintenant passer à la phase 3, un petit peu anticipée. On n'avait pas prévu que ça viendrait aussi vite, mais on s'est dit pourquoi pas ! Et donc cette phase s'appelle CHATONS, j'y reviens après, mais c'est chercher, finalement, à créer un réseau d'hébergeurs, avec des hébergeurs qui existent déjà depuis longtemps et puis d'autres qui veulent se créer. J'ai quelques exemplaires de la charte version papier que je pourrai diffuser après, sinon vous pourrez la retrouver en ligne7.

Les principaux points c'est, en gros, on utilise 100 % du logiciel libre. Pas 99 % ! 100 %. On fait évidemment de l'éthique. On est transparents sur les méthodologies qu'on a pour mettre en place les services. Sur les tarifs aussi, on est transparents vis-à-vis de l'utilisateur. On n'utilise pas de régie publicitaire qui vient croiser les données, les récupérer, les revendre,etc. On respecte la vie privée et les données personnelles. On essaye, évidemment, de décentraliser, donc là, pour nous, notre boulot ça va être d'accompagner différentes structures dans la mise en place de services équivalents à ceux qu'on propose, voire d'autres, je pense notamment au mail qui est une question qu'on nous pose souvent.

Et surtout, en tout cas pour nous c'est important, solidaires, c’est-à-dire non seulement qui facilite l'entraide entre CHATONS et qui fait de l'éducation populaire. C'est-à-dire que ce qu'on veut c'est, à un moment donné, rapprocher l'informaticien du reste du monde, c'est-à-dire des utilisateurs, ces trucs qui vous envoient des mails pour vous dire que ça ne marche pas. Et donc, je vais y revenir, éventuellement, tout à l’heure.

On n'est pas les premiers à faire ça. Il y a plein de gens qui proposent ça depuis longtemps. Je pense au Rhien, historiquement, à Ouvaton, Lautre, etc. Il y a plein de gens qui proposent déjà ce type de services, mais l'idée c'est de se mettre d'accord. Donc il y a un manifeste et une charte. Là je n'ai vraiment pas le temps de revenir sur le manifeste et la charte, mais je vous donne l'adresse après, donc vous pourrez aller les voir en ligne.

L'idée c'est, à un moment donné, de créer finalement un réseau d’acteurs. Concrètement c'est, voyez ce que fait la FFDN pour les fournisseurs d'accès à Internet associatifs. Eh bien c'est de faire un petit peu la même chose. Il va y avoir forcément des différences, mais pour des gens qui proposent de l'hébergement de services en ligne. Notamment, une des choses sur lesquelles on insiste c'est que, en termes de taille, vous pouvez être une association, une coopérative, une entreprise, à la limite, nous on s'en fout, on ne regarde pas la structure juridique en tant que telle, par contre on cherche plutôt les artisans du numérique plutôt que les gros. C'est-à-dire que typiquement OVH, même si on peut penser ce qu'on veut d'OVH, en bien ou en mal, ne pourra pas faire partie de CHATONS tout simplement parce qu'ils ont une taille trop grande et qu'ils sont déjà, eux-mêmes, en train de concentrer des données. Ce qui n’empêche pas que des CHATONS mettent en place des services en partie sur OVH.

Ce qu'on veut c'est abaisser la barrière à l'entrée pour les gens qui veulent créer, notamment une association, par exemple. Et puis surtout, agir localement, ça veut dire, en gros, boire des bières, avec ou sans alcool, enfin buvez autre chose que de la bière sans alcool ! Mais vraiment l'idée de fond c'est que si on veut résister aux énormes silos de GAFAM, à un moment donné, ce qu'il va falloir mettre en place, et on n'y coupera pas à mon avis, c'est rapprocher l'informaticien qui lui sait chiffrer ses mails, sait changer, sait sécuriser sa connexion, sait éventuellement s'installer un ownCloud ou autre, de l'utilisateur qui, lui, ne sait pas forcément comment ça marche. Et donc l'idée est toute simple : c'est tout simplement on met ces deux personnes localement dans un même lieu, en train de boire un coup ensemble, et en espérant qu'à un moment donné il va dire : « Mais pourquoi mon mail était en panne hier. Ah ben oui c'est parce qu'il s'est passé ça, etc. » Et que les gens s'intéressent finalement à comment ça marche l'informatique plutôt que de se laisser avoir par le côté Le Meilleur des mondes, le bouquin d'Aldous Huxley dont je vous parlais tout à l'heure où ça part un petit peu en sucette et où, finalement, on dit : « Vous n'avez pas à savoir comment ça marche. Google s'occupe de tout ! »

Donc voilà. La carte est totalement évidemment fausse, mais l'idée c'est un peu ça c'est de dire « où est-ce qu'on va trouver des CHATONS près de chez soi ? » Cette carte est tout aussi fausse. Vous noterez quand même qu'on avait fait un effort sur le nom : Collectif des Hébergeurs Alternatifs Transparents Ouverts Neutres et Solidaires, ce qui fait CHATONS. Et bizarrement ça marche plutôt bien. En France on déjà une vingtaine de structures qui sont intéressées, pour l'instant. On va voir, après, qui part en même temps que nous ou pas. Et puis à l'étranger ça y est, ça commence. Donc au Québec ils sont déjà partants : on a une asso qui est partante pour se lancer dans le projet. Aux Pays-Bas vous avez Disroot8. En Allemagne je crois qu'il y avait Cobite9, au Portugal Indiehosters10. Voilà. En Côte d’Ivoire, il y a des gens qui sont intéressés aussi. À La Réunion aussi il va se monter probablement un CHATONS. Et comme il me reste très peu de temps je speed un peu.

Donc c'est inspiré directement de ce que fait, de ce que propose la FFDN, si ce n'est qu'eux font fournisseur d'accès. L'idée c'est de dire « OK, mais pour l'hébergement comment est-ce qu'on fait ? » On reste sur un modèle AMAP de façon à ce que si jamais il y en un qui tombe, eh bien ce n'est pas grave, on va chez celui d'à côté. CHATONS ce n'est jamais ni plus ni moins qu'un label qui peut être forké. C'est-à-dire si CHATONS ne vous plaît pas, si des gros veulent faire les chiots, les canards, les oies, ils se démerdent, ils reprennent, tout est sous licence libre.

On vise nous spécifiquement plutôt, vraiment encore une fois, les artisans, ce qui va poser des problèmes puisqu'en termes de, je ne sais pas, je vais dire de sécurisation par exemple, eh bien il n'y a pas 800 ingénieurs sécurité comme chez Google.

C'est du 100 % logiciel libre. On s’engage donc, là encore je vais vous redonner l'adresse de la charte et du manifeste. C'est basé sur la confiance et l'autogestion. C'est probablement le point faible, je ne le nie pas. Mais d'un autre côté, si on veut résoudre les problèmes avant qu'ils n'apparaissent, je pense qu'on ne fait pas des bonnes choses. Et l'idée c'est de rapprocher les informaticiens et les moldus, le prolétaire du web qui va se retrouver face à Internet.

Le planning, pour l'instant, il est respecté, ce qui n'est quand même pas toujours le cas avec nous. Si vous avez pour l'instant une adresse à retenir c'est celle-là, donc framagit.org/framasoft/CHATONS11. Vous allez autrement sur le site chatons.org. Le nom de domaine était disponible, c'était quand même super. C'était le win du jour quoi ! Vous retrouverez le manifeste et la charte qui sont assez longs, qui sont des documents que je vais faire tourner tout à l'heure. Mai/septembre, c'est-à-dire à peu près maintenant, on va se remettre à faire le site web, à accueillir les premières structures. L'idée c'est de faire une annonce en octobre. Et un an après, si tout va bien, je reviendrai à Pas sage en Seine avec d'autres…

Libérez le monde avec des CHATONS et de la bière, c'est possible et c'est important parce que sinon on risque d'avoir un monde qui sera non pas… Internet pourrait devenir « Googlternet » et ce n'est pas que une question de tuyaux. Je sais qu'il y a beaucoup de techniciens, mais là je ne vous parle pas de termes techniques, je vous parle en termes vraiment de vision politique, voire sociétale du monde qui nous sera imposé, vu que tout ce qu'on va utiliser, le téléphone, la télé, les vidéos, etc., passeront par Google ou autre, peu importe, mais en tout cas, on sera complètement dépendants de ça.

Voilà, ça c'est le slogan. Si vous avez des questions, j'ai été hyper vite mais le sujet était vaste.

Stéphane Bortzmeyer : Comme d’habitude, seulement avec le micro les questions pour les malheureux qui sont loin.

Pierre-Yves : Je peux même transmettre le micro, si tu veux.

Public : Moi j'ai une question toute bête. Est-ce qu'il y a une taille minimale pour être un CHATONS ?

Pierre-Yves : Non.

Public : Non ! C'est-à-dire même si c'est un truc où on est vingt ?

Pierre-Yves : Par contre, il y a des engagements, par exemple sur le backup. Pour moi, il faut que tu sois capable de proposer une solution. Tu ne peux pas juste te contenter de mettre en place, par exemple, du Framadate, que tu renommes « totodate » ou ce que tu veux, ça c'est parfaitement possible, et dire « ça y est je demande à apparaître sur la carte des CHATONS ». Parce que si tu ne fais que ça, potentiellement, si le service tombe, les gens ne sont pas contents, etc. Donc il y a des engagements vis-à-vis notamment du backup qui sont indispensables. Peu importe la taille, l'important c'est que ça soit bien fait ou suffisamment bien fait pour que ça ne pose pas de problèmes derrière.

Public : OK. Merci.

Pierre-Yves : Et on déjà plusieurs particuliers qui potentiellement sont intéressés pour proposer ça uniquement à leur famille, par exemple. Très bien.

Stéphane Bortzmeyer : D'autres questions ? Loin là-bas.

Pierre-Yves : Je vais faire tourner la charte en attendant.

Public : Tout d'abord bravo, merci ! Vous êtes formidable ! Je suis là.

Pierre-Yves : Merci. Ah tu es là !

Public : Du coup comment imaginer aussi des complémentarités avec de l’auto-hébergement, les projets genre YunoHost12.

Pierre-Yves : Cozy13 et compagnie.

Public : Je pensais plus à la brique YunoHost, ce genre de projet.

Pierre-Yves : On sur-kiffe notamment YunoHost, avec qui on se disait, justement la semaine dernière, qu'on allait sans doute faire des projets ensemble, notamment pour que nous on facilite le travail d'intégration des applications, type ce qu'on propose, donc je ne sais pas, du EtherPad dans YunoHost. Peut-être qu'on arrivera à libérer un peu de temps salarié, ce qui est important, pour participer et contribuer à YunoHost. Le problème de l’auto-hébergement c'est qu'il y a des super bons côtés d'un point de vue technique, mais il y a des vraies problématiques qui, pour l'instant, ne sont pas résolues d'un point de vue logistique, pratique. C’est-à-dire qu'est-ce qui se passe si j'ai tout mis sur une petite carte mémoire, donc j'ai ma distrib YunoHost qui est installée sur ma micro SD qui fait, je ne sais pas, 128 gigas, super, et puis cette carte plante ? Qu'est-ce qui se passe si j'ai une inondation dans mon appartement et que ma brique internet a pris la flotte ? Toutes ces questions-là de l’auto-hébergement. On est vraiment pour l’auto-hébergement, soyons très clairs, ce projet ne sert qu'à faire la transition vers un auto-hébergement, mais un auto-hébergement qui soit efficace chez M.et Mme Dupuis-Morizot. Aujourd'hui, la brique internet c'est super et on est plusieurs a en avoir. C'est très bien, mais c'est compliqué de dire à M. et Mme Toutlemonde « allez-y, branchez-le et vous n'aurez plus à vous occuper de rien ! » Ce n'est pas vrai ! Pour moi, aujourd’hui, c'est juste pas vrai ! Ça marche et ça marche carrément bien, mais on ne peut pas juste se contenter de dire « ouais ça va fonctionner et vous n'aurez plus à vous occuper de rien ! »

Alors que là, l'idée c'est qu'à un moment donné ce soient des gens. Typiquement moi je suis à Lyon. Il y a une association qui s'appelle Hadoly14 qui s'est montée à Lyon il y a peu de temps. Ce n'était pas du tout en relation avec le projet CHATONS. Ce sont juste des gens de Illyse qui est le fournisseur d'accès associatif local, membre de la FFDN, des gens de l'ALDIL, qui est le GULL local, qui se sont dit : « Ah ben tiens, on pourrait aussi, nous, mutualiser nos solutions d'hébergement. OK très Bien. Ah ben tiens, on va monter une asso. OK, très bien. Ah puis tiens, on pourrait proposer ces services à des gens aussi qui sont à l'extérieur. OK très bien. » Sauf que, à un moment donné, c'est comment est-ce qu'on fait pour que cette offre soit visible sur Lyon ? Et moi ce que j'espère c'est que, à un moment donné, CHATONS ce sera une carte sur laquelle, eh bien OK je suis à Lyon, je veux faire héberger mes mails, ce que ne fera pas Framasoft, je tease un peu, mais je doute qu'on propose un jour une alternative de ce côté-là. À ce moment-là tu vas voir Hadoly qui elle pourra proposer du mail contre un abonnement type ce que propose Lautre.net, etc., mais en version décentralisée. Parce que moi, aujourd'hui, si j'envoie tous les gens qui veulent du mail Framasoft chez Lautre.net, j'en connais qui vont faire la gueule, parce que ça va leur faire un petit peu de boulot. Ça va leur faire des sous, ouais, mais un petit peu de boulot.

Public : Dans le préambule, juste au début, en fait, un des premiers engagements qu'on prend c'est celui de respecter la loi. C'était quoi l'importance de s'engager à ça ? Qu'est-ce qui fait que c'est important que les gens qui adhèrent à ce truc soient absolument respectueux de la loi en premier ?

Pierre-Yves : Tu veux dire dans la charte ? On a mis ça parce qu'à un moment donné on est pris, nous, pour des terroristes, pédonazis, machin, bidule, et on explique que non ! C'est très peu arrivé dans l'histoire de Framasoft, mais on a déjà eu des requêtes judiciaires spécifiquement sur tel ou tel point. Il ne s'agit pas de se mettre contre la loi, il s'agit de l'appliquer strictement en fonction des besoins qui nous sont faits. C'est-à-dire qu'on ne réagit pas sur un coup de fil, quand bien même on nous dirait que c'est la police, machin et tout. On attend la requête judiciaire qui nous dit : « Il faut fournir des infos de tel endroit, de tel type, à tel moment ». Si évidemment il y a quelque chose qui arrive et qui nous dit : « Voilà on veut avoir un accès root à vos serveurs », eh bien on va probablement se prendre les pieds dans le tapis et tous nos serveurs se retrouveront effacés. Merde ! Désolés ! Un peu ce qu'avait fait Lavabit.

Public : Je n'ai pas micro, mais tu ne respectes pas la loi dans ce cas-là.

Pierre-Yves : Non.

Public : Je n'ai pas le micro, mais dans ce cas-là, tu ne respectes pas la loi du tout.

Pierre-Yves : Ah si tu effaces ? Je dis bien ! J'ai bien dit « on s'est pris les pieds dans le tapis, désolés ! »

Public : C'est un accident.

Pierre-Yves : Voilà. C'est un accident !

Public : Cinq admins oublient leurs mots de passe !

Pierre-Yves : Oui, voilà, ça marche aussi. On trouvera une façon de… Voilà !

Public : Je suis Mme Dupuis-Morizet.

Pierre-Yves : Mme Dupuis-Morizot.

Public : La moldu des spectateurs je pense, et du coup j'ai une petite question pour conquérir le monde. Est-ce que dans vos projets vous arrivez à avoir, notamment en organisation et en communication, des gens qui ne sont pas le côté informatique, mais qui aideraient plutôt dans l'organisation, la répartition des demandes ou des choses, on va dire, de base, de gestion en fait. Et qui aideraient peut-être à, justement, populariser un peu ce côté-là.

Pierre-Yves : Ouais ! Très bonne question. On galère, très honnêtement. Framasoft, c'est trente membres, il y a peut-être dix informaticiens à tout casser. On a la chance d'avoir de très bons informaticiens dans ce lot-là. Mais pour le reste, à la louche, tu as du prof de ski, du comptable, du directeur d'école primaire. Donc tous types de métiers qui ne sont pas des informaticiens et qui ont, du coup, une vision plus grand public. Encore une fois, nous on vient du milieu de l’Éducation nationale/éducation populaire donc c'est assez varié comme profils. Par contre on est ouverts à toutes les contributions. C'est-à-dire que pour nous, il n'y a pas besoin d’être membre d'une asso pour participer à améliorer les choses. Donc on est complètement ouverts à toutes les propositions. Je remets au passage peut-être l'adresse du Git. Après vous pouvez aller discuter. OK, il faut se créer un compte, c'est du Gitlab. Mais vous pouvez participer et donc poser des questions et on répond. La charte et le manifeste là, qui circulent, ont déjà été modifiés par des personnes qui ne font pas du tout partie de l'association et qui viennent poser des questions sur « mais telle règle, je trouve qu'il faudrait l'adapter comme ci comme ça ». Et donc ça peut être aussi le cas sur l'aspect communication. Je ne sais pas si ça répond à ta question.

Stéphane Bortzmeyer : Il reste le temps juste pour une question, donc si quelqu'un en a une.

Public : Est-ce que les collectivités telles que les villes et les régions peuvent participer en tant qu'hébergeur ?

Pierre-Yves : Pour moi, si elles respectent la charte et le manifeste, si elles s'engagent à respecter la charte et le manifeste, oui. Je suis complètement agnostique en termes de structure. Par contre il y a une problématique de taille. C'est-à-dire que si demain une collectivité dit : « Moi je vais être CHATONS pour x millions de personnes », ça fait un silo. Si ça fait un silo ce n'est pas bon !

Stéphane Bortzmeyer : On a peut-être le temps pour une dernière, dernière question.

Public : Du coup quelle est la taille critique, finalement ?

Pierre-Yves : Je n'en sais fichtrement rien. Et je vous propose qu'on la définisse ensemble, que ce soit demain, que ce soit en ligne, etc. Soyons très clairs, ce n'est pas un projet qui a été pensé pendant des mois et des mois. L'acronyme a été sorti un soir de presque beuverie, on ne va pas faire de la promotion. Mais à un moment donné, nous, c'est juste qu'on s'est dit « mais on commence à porter un poids qui est trop lourd par rapport au projet qu'on voulait faire. Soit on grossit et on va devenir un gros machin centralisé avec des gens qui ne se connaissent pas dans l'asso et ça va être chiant. Et ce n'est pas ça qu'on voulait. Donc on s'est dit il faut qu'on encourage les gens, finalement, à faire un petit peu la même chose que ce que nous on propose, mais ce que La mère Zaclys, ce que Lautre.net, ce que Ouvaton font déjà depuis des années. Et donc de dire mettons en avant ce modèle-là, le modèle de l'AMAP, ni plus ni moins ». Nous on fait du service bio, du service en ligne bio. C'est très bien, mais on le fait sur 20 hectares. On ne peut pas le faire sur 2 000. À un moment donné c'est comment est-ce qu'on accompagne d'autres structures pour dire « vous allez pouvoir, vous aussi, vous constituer comme ça ». Et donc quelle est la taille ? Sur les tailles maximales ou des choses comme ça, je n'en sais strictement rien, et je pense qu'il faudra qu'on le définisse ensemble. Très concrètement, moi, ma façon de fonctionner, alors ce n'est pas forcément l'unanimité ou dans l'asso ou ailleurs, c'est de dire « on fait le truc et on voit si ça marche. » Et si ça marche eh bien c'est chouette ! Et si ça ne marche pas, ce n'est pas grave ! Quand je dis qu'on veut sauver le monde, vous êtes conscients de l’ironie, j’espère. On n'a pas non plus la tête comme ça.

Stéphane Bortzmeyer : Merci bien Pyg pour cette présentation.

Pierre-Yves : Merci à vous.

Applaudissements

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Loi « pour une République numérique » : quelles avancées ? quelles limites ? Un retour des acteurs associatifs

April - 22 juillet, 2016 - 09:15
Début: 23 Juillet 2016 - 14:00Fin: 23 Juillet 2016 - 15:30

La radio Libre@Toi réunit samedi 23 juillet 2026 de 14h à 15h30 des représentants d'associations étant intervenues au cours de l’adoption de la loi « pour une République numérique », dont l'April, pour débattre ensemble et répondre aux questions du public, sur place et en ligne.

Les détails sont en ligne et pour écouter la radio samedi rendez-vous sur le site de la radio.

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YULDev BBQ

Montréal Python - 20 juillet, 2016 - 00:00

Développeurs Python de la région de Montréal, cet événement est pour VOUS! Peu importe votre langage de programmation de prédilection, venez manger un burger et boire une bière en excellente compagnie!

Cette année, pour notre barbecue traditionnel inter-communautaire, on voit grand! Grâce au soutien financier et logistique de plusieurs sponsors, nous vous offrons une activité de réseautage mémorable.

Au menu
  • Chapiteau de 225 m² pouvant accueillir 150+ personnes
  • Terrasse sur pilotis avec vue sur le Lac de l'Île Notre Dame
  • Accès à la plage et à un terrain de volley-ball privé
  • Hamburgers 100% bœuf et végétariens
  • Bière de microbrasserie, GURU et boissons gazeuses
  • Vue des feux de cloture de l'International des Feux Loto-Québec
  • Stationnement gratuit inclus

Venez en grand nombre, c'est un rendez-vous à ne pas manquer!

Pour obtenir plus d'informations et acheter vos billets, visitez la page Meetup.

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Revue de presse de l'April pour la semaine 28 de l'année 2016

April - 18 juillet, 2016 - 14:21

La revue de presse de l'April est régulièrement éditée par les membres de l'association. Elle couvre l'actualité de la presse en ligne, liée au logiciel libre. Il s'agit donc d'une sélection d'articles de presse et non de prises de position de l'association de promotion et de défense du logiciel libre.

En podcast.

Sommaire de la revue de presse de l'April pour la semaine 28

[Le Monde Informatique] Collectivités territoriales: Le label libre plus disponible au 1er octobre

Par Didier Barathon, le vendredi 15 juillet 2016. Extrait:
> L'Adullact, avec le soutien de l'Etat et de la DINSIC, propose depuis le 1er juillet aux collectivités territoriales qui le souhaitent de se doter du label Territoire numérique libre pour signifier leur engagement envers les technologies ouvertes. La date limite de dépôt des dossiers est fixée au 30 septembre.
Lien vers l'article original: http://www.lemondeinformatique.fr/actualites/lire-collectivites-territoriales-le-label-libre-plus-disponible-au-1er-octobre-65421.html

Et aussi:
[Localtis.info] Territoire numérique libre, un label pour récompenser les collectivités impliquées dans le logiciel libre

Voir aussi:
Lancement du label Territoire Numérique Libre

[ZDNet France] AbulEdu, des logiciels libres pour l'enseignement sauvés par crowdfunding

Par Thierry Noisette, le jeudi 14 juillet 2016. Extrait:
> Créé en 2001 par des enseignants et des informaticiens libristes, cet ensemble d'outils logiciels devrait être pérennisé grâce à une campagne réussie.
Lien vers l'article original: http://www.zdnet.fr/actualites/abuledu-des-logiciels-libres-pour-l-enseignement-sauves-par-crowdfunding-39839724.htm

Voir aussi:
Participez à la campagne de financement participatif pour AbulÉdu

[Les Echos] Pour une Équipe France du numérique

Par Grégory Pascal, le mercredi 13 juillet 2016. Extrait:
> En politique, économie, pour un seul secteur professionnel, il n’existe pas d'"équipe". Une équipe suppose à sa tête un modèle de référence sur lequel on peut, si ce n’est, copier, du moins, compter. Avons-nous donc un leader, capable de créer l’"Équipe France" du numérique qui saura positionner le pays sur les devants de la scène internationale? La question est posée, mais la réponse est loin d’être facile.
Lien vers l'article original: http://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/cercle-158896-pour-une-equipe-france-du-numerique-2014279.php

[Le Monde.fr] A peine adopté, l’accord Privacy Shield sur les données personnelles est déjà menacé

Par Martin Untersinger, le mercredi 13 juillet 2016. Extrait:
> Le nouveau cadre négocié entre l’Union européenne et les Etats-Unis pour remplacer Safe Harbour pourrait se retrouver bientôt devant la justice.
Lien vers l'article original: http://www.lemonde.fr/pixels/article/2016/07/13/a-peine-adopte-l-accord-privacy-shield-sur-les-donnees-personnelles-est-deja-menace_4969020_4408996.html

Voir aussi:
Position de l'April sur la surveillance généralisée

[Prat!que] La loi numérique fait débat

Par Charlotte Jouss, le mardi 12 juillet 2016. Extrait:
> Dans le cadre de la loi Numérique, mercredi 29 juin dernier, la commission mixte paritaire (CMP) composée de 7 députés, 7 sénateurs ainsi que de nombreux membres suppléants, a réussi à mettre en place un accord pour que les administrations encouragent "l’utilisation des logiciels libres et des formats ouverts lors du développement". Celui-ci fait débat.
Lien vers l'article original: http://www.pratique.fr/actu/la-loi-numerique-fait-debat-1563076.html

Et aussi:
[Global Security Mag] Axelle Lemaire à l'heure du bilan (catastrophique) du gouvernement sur le numérique

[Next INpact] Java: Oracle ne veut pas laisser passer la victoire de Google

Par Vincent Hermann, le mardi 12 juillet 2016. Extrait:
> En mai, Google a infligé une défaite retentissante à Oracle. Ce dernier réclamait 9 milliards de dollars pour avoir violé le copyright de Java et s’en être servi pour assurer le succès d’Android. Un juge en a finalement décidé autrement: il s’agit bien d’un cas de fair use. Qu’Oracle conteste à présent.
Lien vers l'article original: http://www.nextinpact.com/news/100607-java-oracle-ne-veut-pas-laisser-passer-victoire-google.htm

Et aussi:
[Developpez.com] Procès sur les API Java: Oracle ne veut pas s'avouer vaincu et conteste la décision du jury

[Developpez.com] La ville de Grenoble compte faire migrer huit autres écoles sur Linux cette année

Par Olivier Famien, le lundi 11 juillet 2016. Extrait:
> En juin 2015, les autorités de la ville de Grenoble ont présenté leur projet de remplacer les systèmes d’exploitation propriétaires équipant actuellement les appareils dans les écoles de la ville par le système d’exploitation Linux. Quelques mois plus tard, et plus précisément en décembre dernier, la ville de Grenoble a encore annoncé son adhésion à l’association April, ayant pour vocation de défendre et promouvoir les logiciels libres.
Lien vers l'article original: http://www.developpez.com/actu/101131/La-ville-de-Grenoble-compte-faire-migrer-huit-autres-ecoles-sur-Linux-cette-annee-et-prevoit-de-basculer-plusieurs-autres-ecoles-d-ici-2018

[la Croix] «Les communautés du Web collaboratif restent peu visibles du grand public»

Par Julien Duriez, le vendredi 8 juillet 2016. Extrait:
> Cet été, La Croix fait le portrait des communautés des bénévoles de l’Internet libre et collaboratif. En guise d’introduction, entretien avec Dominique Cardon (1). Ce sociologue de la technique, spécialiste des rapports entre nouvelles technologies et mobilisation politique, suit les militants du Web collaboratif depuis leurs débuts.
Lien vers l'article original: http://www.la-croix.com/Sciences/Numerique/Les-communautes-Web-collaboratif-restent-visibles-grand-public-2016-07-08-1200774524

Note

Les articles de presse utilisent souvent le terme « Open Source » au lieu de Logiciel Libre. Le terme Logiciel Libre étant plus précis et renforçant l'importance des libertés, il est utilisé par l'April dans sa communication et ses actions. Cependant, dans la revue de presse nous avons choisi de ne pas modifier les termes employés par l'auteur de l'article original. Même chose concernant l'emploi du terme « Linux » qui est généralement utilisé dans les articles pour parler du système d'exploitation libre GNU/Linux.

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La Bulgarie avance vers une informatique plus libre et plus loyale en faveur de l'intérêt général

April - 18 juillet, 2016 - 06:07

Le 1er juillet 2016, une série d'amendements à l' « E-governement Act » bulgare de 2007 est entrée en vigueur. Un des articles ainsi créé, le 58a., constitue une véritable avancée en assurant aux administrations de pouvoir librement modifier et partager les logiciels développés pour elles et en créant un dépôt national public pour valoriser ces ressources.

Art. 58a. (Nouveau, applicable au 01/07/2016)
Lors d’appels d’offre techniques et fonctionnels pour les marchés publics visant le développement, la mise à jour ou la mise en oeuvre de systèmes d’information ou de e-services, les autorités administratives doivent inclure les exigences suivantes :
1.Lorsque l’objet du contrat [du marché public] inclut le développement de logiciel :
a) les programmes doivent répondre aux critères des logiciels open-source ;
b) tout droit d’auteur et droit voisin des programmes, du code source, des interfaces et bases de données qui sont produits dans le cadre de la réalisation de l’appel d’offre doivent être livrés dans leur entièreté sans limitation d’utilisation, de modification ni de distribution ;
c) le développement doit être réalisé dans le dépôt maintenu par l’Agence [de « Gouvernance Électronique »] selon les termes de l’article 7c alinéa 18 ;

Traduction réalisée à partir d'une traduction automatisée en anglais du texte intégral

Notons que l'article 65 alinéa 30 de la loi énonce (traduction April) :

 Un « logiciel open-source » est un logiciel dont les codes sources sont disponibles publiquement et gratuitement et sur lesquelles les droits d'accès et de modification sont soumis aux conditions prévues par l'ayant-droit. 

Depuis le 1er juillet 2016, les logiciels développés pour les administrations bulgares doivent respecter des conditions qui permettront l'accessibilité de leurs codes sources, sous des licences qui garantiront ces administrations contre l'enfermement technologique tout en permettant la mutualisation des développements et des ressources. La création d'un dépôt public national dont il est mention au point c) est, dans cette perspective, une initiative très prometteuse.

L'April salue la disposition adoptée par le législateur bulgare sous l'impulsion de Bozhidar Bozhanov, informaticien et conseiller du Vice-Premier ministre bulgare depuis 2015. La comparaison avec le simple encouragement au logiciel libre prévu à l'article 9 ter du projet de loi numérique français, et avec la timide reconnaissance à l'article 1er bis du caractère communicable des codes sources des logiciels des administrations limitée par une exception disproportionnée en cas de risque pour la sécurité des systèmes d'information, révèle la différence d'ambition politique sur ce sujet.

Bien sûr, aussi engageante soit-elle, la disposition n'est pas exempte de points d'amélioration potentielle :

L'April observe ainsi qu'une référence au logiciel libre et sa définition aurait été plus ambitieuse. Le message aurait été plus fort, plaçant les notions de liberté et d'intérêt général au centre des considérations. En outre, puisque le texte mentionne les « critères des logiciels open-source », une référence explicite aux critères de l' « Open Source Initiative », aurait pu être plus appropriée. La formulation retenue dans la loi bulgare résulterait-elle de la complexe réalité de l'écriture législative et des tractations y affèrant ?

L'April remarque également que cette disposition ne vise que le développement et non l'acquisition en général des logiciels par les administrations. Peut-être qu'une solution, plus large, basée sur une priorité au développement en interne et à la mutualisation entre administrations, à l'instar de ce qui est prévu en Italie ou comme ce que l'on rencontre dans le projet sourcecode.cio.gov américain, aurait été plus pertinente ?

Toutes ces réflexions trouveront certainement leurs réponses dans la mise en oeuvre pratique de ce texte. L'article 58a. instaure à cette fin un cadre très favorable au développement d'une architecture logicielle plus libre et plus loyale en faveur de l'intérêt général. Dans cette optique le rôle de l'Agence de Gouvernance Électronique nouvellement créée et de son directeur, ainsi que celui du décret d'application en Conseil des Ministres prévu à l'article 43 (2) - qui devra entre autre préciser la mise en oeuvre du critère d'interopérabilité - seront prépondérants dans le succès des ambitions affichées par ce texte.

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